Reportage publié le 05 octobre 2017

Hard Alpi Tour 2017 : L’édition de tous les extrêmes !

Texte de David Zimmermann / Photo(s) de Massimo Di Trapani, Fotgrafica Sestriere, David Zimmermann

La 9ème édition du Hard Alpi Tour, évènement désormais majeur dans le monde de l’Adventouring, est probablement celle qui offre le plus de nouveautés depuis l’avènement de sa version extrême de 36 heures en 2014. Cette année, le départ a lieu de la ville balnéaire de Sanremo avec 140km d’itinéraire inédit par rapport aux précédentes éditions.
La version « extrême » atteint désormais 850km et devrait nécessiter près de 44 heures (contre 36h et 700km en 2016) ! 

Pour la 4ème édition d’affilé, je suis à nouveau de la partie, même si je m’étais juré qu’on ne m’y reprendrait plus… Vous savez, c’est un peu comme quand on prend une cuite. Le lendemain, on dit : Plus jamais ! Et puis le temps fait son travail, on oublie et on remet une couche ! 

Après m’être endormi sur l’autoroute au guidon de ma Ténéré durant le retour de la 8ème édition, j’ai jugé préférable de prendre mon bus cette année. Si nécessaire je pourrai y faire une sieste avant de rentrer le dimanche soir.
Fenêtres grandes ouvertes sur 450km pour essayer de dissiper les effluves d’essence causées par un raccord incontinent sur ma moto, j’arrive à Sestriere sur le coup des 21h. Le temps de manger une morse et de profiter de ma dernière vraie nuit de semaine du weekend.

Vendredi 10h00 - Sestriere-Sanremo

Les 320 kilomètres qui séparent Sestriere de Sanremo me permettront de réaliser que si je roule plus d’une heure d’affilé en position assise sur cette moto, je risque fort de nécessiter une greffe d’anus avant la fin du weekend ! La pire selle jamais produite de toute l’histoire du 2 roues… Le plus inavouable dans cette histoire c’est que j’ai payé un sellier pour me la retravailler dans l’espoir de gagner en confort. C’est une histoire à avoir au cul au propre comme au figuré… La prochaine fois je mettrai un short de cycliste.

Heureusement, c’est aussi la moto qui offre la meilleure position de conduite debout au monde ! Du coup, droit comme un i, je maintiens un timide 100 km/h sur l’autoroute. Faut dire que la transmission tire un peu court et qu’à 5’000 tr/min je sens la cire se décoller de mes tympans sous le casque… C’est le prix à payer pour rouler avec une moto de compétition !

Chaque année, le HAT bat ses propres records de participation et l’édition 2017 n’est pas une exception avec 470 participants de 22 nations. Nul doute qu’on atteindra les 500 participants pour la 10ème édition l’an prochain... Et dire qu’ils ont commencé à 17 !

Je retrouve mon team franco-suisse sur le coup des 15h pour les formalités administratives. Suite à un désistement, on se retrouve à cinq au lieu de deux teams de trois. Miguel et Jérôme avec qui j’ai roulé l’an passé, Laurent, que j’avais rencontré lors de ma seconde participation et Olivier, un pote à Miguel.

La partie administrative s’est grandement professionnalisée depuis ma première participation en 2014, et le tout est rapidement bouclé. Il nous reste quelques heures à profiter des derniers rayons de soleil du weekend sur une terrasse au milieu des touristes en tenu de plage. En effet, les prévisions météo s’annoncent particulièrement désastreuses à partir de samedi après-midi… De la pluie pour tout le weekend…

Vendredi 19h00 – Le HAT s’embourgeoise !

Les organisateurs du HAT ont vu grand cette année. Buffet souper et briefing dans le casino de Sanremo, la grande classe ! On en est presque gêné de marcher sur ces beaux tapis avec nos bottes et nos habits poussiéreux !
Ils semblent par contre avoir totalement oublié que la majorité des participants ne parlent pas italien et par la même occasion le briefing d’une heure a pris une tournure plus axée sur les sponsors que sur les participants. On nous communique tout de même que certaines sections, spécialement pour les participants du HAT Classic, seront peut-être fermées samedi, à cause des fortes précipitations attendues… 

Vendredi 23h00 - Départ du HAT Extrême

Alors qu’on retourne dans le parc fermé, impatient de commencer, Olivier réalise qu’il s’est fait voler son GPS qui était resté sur la moto ! La dèche ! Il roulera toujours en 2ème ou 3ème position afin qu’on ne le perde pas.
Sur le coup de minuit, en 53ème position, notre team s’élance dans la nuit, avec Miguel et sa GSA 1200 en tête, comme l’année passée. Miguel c’est un vrai de vrai, le gars qui enquille 40’000km par année au guidon de son énorme BMW GSA. Non seulement il est à l’aise dans toutes les situations, mais en plus c’est un excellent meneur, parce qu’il a toujours le bon rythme. On roule une dizaine de kilomètres, le temps de sortir un peu de la zone urbaine de Sanremo, quand enfin arrive les premiers chemins.
Autant le dire tout de suite, les organisateurs nous offrent directement du lourd ! Des chemins bien cassants dans des forêts avec beaucoup de grosses pierres. Au guidon de la 690 Rally, c’est un jeu d’enfant, les suspensions encaissent tout sans broncher et ma transmission assez courte me permet de jongler entre la 2ème et la 3ème là où les autres sont entre la 1ère et la 2ème. Franchement je m’amuse vraiment et je ne me retrouve jamais en difficulté, ma monture est vraiment top ! Mon seul vrai souci avec cette moto est quand je dois la mettre sur la béquille. Malgré mon mètre 82, je touche  le sol de la pointe des pieds et la béquille est mal foutue... il faut la pencher dans le sens opposé pour réussir à la poser.

A 3h45 on atteint le premier check point. Notre commandant Miguel nous accorde 15 minutes de pause, le temps de boire un coup et de s’enfiler des pâtisseries avant de reprendre la route. Jusqu’à présent tout se passe bien, on commence à dépasser de plus en plus de participants, ce qui, pendant quelques instants flatte nos égos avant de réaliser qu’on a perdu Jérôme, suite à des soucis de bagages sur sa Super Ténéré 750. On se refait dépasser à notre tour… Tant pis, de toute façon on en a encore pour une quarantaine d’heure, rien n’est encore joué.
On continue quasiment sans s’arrêter jusqu’au petit matin, aux alentours de 8h30 quand on arrive dans un petit village près de Garessio où se trouve la prochaine pause gustative d’après nos GPS.

Samedi 08h45 – Le concert le plus improbable au monde !

Dans le minuscule bistro quasi vide, on tombe sur deux autres participants. Sales, l’air fatigué, le regard plongé dans leur café, on ne doit certainement pas avoir meilleur mine qu’eux… Contre toute attente, c’est pourtant ici que j’assiste à une scène cultissime et totalement surréelle compte tenu de l’endroit et de l’heure.
Dans une pièce au fond de ce petit café, éclairé tel un sapin de Noël par des spots clignotants bon marchés genre disco de village, un papi, la septantaine entamée nous accueille armé d’une guitare électrique. Après une reprise de Santana avec solo de gratte digne de ce nom soutenu par un accompagnement midi, il continue avec d’autres tubes des années 70 avant de troquer la guitare pour l’accordéon. C’est à ce moment qu’on reprend la route, mais franchement il m’a fait chaud au cœur. Je l’ai filmé et applaudi et me disant qu’à son âge j’espère que je pourrai faire pareil… A une différence près... Je mettrai le volume à fond !

Samedi 12h15 - 2 heures de pause bien méritée

Une fois arrivé à Garessio, la première étape inédite de 220 km est terminée. Celle-ci est vraiment intéressante et je dois dire que j'aurais également aimé la faire de jour, pour admirer les paysages.  

On attaque la 1ère boucle de l’Extrême de 112 km sur le coup des 9h. L'an passé, le HAT extrême commençait ici. La fatigue se faire sentir, mais malgré tout on tient le rythme grâce à la caféine (sous toutes ses formes) …
A 12h15 on est de retour à Garessio avec 332km au compteur, près de 12h après notre départ… Il nous reste 518km…

A ce niveau de fatigue, même la caféine ne suffit plus. On s’accorde 2 heures de pause. Un groupe de potes suisses-allemands avec des KTM 690 Quest arrive. Ils roulent vite et étaient en tête une bonne partie de la nuit avant de crever et de perdre énormément de temps. Du coup, ils ne partent que maintenant pour la 1ère boucle, sans dormir.
La salle de gym où on avait pu se doucher et dormir l’an passée étant fermée. On se couche à même le sol et on dort à côté des motos.
A 14h30, après avoir mangé une assiette de pâtes dans la cantine, on repart. La nourriture sur le HAT est toujours bonne et en abondance. Ce n'est pas ici que vous allez perdre des kilos.

On a tergiversé un bon moment avant de décider de ne pas faire la seconde boucle de 90 km de peur de ne pas arriver à temps à la route payante de Monesi Limone. Celle-ci sera fermée à partir de 18h et nous obligerait à emprunter la route goudronnée si on arrive trop tard. 

Samedi 15h00 – La pluie est de la partie

Sur le coup des 15h il commence à pleuvoir. On s’y attendait tous, mais au fond de nous on espérait fort être épargné…Alors que mes compagnons doivent enfiler leurs combinaisons de pluie, avec ma Klim Badlands, je n'ai qu'à fermer les ventilations. C'est quand même pratique... 

On atteint la section payant de Monesi Limone, juste après le village d’Upega, qui est était censé être une des parties les plus impressionnantes. Malgré la pluie battante et le brouillard, l’endroit est magnifique. 
Suite à un éboulement, il nous faut emprunter une piste de VTT étroite bien boueuse pour redescendre vers la ville. C’est le moment le plus délicat du HAT, on n’a pas le droit à l’erreur sur les nombreux virages en épingles avec le vide en-dessous. 

On arrive vers 18h dans la magnifique ville de Limone pour le souper, frigorifié et trempé. Il y a déjà beaucoup de monde, car tous les participants du HAT « classic » s’arrêtent ici également. Contrairement aux autres années, la cuisine n’est pas prête. On nous annonce qu’il faudra patienter une heure. Ça ne pose pas de problème, on est largement dans les temps, mais une partie de notre team veut repartir directement afin d’arriver tôt à Sestriere demain. Le problème, en continuant directement, c’est qu’on arrivera également au prochain point de ravitaillement avant son ouverture prévue à partir de 3h30 du matin.

Alors qu’on est en train de mettre des habits secs pour se réchauffer la pluie redouble d’intensité. J’ai le moral au fin fond de mes chaussettes et je ne suis pas le seul.
Plus personne ne parle de partir avant le souper. On profite d’une bonne assiette chaudes tout en essayer de prendre une décision sur la suite, comme la plupart des participants autour de nous. Les prévisions météos annoncent de la pluie pour toute la nuit mais du sec pour dimanche. Les organisateurs ne peuvent pas nous donner d’information sur l’état de la piste car les ouvreurs ne sont pas encore arrivés ici! Après une bonne heure d’attente et d’argumentations, Miguel et Laurent décident de rentrer directement chez eux, la perspective de dormir durant le HAT ne les séduisant pas.

Olivier, Jérôme et moi-même décidons de dormir ici et de reprendre la route le lendemain matin. On trouve la dernière chambre libre d’un petit hôtel dont le parking est déjà plein de motos. Une fois sous la douche chaude j’ai l’intime conviction qu’on a pris la bonne décision. Le HAT n’est pas une course et on est venu ici pour se faire plaisir. Là, du plaisir j’en avais franchement plus du tout.

Dimanche 06h30 – C’est reparti !

A 6h30 on se pointe au petit déjeuner pour tomber nez à nez avec des potes suisse-alémaniques qui ont aussi abdiqué hier soir. Le gérant est content, ce n’est probablement pas souvent que son établissement affiche complet, comme quoi, le malheur des uns faire le bonheur des autres !

A 7h on reprendre la route pour les 345 km restants. Il fait encore relativement froid, et dès qu’on comment à monter un peu, on atterrit dans le brouillard et la pluie, pas du tout ce que les prévisions météo indiquaient hier soir ! Le thermomètre de l’Africa Twin à Olivier n’affiche que 6°C… 
On croise des participants sur le parcours, il semblerait que la majorité ait choisi la même option que nous, même Manuel Lucchese, le jeune prodige Italien (3 Dakars en malle moto, donc sans assistance) a passé la nuit à l’hôtel !

On ne nous laisse malheureusement pas prendre une section, semblerait-il trop endommagé par les précipitations ce qui nous oblige à couper par la route avant de terminer avec les traditionnels cols du Finistère et de l’Assiette pour arriver à Sestriere sur le coup des 15h.

C’est tout de même étrange de terminer le HAT extrême sans tomber de fatigue. Du coup je n’ai qu’à charger la moto dans mon bus et je peux rentrer directement chez moi. Olivier et Jérôme rentrent eux aussi directement, mais à moto. 

Le HAT a vécu sa première édition vraiment pluvieuse, ce qui a posé des difficultés aussi bien aux organisateurs qu’aux participants. Il est claire que les participants au HAT "Classic" ont été moins chanceux que nous qui avons tout de même pu rouler près de 15h sans la pluie. Toutefois, la bonne humeur et la convivialité étaient de mise et on a pris du plaisir.

Nul doute que la 10ème édition nous réservera de belles surprises en 2018 ! Un HAT extrême de 1’000 km peut-être ? Rendez-vous l’année prochaine !

Vous trouverez toutes les informations administratives sur le site officiel.

David Zimmermann
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