Aujourd’hui c’est l’étape la plus longue avec plus de 350km, dont une très longue liaison. On retourne à Douz. La première spéciale se passe très bien pour moi, pas trop technique, pas d’erreur de navigation, tout va bien. Malheureusement, ma journée sera très rapidement terminée. Au début de la liaison, je passe devant la première station-service qui n’a plus d’essence et je tombe en panne sèche 500m plus loin. Mes réservoirs avant sont vides. Je switche sur les réservoirs arrière, mais rien à faire. Elle ne veut plus démarrer. Je démonte la selle et les réservoirs et aspire de l’essence dans un tuyau pour la mettre directement dans le carburateur. La pompe à essence est un peu faible lorsque le carbu est vide… Rien à faire. Je contrôle la bougie…
Plus ou moins au même moment un camion s’arrête à ma hauteur. Un des services teams, des Anglais. Ils me proposent de ramener ma moto à l’hôtel, ce que j’accepte la mort dans l’âme. Sur le camion, la moto de Ekaterina, la petite russe qui roule dans les pros. Cette petite nana avec des bras aussi gros que des cure dents et qui doit faire 45 kg avec les bottes et le casque est classée 5ème au championnat russe d’enduro! Dans la catégorie homme! Elle a eu un gros crash et détruit toute sa tour de navigation. Le road book et le gps sont détruits, mais elle parle déjà de repartir demain si son mécano peut réparer sa moto!
Ma moto arrive en fin de journée, les Anglais sont dans les derniers à arriver au camp. Leur voiture a eu de gros problèmes et la course est terminée pour eux. Après quelques investigations, je pense trouver la cause de mon problème: il y avait probablement de l’eau dans le réservoir. Après avoir rechargé la batterie et purgé le carbu, elle démarre sans problème. C’est vraiment dommage d’avoir dû abandonner pour une panne qui aurait pu facilement être évitée. J’apprendrai par les concurrents que, toute la journée, il y a eu une tempête de sable qui réduisait la visibilité à néant. Les concurrents ont dû se fier uniquement au système de navigation sur la plus grande partie de la journée.
Ce matin on a une drôle de surprise à notre réveil: il pleut, et même beaucoup ! Tout est détrempé, le sable mouillé fait une sorte de boue dans les paddocks… Le ciel est complètement bouché et de fortes rafales de vent viennent rajouter encore un peu de piment. A peine 5 minutes avant le départ, mon GPS s’arrête et je ne peux plus le mettre en marche ! Par chance Sid, un ami anglais, me dit que les gars de son team peuvent m’aider. Ni une ni deux, ils me donnent des piles neuves, mais rien à faire. Je ne peux pas prendre le départ sans GPS… Et là, miracle digne d’une film hollywoodien: leur chauffeur a un GPS de réserve et c’est sur la ligne de départ qu’ils finissent de le fixer sur mon support. Je peux rouler ! Elle est pas belle la vie ?
A cause de la pluie et du vent, la forme des dunes a complètement changé et la partie qu’on ne voit pas est très abrupte. Sid, après quelques kilomètres a fait une grosse chute et doit abandonner. Bien que j’étais parti en dernier à cause de ma panne de hier, rapidement je vois pas mal de monde en difficulté. Mon levier d’embrayage n’a quasiment plus d’effet et je suis obligé de rouler sans. J’atteins le CP1, non sans peine et j’en profite pour rajouter du liquide dans le réservoir de l’embrayage, ce qui devrait me permettre de finir la journée.
A présent, je m’attaque à la section où j’ai dû abdiquer l’année passée, épuisé, sans eau et avec ma moto plantée. Un enfer de dunes à perte de vue. Ça se passe relativement bien au début, le sol mouillé aidant, la moto s’enfonce moins. Au fur et à mesure que les kilomètres défilent, je commence à faire des erreurs; je me retrouve à plusieurs reprises plantées à devoir déterrer ma moto. Et ça c’est le pire, chaque plantage me vide d’une grosse partie de mes ressources. Quand vous roulez dans le peloton de queue, ce n'est presque plus possible de suivre les traces des pistes principales parce que le sable a tellement été brassé, qu’il est hyper mou. Il faut donc faire sa trace à côté.
Difficilement, j’atteins le CP2, et dans les temps ! Il n’y a rien d’héroïque à ça, mais je suis hyper heureux d’avoir réussi à le terminer. C’est ma victoire sur l’année passée. Le décor change du tout au tout jusqu’au CP3. C’est de la caillasse, de la piste dure, des montagnes. Sans le vent et la fatigue, c’est une étape facile. Mais Le vent est tellement fort qu’à plusieurs reprises je suis quasiment projeté à terre. Je fais une grande partie de l’étape avec un des pilotes japonais qui semble aussi crevé que moi. J’ai plus la force de rouler debout.
On atteint le CP3 avec 15 minutes de retard et donc on ne peut pas faire la dernière spéciale, et on doit rejoindre l’arrivée par la route. Je n’ai pas trop de regret car jamais je n’aurais réussi à gagner 15 minutes sur cette étape. 90 km de route avec ce p*** de vent et un mal de cul énorme qui me force à essayer toute les positions possibles et imaginables sur la selle… Quand j’arrive finalement à l’hôtel, je suis tellement fatigué que je ne change même pas le filtre à air. Je termine en 12ème position aujourd’hui. Après les mauvais classements des 2 derniers jours, ça fait plaisir.