Essai publié le 20 septembre 2010

Triumph Rocket III Roadster "Just for fun"

Texte de Charles Donzé / Photo(s) de Nicolas Bassin

Après l'essai de la Triumph Thunderbird 1700, je me demandais si je devais passer le permis camion dans le but d'enfourcher sa grande soeur, la Rocket Roadster. Autant j'appréhendais son gabarit si imposant, autant je me réjouissais de dompter une moto unique en son genre.

La Rocket Roadster pousse ses caractéristiques au superlatif. C'est une moto à l'échelle 1.5:1. Chaque élément est démesurément grand, gros, large, imposant, ... Le cahier des charges de la Rocket a dû effrayer les ingénieurs d'Hinckley. Dites à quelqu'un que le bouilleur de votre moto cube à 2'300cc ! Il vous rira au nez ou simplement passera son chemin en songeant la boisson ne lui réussit pas !

La moto est construite autour de l'énorme moteur à trois cylindres. Tout est pensé en fonction de la démesure qu'il offre au moindre effleurement de la poignée des gaz. Certains afficheront le logo rouge et la censure, d'autres fanfaronneront fièrement les chiffres-clés de cette moto d'exception. Je me contenterai de donner le ton par les quelques chiffres suivants : une cylindrée portée à 2'300cc, un couple dantesque culminant à 221Nm, un pneu arrière de 240mm de section, un poids de 367kg à sec, un réservoir de 24 litres, une largeur de près d'un mètre et une longueur de deux mètres et demi. Le ton est donné. Portez ces chiffres à votre imagination et déduisez une représentation de l'engin. Vous n'y parvenez point, je m'y attendais, aucun d'entre nous n'est capable de se représenter une telle moto. Au XVIe siècle, Gargantua l'aurait fait sienne, c'est dire !

Cessons les descriptifs et dévoilons le monstre par ces photos :


Prise en main :

Côtoyer une Rocket est toujours un événement dans la vie d'un motard. Du coin de l'oeil, on la regarde. A pas de loup, on s'en approche. Avec efforts, on l'enfourche. Avec émotions, on met le contact et lance le moteur. Avec crainte, on tourne la poignée des gaz. Mais, surtout, quelle joie de prendre possession d'un tel véhicule. Elle est hors catégorie, unique, ravageuse, ... la liste des adjectifs la qualifiant s'allonge au fur et à mesure qu'on la contemple, qu'on la décrit.

A chaque effleurement de la poignée des gaz, la moto s'incline. L'inertie du moteur est telle que les 367kg à sec de la bête chavirent. C'est dans un sifflement typique des trois cylindres de Hinckley et dans un grondement sourd que la Rocket monte dans les tours. La largeur de l'engin, le bruit à l'échappement et le caractère de la bête font plutôt penser à une Muscle Car américaine gavée de chevaux  qu'à une moto, à deux roues.

Les deux compteurs font miroir aux optiques de phares avant. L'un affiche l'heure, deux trips quotidiens et un total ; l'autre, l'autonomie, le rapport engagé et le niveau d'essence.

L'énorme réservoir, soutenu à sa gauche par l'admission, offre la modique contenance de 24 litres qui, nous le verrons plus tard, parviennent tout juste à offrir 200km d'autonomie. C'est gros, imposant et inhabituel, certains d'entre nous se sentiront, pour sûr, un peu plus viril.

Les repose-pieds, le guidon et la selle sont idéalement placés et incitent à la balade peinarde plutôt qu'à l'arsouille. Là, je suis posé.

Les manoeuvres à basse vitesse, dans un parking ou en ville, sont délicates. La moto est longue, large, le centre de gravité est assez haut placé, la moto aurait vite fait de vous emporter. De l'arrière, la moto est très large : les marches arrière seront à réaliser avec le plus de précautions.

Assez décrite, cette moto est à essayer !

Entrons dans le vif du sujet ! Je passe la première, KLONG. Je lâche progressivement l'embrayage, immédiatement et sans se faire prier, la moto se met en mouvement. Les 367kg se déplacent sans avoir besoin de donner une once de gaz.

Chauffons les pneus avant de se laisser emporter par le trois pattes. Balançons la moto à gauche, puis à droite. La moto penche naturellement sans effort ; la relever, par contre, demandera un peu plus de muscle.
Après quelques kilomètres, la mécanique et les pneus sont à température, il est temps de passer aux choses sérieuses. Je passe le deuxième rapport, puis tourne la poignée des gaz jusqu'en butée. Quelle souffle ! Dès les plus bas régimes, le trois cylindres de la Rocket offre le meilleur de lui-même. Dans un grondement de tonnerre, le moteur souffle sans arrêt jusqu'à plus de 6'000tr/min. Linéaire, certes, mais d'une efficacité redoutable ! La plage de régime idéale pour une utilisation musclée du véhicule se situe entre 2'000 et 5'000tr/min ; c'est bien là que l'on s'amuse, que l'on se fait peur, que l'on s'allonge les bras, ... Assurément, à ce rythme, le gommard de 240mm de section souffre tout en assumant pleinement ses prétentions (Metzeler Marathon ME880). A ce sujet, ne comptez pas rouler guère plus de 4'000km avec un pneu arrière. De même, il s'agit d'abreuver trois cylindres de près de 767cc ; les 24 litres du réservoir paraîtront rapidement ridicules.

Le moteur est phénoménal ! C'est dit !

Au niveau du confort, la Rocket m'a plu. Suffisamment souple pour gommer les imperfections de la route et sèche en appui, le compromis idéal pour ce genre de moto. La selle moelleuse, la même que celle montée sur la Triumph Thunderbird 1700 est toujours aussi appréciable sur les longs trajets.

La Rocket n'est pas qu'un dragster. D'ailleurs, sa déclinaison se nomme Roadster. En virage, la Rocket n'hésite pas à prendre de l'angle. Autant les repose-pieds de ma précédente moto d'essai (Triumph Thunderbird 1700) avaient un rôle castrateur, autant sur la Rocket, ils permettent de prendre beaucoup d'angle en regard de son gabarit ; elle ne s'appelle pas Rocket III Roadster pour rien. Certes, elle n'offrira pas l'angle de ses petites soeurs Speed/Street Triple, mais elle vous permettra de prendre de beaux virages.

En approche de virage, le freinage n'est pas LE point à mettre en avant sur la Rocket. Les freins sont puissants, nul doute ; seulement, à mon goût, il manquerait un poil plus d'agressivité lors de bons freinages appuyés. Il ne faut pas non plus oublier le poids total de l'engin... qui représente le double de la plupart des motos du marché.

En pleine courbe, la moto reste stable pour autant que la pression des pneus soit adéquate. Un léger manque de pression se fera rapidement sentir par des flottements. Le poids de la moto est toujours présent, ce n'est pas une légère Street Triple R que j'ai entre les jambes. La moto a tendance légère au sous-virage.
En sortie de virage et en relance musclée, le pneu arrière offre tout son grip, sans broncher. Toutefois, les 221Nm sont bien présents, gare aux excès d'optimisme !

En mode balade, la Rocket sait se montrer douce et sage. Elle sait aussi se balader en enroulant sur son généreux couple. C'est volontiers que le cinquième rapport offrira ses services pour traverser les villages comme pour cruiser aux limitations de vitesse autorisés. Le couple est tellement important que l'on accepterait volontiers un sixième rapport.

Sur autoroute, la Rocket ne dispose d'aucune protection. Les jambes et les bras écartés, le buste bien droit, on ramasse toute la force du vent. L'autoroute n'est réellement pas une partie de plaisir. De plus, pour limiter la consommation d'essence, un sixième rapport s'imposerait pour cette exercice. Bien que ce ne soit pas son terrain de prédilection, il me paraît être une nécessité. Sur un trajet autoroutier, les barres du niveau d'essence disparaissent rapidement.

En ville, il ne s'agira pas de jouer des coudes pour se faufiler, au risque de griffer ses chromes. La moto est large, près d'un mètre au guidon. Une fois sa largueur en mémoire visuelle, le gymkhana est envisageable, dans la mesure du possible.
Le moteur chauffe beaucoup, il est fréquent d'entendre le ventilateur se déclencher. Contrairement à ce que l'on pourrait s'imaginer, le gros moteur ne dégage pas de chaleur en direction du pilote.

Sur la terrasse d'un bistrot :

De loin, vous et la moto serez vus. De près, vous serez admirés. Une telle moto attire l'attention, l'admiration, les convoitises. Même le néophyte s'étonnera en observant le gabarit de l'engin !

Pour l'anecdote, un passant m'a demandé : quelle est la cylindrée, 1'400, 1'600 ? Imaginez un instant la réaction de Monsieur en lui avouant la cylindrée de la Rocket : Non Monsieur, 2'300cc ! Monsieur n'a pas perdu son dentier ; Kukident (colle pour prothèses dentaires) a fait des progrès dans ses produits, sans aucun doute !

Le mot du sac de sable :

Le bloc faisant office de selle passager est moelleux et confortable. Cependant, étant assise très droite, mon coccyx a souffert des nombreuses imperfections de la route. La visibilité vers l'avant est impossible car les selles sont de même niveau ; ce qui n'est pas très agréable sur de longs parcours. En effet, il est difficile d'anticiper les freinages, les accélérations et les virages. La version Roadster de la Rocket III fait partie des plaisirs égoïstes de la gente masculine. Préférez la version Touring pour voyager autrement !

Conclusion :

Si nous devions dresser une liste d'adjectifs qualifiant la Rocket III Roadster, nous y passerions une journée entière. Chaque élément, chaque attribut, chaque caractéristique sont synonymes de démesure. A l'heure de la répression routière, des normes d'émission de CO2, les ingénieurs d'Hinckley n'ont pas fait dans la dentelle. La Rocket peut être docile comme brutale, elle se prêtera à de nombreux exercices, elle les honorera ! N'étant pas une personne extravertie, ni introvertie pour autant, elle ne figurera pas dans ma liste d'achat. La Rocket III, on la vit, on l'assume tant en termes d'image que financièrement. Acheter une Rocket III Roadster, c'est oser ! Oser se démarquer, oser la différence, oser le gigantisme, oser l'inimaginable ! Just for fun !

Un grand merci à Triumph Suisse pour le prêt de cette Rocket III Roadster et à l'équipe d'Inter-Motos pour sa disponibilité.
Charles

Au final...

On a aimé :
+
Son look
+
Son moteur au couple démoniaque à tous les régimes
+
Son confort
+
Sa facilité de prise en main
+
Le bruit à l’échappement réussi
On a moins aimé :
-
Une position de conduite étonnante pour un roadster
-
Une consommation en relation directe avec la cylindrée
-
La béquille latérale trop en avant
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Au final...

On a aimé :
+
Son look
+
Son moteur au couple démoniaque à tous les régimes
+
Son confort
+
Sa facilité de prise en main
+
Le bruit à l’échappement réussi
On a moins aimé :
-
Une position de conduite étonnante pour un roadster
-
Une consommation en relation directe avec la cylindrée
-
La béquille latérale trop en avant

Fiche technique

Véhicule
Marque :
Triumph
Modèle :
Rocket III Roadster
Année :
2010
Catégorie :
Cruiser
Kit 25 kW :
Non disponible
Moteur
Type :
3 cylindres en ligne avec balancier primaire unique (pignon mené), double arbre à cames en tête
Cylindrée :
2'294 cm3
Refroidissement :
Par eau
Alimentation :
Injection séquentielle multipoint électronique à deux papillons, connexion progressive avec papillons primaires
Performances
Puissance max. :
148 ch à 5'750 tr/min
Couple max. :
221 Nm à 2'750 tr/min
Transmission
Finale :
Cardan
Boîte :
5 rapports
Embrayage :
Multidisque à bain d'huile
Partie cycle
Châssis :
Acier tubulaire, double tube central
Suspension AV :
Fourche inversée Kayaba 43mm
Course AV :
120 mm
Suspension AR :
Double amortisseur Kayaba à ressorts chromés, réglage en précontrainte sur 5 positions
Débattement AR :
105 mm
Pneu AV :
150/80 R 17
Pneu AR :
240/50 R 16
Freinage
ABS :
Oui
Freinage combiné :
Non
Frein AV :
Double disques flottants de 320mm avec étriers quatre pistons Nissin
Frein AR :
Disque de 316mm avec étrier deux pistons Brembo
Dimensions
Longueur :
2'500 mm
Empattement :
1'695 mm
Largeur :
970 mm
Poids total :
367 kg
Réservoir :
24 litres
Coloris disponibles
Coloris :
Blue Haze
 
Phantom Black
Catalogue
Prix de vente :
CHF 23'890.-
En ligne :
Garage :

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