Publié le: 3 octobre 2026 par Patrick Schneuwly
Media Crew fait podium à la Honda Fun Race 2026 au Stockental

La Honda Fun Race, on en avait parlé au printemps 2025, et le concept a été reconduit en 2026 tout en y joignant l’événement « Rides and Wibes » à la même date pour réunir les passionnés de la marque lors d’une journée de fête. AcidMoto.ch a fait équipe avec deux journalistes de Motorlive et ce qui devait n’être que du fun est devenu une compétition où on a pu jouer la gagne.

REPORTAGE

L’idée de faire la course dans un pays qui n’a pas de circuit paraît saugrenue, mais elle est en fait très rationnelle car il faut inventer des épreuves qui sortent du cadre de la compétition moto conventionnelle. Pour participer, les concessionnaires Honda ont la possibilité de constituer une équipe, mais la marque invite aussi d’autres à former un équipage. J’ai eu la chance de pouvoir proposer qui recruter et n’ai pas hésité à faire appel à Loris et Céliane que j’ai rencontrés lors de la Ultimate 700 plus tôt cette saison. Ils travaillent pour le groupe français Editions Larivière et écrivent pour Motorlive notamment.

Les invités étrangers ont droit à un programme dédié : accueil la veille à Genève pour envoyer les bagages sur le site de l’événement et prendre les commandes de modèles emblématiques de la marque sur un itinéraire touristique. Il y a deux Africa Twin, une CL450 Scrambler, une CB450K2 Super Sport et une ST1100 Pan European. Mes deux compères dans leur vingtaine ont découvert ces machines qu’ils ne connaissent pas. Ils ont longé le Léman, sont passé par Montreux, avant d’emprunter le col du Pillon en direction de Stockenthal.

L’ensemble des 22 équipes, soit 66 pilotes, s’est retrouvé au centre TCS Stockental, proche de Spiez dès le vendredi soir. Les 3 premières épreuves du lendemain nous sont expliquées en détail pour les enchaîner plus rapidement le moment venu. Puis la soirée se prolonge autour d’un barbecue qui réunit les concessionnaires et tous les invités.

Première épreuve

La journée commence par un duel pour chaque membre de l’équipe face à un pilote d’une autre équipe. Les deux s’affrontent sur une course de 100 m en ligne droite, départ arrêté en Honda WN7. Chaque pilote prend deux départs, chaque fois un invité face à un revendeur. Le gagnant de chaque manche gagne 10 points, soit 60 points à prendre.

Céliane entrera en premier dans la compétition, face à Clemente du garage Michel Moto. Ce qui nous perturbe, c’est qu’aucun de nous 3 n’a conduit une WN7 avant. Il n’y a pas d’embrayage ni de vitesses, tout se passe à la poignée de gaz et le contrôle de traction a été désactivé. Il s’agit, de but en blanc, d’attendre qu’un feu vert s’allume avant de tourner une poignée en butée et ne pas savoir ce qui va arriver.

Sans aucune hésitation, notre jeune pilote encore en 35 kW s’élance et remporte ses deux duels. Le premier en étant plus réactive et même en freinant un peu avant la ligne d’arrivée. Le second était plus serré avec un départ simultané mais un petit avantage de poids pour Céliane. Déjà 20 points pour le Media Crew.

Loris enchaine droit derrière en affrontant deux fois Kevin du Garage Moderne Vevey. Son adversaire anticipe largement son premier départ, permettant à mon équipe de prendre 10 points facilement. Sur le second duel, c’est beaucoup plus serré mais Loris semble partir plus fort et s’impose au bout de la ligne droite.

On se demandait si le frein était utile au départ. Loris l’a expérimenté : en mettant un peu de gaz on peut tenir la moto immobile sur le frein. Une fois vert, on lâche le frein et la moto part assez fort. C’est probablement ainsi qu’il a pu faire la différence sur son deuxième départ. Encore 20 points de gagnés.

Vient mon tour, opposé à Rémi de Moto Rush. Je recule ma WN7 pour être dans la marque de départ et attends que le rond vert s’allume. J’ai quelques degrés de rotation sur la poignée et sens la moto buter sur le frein que je serre de la même main. 1, 2, 3 : partez. Je lâche le levier et tourne la poignée en butée. Je pars comme une flèche devant mon adversaire. Premier run pour moi.

Pour la deuxième manche, je bloque à nouveau ma roue avant au frein et tourne la poignée. Seulement, je mets trop de poids sur l’avant et dans la précipitation je fais un énorme burn. Le speaker arangue la foule, mais tire la même conclusion que moi en perdant mon duel : ce n’est pas la bonne solution. La roue arrière a mis énormément de temps à retrouver l’adhérence et j’ai pas mal louvoyé jusqu’à la moitié de la distance à parcourir. Les images sont belles, mais je laisse échapper 10 points pour mon équipe.

Deuxième épreuve

Les 11 équipes invitées affrontent chacune une équipe de concessionnaires dans une double boucle offroad où se relayent les 3 pilotes. C’est sur une Montesa Cota 4RT 260R avec une selle que le duel est disputé. Le départ est donné au milieu alors que chaque équipe part dans une direction opposée. Un en direction des rochers, l’autre vers le petit bois. Une fois qu’un pilote a traversé les deux zones, il passe le guidon au suivant.

La zone rocheuse, on l’a vue la veille lors du briefing. En revanche, la partie du bois, on s’est empressé de faire une reconnaissance à pied avant que l’épreuve ne débute. Il y a une ligne droite de graviers profonds d’une dizaine de centimètres avant un virage à droite en descente avec quelques cailloux qui ressortent. Puis on remonte sur un petit pierrier avec 2 trajectoires visibles avant de partir sur la gauche et les premiers arbres à éviter en zig-zag. Reste à choisir entre un dernier rocher qui dépasse et une traverse de chemin de fer pour se frayer un chemin vers la tente du départ et la deuxième zone à parcourir.

Le hasard choisit notre adversaire, ce qui conditionne les chances de gagner le duel. Face à des pilotes habitués au tout-terrain, notre petite expérience cumulée ne ferait pas le poids. J’ai fréquenté les Enduro Parc en Allemagne et en France, j’ai aussi fait un peu de motocross. Loris a pratiqué le trial tandis que Céliane s’est peu aventurée hors des routes. Nous affrontons « Moto Bättig 1 », l’un d’eux est en équipement adventure et les deux autres en équipement route. Les apparences peuvent être trompeuses…

On choisit de laisser Céliane prendre le départ, je suis le deuxième pilote et Loris termine la course. On a observé tout le monde descendre de la moto à gauche pour que le suivant enfourche la moto depuis la droite et en prenant l’embrayage. Nous, on opte pour une stratégie de descente à droite, pour laisser le pilote suivant saisir l’embrayage par l’extrémité du levier avant de passer la jambe par-dessus et s’en aller.

Céliane fait une bonne première boucle dans le bois puis garde le rythme dans les cailloux. Elle me donne la moto en même temps que Moto Bättig 1 change de pilote. Je m’élance dans le bois et passe à travers le gravier alors qu’on avait suggéré de passer sur le côté. J’évite facilement ce qui dépasse et dans le pierrier je monte sur la droite pour me faciliter le virage à gauche. Ça passe tout seul mais sans élégance, je suis assis sur la moto.

Côté cailloux, j’évite facilement les bosses en béton puis fais tranquillement le slalom qui retourne vers Loris qui m’attend. Mon adversaire direct n’est pas encore revenu vers ses coéquipiers, j’ai donc de l’avance. Juste après le pierrier, Loris tombe sur mon adversaire, bloqué sur le tracé du bois. Il peut lui passer à côté et s’en va prendre la ligne difficile dans la boucle rocheuse pour s’amuser. C’est une victoire haut la main qui rapporte 50 points.

Moto Bättig 1 ne sont pas les seuls qui ont eu un contretemps dans le bois, c’est la difficulté de l’épreuve qui aura fait du mal à de nombreux pilotes. Ont-ils fait un repérage avant ou non ? Je l’ignore, mais notre choix de ligne à pied nous a bien aidés.

Troisième épreuve

C’est la seule reprise telle quelle de l’édition précédente, à l’exception du modèle de moto utilisé. Les CB125R ont laissé la place à des MSX125 Grom. 22 motos identiques alignées pour un départ du type Le Mans avant de tourner en rond pendant 60 minutes. Notre place sur le grille de départ, je l’ai tirée au sort en arrivant hier soir et nous partons 2e ! C’est une énorme chance vu la configuration de la piste. Ensuite, chaque pilote de l’équipe doit au minium faire 1 tour.

Aucun essai ou reconnaissance de la piste n’est prévu, si ce n’est 1 seul tour pour le pilote prenant le départ. On en revient au ressentiment étrange de grimper sur une moto qu’on découvre et d’accomplir quelque chose qui compte avec, immédiatement après. J’ai un peu roulé en Grom il y a quelques années, une stock sur le circuit d’Alès et une moto avec cartouche et ressort Öhlins sur route. Préparée ainsi, la moto n’avait plus grand-chose à voir avec l’originale sortie du magasin.

On choisi d’envoyer le pilote qui a le plus d’expérience dans un peloton au départ, c’est à dire Loris. Céliane n’a jamais fait de course et moi j’ai passé mon temps à la dernière place la seule fois où j’ai participé. Lorsque la corne de brume retentit, il court à travers la piste où Céliane lui tient la moto déjà en marche. Il n’a qu’à enquiller la première et partir. Face au pilote qui avait la pôle, il prend immédiatement le dessus et part en tête de la course.

Jusqu’à présent on avait caché nos intercoms Cardo pour ne pas attirer l’attention, au moment de la course on les a sortis pour en tirer un avantage. Parler à Loris pendant qu’il roulait nous a permis de récolter ses points de repère avant d’être envoyé en piste et on pouvait aussi l’informer précisément de ce qui se trame derrière lui.

L’attaque de Jean-Michel Bayle n’avait rien d’une surprise : notre pilote le savait et n’allait de toute manière pas longtemps faire le poids face à tant d’expérience sur piste comme en cross. Quelques chutes surviennent : une perte d’avant en entrée, un angle excessif qui fait chuter la moto. À droite, la pédale de frein frotte vite, elle se replie même vers l’arrière à mesure que les virages se succèdent.

Loris tient bon sans trop se faire distancer et lorsque l’ancien champion passe le relais à un coéquipier, la moto n°9 peut prendre la tête de la course. Objectif : creuser l’écart.

Après 30 minutes depuis le départ, face à des adversaires qui ne font pas de cadeau, on choisit de lancer Céliane dans la course. Elle enfile son casque et ses gants, Loris attend notre signal pour venir passer le relais au paddock. Ses missions : se battre pour la position (même si on est lucide, l’expérience manque pour faire le poids) et ramener la moto.

En piste, le niveau est très hétérogène. Certains ont enfilé un cuir pour la toute première fois et d’autres roulent le couteau entre les dents. Notre jeune pilote ressent beaucoup de pression : la découverte de la moto, faire des dépassements tout en étant dépassé, apprendre la piste, la charge mentale est énorme. Elle nous confie à l’intercom que c’est difficile et nous demande à Loris et moi de décider que faire. Continuer dans la cadence choisie, avec 15 minutes chacun pour me faire finir la course, ou rapidement me passer le relais, que j’aille aussi loin que possible (l’arrivée, ou redonner la moto à notre pilote Gold).

Je dois tout de suite partir en piste. Une gorgée d’eau, casque sur la tête, gants, et j’attends la moto dans la pitlane. J’ai la description de piste de Loris en tête et m’apprête à découvrir la MSX125 : ses freins, ses pneus, ses suspensions, ses commandes. Je libère doucement l’embrayage sur un filet de gaz, mauvaise méthode car on peut mettre gaz en grand sans se faire surprendre.

Je peux m’insérer sur la piste sans batailler, car j’ai la chance d’avoir un trou béant pour moi. Sorti du grand droit, je m’en vais découvrir la chicane qui s’avère être à géométrie variable, parce que le pneu recule à mesure que les pilotes le frôlent au passage. Puis il faut relancer la machine de 15 chevaux pour le S rapide avec une crête sur la dernière partie. À la corde de la seconde courbe, il y a une plaque en métal au sol qu’il faut soigneusement éviter pour ne pas glisser.

À l’opposé de la pitlane, il y a une épingle à droite en banking qui passe vite si je me fie au pilote rapide de l’équipe. Puis une chicane rapide amène au virage le plus lent, un gauche très fermé où a eu lieu la première chute de la course. Ne reste plus qu’un droit à 90° qui fait face à mes coéquipiers au paddock et le tour est bouclé.

La mise en jambe est compliquée, la moto est vraiment petite et c’est tout sauf naturel de se positionner dessus en cuir 1 pièce pour faire la course. Au freinage, je cherche un appui des genoux mais le réservoir ne présente pas de gros épaulement. Le guidon d’un roadster est souvent large, celui de la Grom est plutôt menu et je ne sens pas mon avant quand j’inscris la moto.

Je parviens à remonter facilement sur des néophytes, je me fais aussi outrageusement dépasser par plus expérimentés et téméraires que moi. Grâce au live timing, mon équipe peut me garder informé de ma position. Notre avance après 2 passages de relais a disparu, j’évolue dans un groupe de pilotes qui sont tous dans le même tour et lutter pour la position est compliqué.

Le circuit n’est pas rapide, mais pour faire bien, il y a besoin de la première dans la chicane et jusqu’à la troisième dans les parties rapides. La transmission m’a opposé le plus de difficultés : trop habitué au circuit en inversé, je suis souvent perdu dans mes gestes. Avec seulement 15 chevaux, le moindre faux rapport se paye cash. Idem en plantant difficilement la 2 avant le banking, en relâchant l’embrayage sans anti-dribble, l’arrière s’est bloqué et m’a climatisé en plein virage. Heureusement, je reste sur mes roues !

Autant me rendre à l’évidence, je ne fais pas le poids face aux pilotes rapides du plateau. Si on opère un dernier changement maintenant, Loris peut encore partir à l’assaut d’une bonne position. C’est à peu près là qu’on a mis le fun de côté pour jouer la gagne. À la prochaine occasion, je retourne en pitlane transmettre la moto. Il rejoint la piste en 8 ou 9e position, bien décidé à pousser. Il ne fait pas dans la dentelle, s’il faut en prendre 3 à l’intérieur avant le gauche le plus lent, c’est qu’une formalité. Ça joue forcément un peu des coudes, et lorsqu’il s’agit d’aller chercher le quatrième, Loris redouble d’efforts.

Un moment menacé par Jean-Michel Bayle, encore, mais cette fois avec quelques tours de retard, il le laisse passer pour se servir de sa roue et continuer sa remontée. Ce qui porte ses fruits, à quelques minutes de la fin de course la Grom n°9 pointe en 4e position. Ce n’est que dans l’avant dernier tour, que le 5e reprendra la position, en faisant les freins dans l’épingle en banking. Sortie et relance pas propre, impossible de revenir. Lors du damier, Media Crew est 5e à quelques dixièmes derrière la médaille en chocolat. Un peu amer, mais le titre de la course nous revient vite en tête, en effet on a eu bien du fun pendant 1h. Peu importe la moto, à armes égales, un groupe de motards rend n’importe quelle course intéressante.

Quatrième épreuve

Appelée Dizzy Ride, cette dernière manche ne nous a pas encore été expliquée. Un petit parcours a été installé en deux pistes parallèles pour un nouveau face-à-face avec une équipe. Point de moto cette fois, mais une course relais à faire avec des lunettes qui reproduisent la vision dégradée par 1.6g d’alcool dans le sang. Avec un guidon, chacun doit passer à travers un cerceau, lancer une balle sur une cible velcro, marcher à l’intérieur d’une échelle de fitness posée au sol, traverser une piscine et réussir un saut à la corde avant de passer le relais. Le tout grimmé d’accessoires à disposition.

Media Crew devait être opposé à Centre Honda Genève, un imprévu de dernière minute nous fait jouer contre Girls on Bike 2. Même ordre qu’en offroad, Céliane commence, je fais le second relais et Loris termine la course. Premier relais fini au coude à coude, je prends rapidement de l’avance à la corde puis la piscine. Après la balle et le cerceau, l’écart s’est creusé et Loris n’a qu’à assurer. C’est un nouveau duel remporté pour grossir notre compte de points, avec probablement un bonus pour ma tenue noir et rose réalisée avec goût et rigueur, sans chercher la facilité de ne porter qu’un unique accessoire.

Quand vient le podium en fin de journée, on ne sait pas où nous sommes au classement. Nos nombreuses victoires et le top 5 à l’endurance devraient nous assurer d’être relativement haut dans la liste des 22 équipes participantes. Alors qu’Alex Noël, le speaker, annonce Media Crew à la troisième place avec 230 points, on est autant ravi que surpris. Seul le revendeur Ricci Motos a pu collecter 246 points et les Swiss Pilots 308 points pour se placer au sommet du podium.

Lucas Diserens, Eliot Vidalenc et Enzo Steffen, trois jeunes pilotes Suisses, ont pu faire parler leur talent dans cette Honda Fun Race 2026. L’événement a attiré pas moins de 650 motos Honda à l’occasion du rassemblement, ce qui en fait aussi un succès pour la marque. Le rendez-vous sous ce format a bien des chances d’être reconduit pour une 3e édition en 2027.

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