
Le 5 avril, j'ai quitté Oruro pour me diriger vers Potosi. Grâce aux indications précises données par le gardien du parking dans lequel la Tigresse avait passé deux nuits, j'ai pu sortir de la ville sans problème. En Bolivie, tout est un peu plus compliqué au niveau de la navigation car Garmin n'a pas encore référencé ses GPS pour ce pays. Il faut donc y aller à l'ancienne.
La route entre Oruro et Potosi est tres fréquentée, notamment par des bus locaux qui crachent une fumée noire épaisse. Parfois, lors des manoeuvres de dépassement, il est impossible de vérifier si du trafic vient en face et il faut attendre un coup de vent favorable pour que cette saleté se dirige du côté droit de la route. L'arrivée à Potosi s'est aussi deroulée dans un trafic cahotique et j'ai eu mille peines à trouver le centre ville. Il faut dire que Potosi (150'000 habitants) est construite sur des collines séparées par de profonds ravins. Beaucoup de rues très en pente finissent en cul de sac et il ne vaut mieux pas de trouver au fond de l'une d'elles, sous peine de ne pouvoir manoeuvrer la moto pour rebrousser chemin.
Je ne me suis pas attardé à Potosi car cette ville dégage une certaine tristesse. Elle a été naguère tres prospère grâce aux mines d'argent qui se trouvent à proximité immédiate. On peut d'ailleurs les visiter mais cela comporte certains risques (éboulements, wagonnets fous, gaz toxiques, etc.). Après le tremblement de terre d'Arica, je n'ai pas souhaité prendre ces risques. On y travaille encore comme au Moyen Âge et depuis le début de leur exploitation, ces mines ont déjà fait 7 millions de victimes, parmi elles de nombreux esclaves amenés d'Afrique.
De Potosi, j'ai pris la route d'Uyuni. Sur une distance de 200 km, j'ai eu droit à une déclinaison de paysages fantastiques. De profonds canyons de roche rouge, des prairies vertes où paissaient de nombreux lamas ou alpaguas, des petits villages en Adobe, des cultures en terrasses à la facon Inca puis une vue panoramique sur le salar d'Uyuni ont agrementé le parcours.
Le 7 avril, je suis parti pour une excursion de trois jours sur le salar et ses environs. Dans le véhicule 4x4 qui nous emmenaient, je me suis retrouvé avec deux couples de Suisses-allemands accompagnés d'une vieille dame bolivienne de 85 ans, domiciliée à La Paz, mère de l'une des Suissesses. Le premier jour a été consacré au salar. Cette énorme surface de sel de plus de 12'000 km carrés (je crois que cela fait le quart de la surface de la Suisse), située à plus de 3'600 m d'altitude vaut le déplacement. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas d'une surface uniforme même si la majeure partie est plate et dure. A certains endroits, la pression de la couche de sel provoque des résurgences d'eau qui ressort à la surface en bouillonnant. A d'autres endroits, c'est carrément un marécage avec des trous d'eau assez profonds. Les chauffeurs des véhicules 4x4 connaissent les lieux et c'est à 120 kmh que l'on parcourt le salar sans plus de secousses que sur une autoroute. La blancheur du salar est aveuglante et seules les îles viennent interrompre cette immensité blanche. Nous avons d'ailleurs visité l'une de ces îles sur laquelle poussent de nombreux cactus.
Les deux jours suivants ont été consacrés à l'observation d'un volcan en activité (juste un peu de fumée au sommet, rien de très excitant), et à la visite de lagunes multicolores peuplées de flamands rose. Le matin du troisième jour, nous nous sommes levés à 5h30 pour aller voir des geysers au lever du soleil. Comme à San Pedro de Acatama, ces geysers n'en avaient plus que le nom et il s'agit en fait de trous dans lesquels l'eau bouillonne, mais il n'y a pas d'éruptions. Sur le chemin du retour sur Uyuni, nous avons encore visité un canyon magnifique au fond duquel se trouvait une verte vallée encaissée peuplée de lamas, d'alpaguas, d'oies sauvages et de divers canards. Nous avons aussi pu observer de nombreux vizcachas (sorte de lièvre avec une queue d'écureuil) dans cet endroit.