Reportage publié le 19 octobre 2020

Swank Sardegna Rally : Une 2ème édition plus forte que le Covid !

Texte de David Zimmermann / Photo(s) de Fotografica Sestriere, Bearoll, David Zimmermann

Au retour du Dakar 1984 qui a failli lui couter la vie, l’ancien champion de motocross Italien Renato Zocchi se lance avec l’aide de son frère Guido dans l’organisation du premier Rallye moto et voiture hors du continent Africain. Les frangins Zocchi organiseront le Rallye de Sardaigne jusqu’en 1993 avant de se tourner vers d’autres courses en Italie. 

En 2019, un partenariat entre la franchise milanaise de la marque Deus Ex Machina, le motoclub de Gonessa et la société Adventure Riding de Renato permet la création du Swank Rally di Sardegna Classic

Le mot Swank, qu’on pourrait traduire en français par « élégance », est hérité des Swank Rallys organisés depuis quelques années par Deus sur diverses pistes de cross d’Italie. L’idée des milanais étant de réunir pour le fun des motos anciennes, des préparations de type scrambler et d’autres motos exotiques. Classe Italienne oblige, nombre de participants sont sapés à la mode vintage qui d’ailleurs colle parfaitement aux codes d’esthétique de la marque.

La première édition du Swank Rally di Sardegna Classic est un succès et présage la naissance d’un évènement qui risque fort de devenir incontournable, en particulier pour les amateurs de Rallyes à l’ancienne.

Grâce à la persévérance et au dévouement des organisateurs qui n’ont pas eu la tâche facile, cette deuxième édition, initialement prévue en mai et annulée pour cause de Covid-19, a pu se dérouler du 30 septembre au 4 octobre en rassemblant tout de même 80 des 130 participants initialement inscrits.

Le Swank Rally di Sardegna Classic : Mode d’emploi

De part sa durée assez courte de quatre jours et surtout sa proximité géographique, c’est sans aucun doute le rallye européen le plus accessible depuis la Suisse. 

En catégorie non-compétitive, nul besoin de posséder une licence de course, ni même un dérouleur de roadbook. L’itinéraire est 100% identique, mais la navigation se fait au moyen d’un GPS. Les résultats des spéciales chronométrées ne sont pas publiés. Détail sympa, on nous transmet tout de même nos temps à l’arrivée, ce qui permet de nous situer un peu face aux « Pros » ainsi qu’aux autres compétiteurs. 

Niveau bécane, ici encore, pas besoin d’une vraie moto de rallye. Une enduro, un trail ou même un scrambler avec une autonomie minimale de 120 km fera l’affaire. 

La classe compétitive, quant à elle, est divisée en deux catégories ; la R1 « historique » pour toutes les motos produites avant l’an 2000 et la R2 pour les motos modernes sans limitation de cylindrée. En catégorie Pro, les concurrents n’ont pas droit au GPS ; la navigation se fait uniquement au moyen d’un Road Book papier et d’un trip-master.

Le Prologue 

L’avantage d’un évènement commençant à Milan est de pouvoir partir le matin même de Suisse pour rejoindre en début d’après midi la fameuse piste de motocross Vincenzo Augusta de Malpensa. La paperasse et les vérifications techniques sont vite réglées, j’ai le temps de faire connaissance avec Jean-François, mon compatriote Neuchâtelois.  Vu la situation sanitaire actuelle, nous ne sommes qu’une poignée d’étrangers ; trois Français, trois Suisses et une demi-douzaine de Belges.

Niveau bécanes, il y a de quoi se rincer l’œil sur de belles machines comme une KTM 450 Rally Factory 2020 neuve, une Aprilia RXV 450 ou encore cette Honda 450 Rally préparée par Red Moto. Parmi les anciennes, on trouve également de belles mécaniques, comme une rare Aprilia Tuareg 250 2 temps, une Gilera RC600 ou encore une magnifique Honda XL600 avec moteur rouge, double optique et échappement blanc réplica du Dakar. 

Avant même d’avoir démarré le petit moteur 2 temps de sa Vespa 125 Primavera, la star de Swank cette année c’est le numéro 60, Henry Favre, un jeune Italien de 25 ans qui a notamment traversé les USA en mobylette Ciao 50cc. 

Malheureusement, sa faible puissance ne lui permettra pas d’atteindre le sommet de la seconde montée de la piste, mais peu importe, il est n’est pas venu ici pour taper du chrono.

Avec mon numéro 101 et un départ toute les minutes, je suis l’un des cinq derniers à m’élancer. Pou l’occasion, j’ai acheté une Honda XR400 de 98 que j’ai tout juste réussi à terminer de préparer la semaine avant mon départ. Ce seront mes premiers kilomètres à son guidon et pour moi qui roule surtout des trails de plus de 200 kg, c’est vraiment fun de se retrouver au guidon d’une pétrolette d’à peine 130 kg. 

Première étape : Malpensa - Genova (275 km)

C’est sous un ciel très chargé que les compétiteurs s’élancent par intervalle de 30 secondes à l’assaut de cette première étape de 275 km qui doit nous amener au port de Gênes. 

Ayant équipé ma Honda d’un dérouleur de roadbook, d’un tripmaster et d’un GPS (privilège uniquement toléré en catégorie amateur), je pars avec comme objectif de n’utiliser le GPS qu’en cas de nécessité. Après trois erreurs sur le premier kilomètre, mes belles résolutions sont vite balayées et je contrôle chaque case du Roadbook sur le GPS. 

Cette première étape est principalement constituée de pistes longeant champs et rivières dans les provinces de Pavia et d’Alexandrie. Les paysages sont magnifiques et compensent l’intérêt un peu limité de cette section sans difficultés.

La spéciale chronométrée de 13 km sera quant à elle aux l’antipodes de l’étape du jour. Caillouteuse, cassante, toute faite de montées et de descentes bien raides, elle a donné du fils à retordre à beaucoup de participants. C’était à mon avis la spéciale la plus difficile du rallye d’un point de vu technique et j’étais bien heureux d’être au guidon d’une moto légère.

Après une dernière liaison, il nous faut encore braver le trafic chaotique de la ville de Gênes pour rejoindre son port et embarquer sur le ferry qui nous amènera demain en Sardaigne. 

Sur le bateau j’ai l’occasion de faire plus ample connaissance avec l’équipe de la MBE (Motor Bike Expo) qui m’a invité et avec qui je partage la table au restaurant. Cette foire qui a lieu chaque année fin janvier à Vérone est connue pour être l’un des plus grands évènements dédiés au Custom, mais ils sont également en train de s’ouvrir à tout ce qui touche à l’Adventouring.

De leur team, ils sont quatre à participer en classe non compétitive dont le célèbre pilote de Rallye Franco Picco, au guidon d’une Gilera RC 600, qui fêtera ses 65 ans en Sardaigne! 

Seconde étape : Porto Torres - Arborea (294 km)

La spéciale dans la forêt de Burgos est l’un des rendez-vous immanquables de tout rallye en Sardaigne. Réputée pour être très difficile en navigation, les favoris y ont laissé des plumes, et certains même toute chance de victoire. La moitié des 24 pilotes en classe pro a échoppé de trois heures de pénalité pour s’être perdus ou n’avoir pas respecté la trace…

Après avoir obtenu une 6ème place lors de la première spéciale, le jeune pilote Alberto de Bernardi gagne l’étape et prend la tête du rallye après une navigation sans fautes et un temps de 38 minutes au guidon d’une Vent 125 RR, une moto de moins de 15 chevaux !

Rien à voir avec le terrain cassant de la spéciale d'hier, aujourd’hui c’est de la terre bien grasse et ça se déroule entièrement en forêt. La navigation est très difficile, il y a beaucoup de changement de directions et des chemins qui partent dans tous les sens. Rapidement, je laisse tomber le roadbook pour juste suivre la trace GPS. C’est vraiment fun et j’arrive à doubler 7 concurrents avant de me retrouver derrière un trio qui ne me laisse pas passer. Je boucle les 25 km en 45 min. 

Dis comme ça, c’est juste 7 minutes de plus que le meilleur temps, mais je vous garanti que de rouler en suivant bêtement une trace GPS ou en naviguant au moyen d’un roadbook et d’un tripmaster n’est absolument pas comparable. Moi qui avais initialement hésité à m’inscrire en catégorie pro pour le défi, je suis content d’être venu en amateur, mes compétences de navigation n’étant vraiment pas suffisantes.

La journée est loin d’être terminée et ce n’est que vers 18h30 que j’arrive à Arborea, après 180 km de liaison, quasiment exclusivement sur pistes. Une magnifique image qu’il me reste de cette journée est la section sur des collines avec le coucher de soleil et les éoliennes en arrière-plan.

Troisième étape : Arborea – Arborea (214 km)

L’étape d’aujourd’hui est une boucle, ce qui est assez agréable, du fait qu’on dorme dans le même hôtel ce soir. Sa particularité est de se dérouler dans une zone montagneuse où jadis de nombreuses mines furent exploitées. A l’abandon depuis le début des années 90, leurs vestiges sont encore présents partout dans la région et ça donne un petit côté post-apocalyptique que j’adore !

Le départ de cette spéciale de 12 km a lieu à 25 km de l’hôtel. Elle est très roulante et sans difficultés particulières. Coincé derrière un pilote un poil plus lent que moi, je fais une erreur en le suivant, et en voulant corriger le tir après avoir manqué une bifurcation à gauche, je manque de justesse de me faire percuter par celui qui me suit, qui a fait la même erreur et qui tombe pour m’éviter. Heureusement, il n’y a qu’un levier d’embrayage un peu tordu à signaler. On relève sa Ténéré 700 à deux et on repart. Verdict ; 18min 35, soit près de 5 min de plus que le meilleur temps… 

En juillet, lors du Sardegna Gran Tour, j’ai bien regretté de ne pas m’être arrêté pour visiter les bâtiments à l’abandon des mines de Montevecchio et d’Ingurtoso. Cette fois, on ne m’y reprendra pas ! La spéciale étant terminée, il me reste toute la journée pour finir cette boucle et donc largement le temps de m’arrêter sur quelques spots pour explorer ces bâtiments. 

Au point où j’en suis, sur le coup des 14h30, je m’arrête même dans un charmant restaurant en bord de mer où de nombreux concurrents sont déjà attablés en train de manger. 

C’était excellent, mais ça me coûtera une heure et demi de piste sous une pluie battante et un départ le lendemain avec des pieds mouillés…

Quatrième étape : Arborea – Maria di Sorso (260 km)

Cette dernière étape se fera au sec, mais les pistes détrempées par les pluies de la veille nous donneront un peu de fil à retordre, particulièrement à ceux qui ont des motos lourdes et des pneus inadaptés.

La dernière spéciale se déroule en bord de mer et entièrement dans le sable. Elle a beau ne faire que 7 km, l’organisateur l’annonce comme très difficile et la déconseille carrément à tous ceux qui ont des grosses motos.

Avec une petite expérience du sable, je pars en pleine confiance, certain de pouvoir faire un bon temps. Les ornières de la cinquantaine de participants passés avant moi sont bien visibles et du coup je néglige même de regarder mon GPS. Je fonce le nez dans le guidon en savourant chaque seconde de cette spéciale tout en m’auto-congratulant d’avoir pris une moto aussi légère jusqu’au moment où, d‘un coup d’œil sur le GPS, je réalise que je ne suis plus sur la trace… Merde ! Un gars me dépasse et comme un con, je le suis au lieu de faire demi-tour. Quelle idée de génie ! On rejoint l’arrivée, mais par le faux côté ! Il faut faire demi-tour et on repart en direction de la bonne trace ce qui nous coûte un détour de 2 km. Heureusement que la XR n’est pas trop physique. Je termine la spéciale en 20 min, soit le double du meilleur temps. 

Il nous reste près de 150 km jusqu’à l’arrivée. Après cette magnifique spéciale dans le sable, on enchaine avec des sections sur des chemins en bord de mer avant de se lancer sur des pistes bien boueuses en forêt. Pour moi c’était la plus belle étape du rallye, particulièrement pour la diversité de types de terrain qu’elle offre. 

L’arrivée du Swank Rally se trouve à Maria di Sorso, en bordure de mer. Un buffet repas bienvenu nous y attend avant que l'organisation procède à la remise des prix et qu’on reparte en direction du port de Torres pour embarquer sur le Ferry direction l’Italie.

Les résultats de la catégorie Pro (24 compétiteurs) sont pour le moins intéressants avec un vainqueur de la catégorie moderne en 125 4 temps, la plus petite moto du Rallye et un vainqueur de la catégorie vintage en Africa Twin 750, la plus grosse de sa catégorie !

Si l’on fait abstraction des résultats, la vraie star du Swank, c’est Henry Favre sur sa Vespa. Même s’il n’a peut-être pas participé aux spéciales, terminer les étapes au guidon d’un véhicule aussi peu approprié à l’évènement est un petit exploit en soi. 

La sécurité

On ne parle pas souvent de la sécurité et de ce qui se passe en cas d’accident. Je profite pour souligner le professionnalisme de l’organisation dans ce domaine. Chaque participant est équipé d’un transpondeur ce qui permet à l’organisateur de savoir en temps réel où il se trouve. Deux ambulance avec 4 paramédics et deux médecins à moto suivent chaque étape du rallye.

Infos pratiques

Prix d’inscription 2020 : 990 euro (incluant le ferry aller-retour en cabine double, 2 nuits d’hôtel en demi-pension, l’assistance médicale, le rapatriement en cas de panne, les roadbooks ou les traces GPS, un T-shirt et une casquette souvenir). L'organisateur transporte également un sac de sport entre les étapes.

Non compris dans l’inscription : nuit d’hôtel à Malpensa, l’essence, les repas durant la journée, la location du transpondeur (50 euro), la carte FIM. 

Vous trouverez de plus amples information sur le site officiel du Swank Rally.

L'édition 2021 aura lieu du 30 septembre au 3 octobre.

Pour participer en catégorie Pro, une licence de course est nécessaire. Celle-ci coute 175 CHF en Suisse et peut être obtenue en remplissant le formulaire suivant. Pour toutes questions relative à la licence vous pouvez envoyer vos questions par //sport [at] swissmoto.org">email.

David
AcidTracks 2019 - Organisation de sorties pistes

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