Article du 07 février 2017

Interview - Jacques Cornu, un pilote suisse et champion hors norme

Texte de Charles Donzé

Nos confrères d'ArcInfo ont assisté il y a quelques jours à l'une de ses nombreuses conférences et ont profité d'interviewer Jacques Cornu, la star suisse des années 80.

Voici les propos, plein d'émotion, recueillis par Santi Terol, journaliste pour ArcInfo.ch :

A 64 ans, l’ex-pilote neuchâtelois Jacques Cornu raconte ses débuts en compétition.

Avant d’être reconnu comme l’un des meilleurs pilotes du monde dans les années 1980-90, puis d’ouvrir son école de perfectionnement pour motards, le Neuchâtelois Jacques Cornu a vécu comme un paria en marge du Continental Circus. Intarissable, toujours le mot pour rire, le pas encore retraité des pistes se raconte.

Jacques Cornu, la fée des coureurs s’est penchée sur votre berceau, mais elle ne vous a pas laissé une cuillère d’argent dans la bouche...

C’est ma jeunesse qui m’a permis de faire ce que je suis devenu. J’ai reçu une éducation dure. Avant d’envoyer une claque, mon père ne comptait pas jusqu’à trois... Nous avions peu de moyens, et il n’y avait pas de restes à la maison. Nous n’avons pas manqué de beaucoup de choses, mais les vacances, c’était à la maison. Oui, je faisais les poubelles... Heureusement pas pour manger, mais pour récupérer des pièces et réparer ou fabriquer des objets.

A 14 ans, vous achetez néanmoins un boguet...

Je n’avais pas de sous, alors je vendais des escargots ou des narcisses et je faisais de petits travaux pour des agriculteurs. Avec le temps, mon vélomoteur allait de plus en plus vite. Alors quand j’ai dépassé une voiture de police à 60 km/h, les agents ont séquestré mon vélomoteur. J’ai dû me remettre au vélo...

Vous abandonnez un apprentissage de dessinateur pour celui de mécanicien auto. C’est pour cela que vous cherchez à acheter une vieille bagnole à retaper?

J’ai cherché et cherché. Mais je ne trouvais rien avec mes 900 francs en poche; c’est que je versais la moitié de mon salaire d’apprenti en pension à mes parents. Alors, tous les soirs, je faisais la vaisselle à Paradis Plage, à Colombier, jusqu’à une heure du matin. Finalement, avec le peu d’argent que j’avais, j’ai acheté une moto. Cela a été le début de l’histoire entre Cornu et la moto. Je roulais toute l’année, été comme hiver.

Et tout de suite la passion ?

Je fréquentais un bar de motards à Neuchâtel. Certains, qui étaient des stars pour moi, disaient qu’ils voulaient passer leur licence de pilote. Un jour, nous avons monté la côte de Vuiteboeuf et je suis arrivé le premier en haut. Je me suis dit que moi aussi j’allais passer ma licence...

Avec tout de suite de bons résultats à la clé ?

Je tombais souvent, au début. Un jour à La Chaux-de-Fonds, j’ai loupé un stop. Je me suis réveillé à l’hôpital; c’est là que j’ai fêté mes 20 ans. Dans ma carrière professionnelle, je suis moins tombé. Mais j’ai tout de même subi 21 fractures.

Il paraît que vous vous êtes aussi échappé de l'hôpital des Cadolles ?

J’attendais un courrier important à ma case postale. Avec mes plâtres, j’ai sauté dans ma voiture. A la poste, une plaie s’est ouverte et mon pyjama était plein de sang. La postière voulait appeler une ambulance pour m’envoyer à l’hôpital...

Sans le sou, la machine à gagner Cornu épate la Suisse...

J’ai travaillé tout un hiver, le soir dans un garage, pour me payer une machine de course et j’organisais des bals populaires. J’ai même repris un bar, mais c’était catastrophique; je pourrais en écrire un livre. Tout de suite, j’ai survolé le championnat de Suisse, même si je partais en dernière position, je gagnais. A mi-saison, j’étais déjà sacré champion de Suisse en 250 et 350 cm3. J’ai alors modifié ma 350 pour prendre part à la fin du championnat de 500 cm3, que j’ai également gagné cette année-là.

Le monde des Grand Prix vous a alors tendu les bras...

Non, le patron du team suisse ne voulait pas de moi. Et je n’arrivais pas à me faire engager en championnat du monde. C’est vrai que j’avais une tête qui ne ressemblait à rien. Mon mécano était en shorts, moi je montais sur les podiums torse nu, avec une salopette retroussée... Pendant sept ans, je n’ai pas eu de vacances, je les prenais pour aller courir. Et j’ai perdu deux fois mon travail de mécano à cause des courses... Mais quand il fallait y aller, j’y allais. J’ai même fait stopper sur le tarmac un avion duquel j’étais descendu, croyant que j’étais arrivé à destination. J’ai aussi dû ruser avec les douanes pour arriver à temps sur les circuits avec mes motos... Si un directeur de course me fermait la porte, j’entrais par la fenêtre, s’il fermait la fenêtre, j’entrais par la ventilation...

Jacques Cornu, en quelques points clés :

Naissance : Jacques Cornu naît à Aigle le 15 mai 1953, dans une famille de quatre enfants.

Champion suisse : En 1977, Jacques Cornu devient champion suisse en 500 cm3. L’année suivante, il rafle les titres nationaux de 250, 350 et 500 cm3.

Continental Circus : L’Engeois (ndlr : habitant de la commune neuchâteloise d'Enges) débute sa carrière internationale en 250 cm3 au Grand Prix d’Espagne, en 1980.

Trois victoires en GP : En 116 participations (de 1980 à 1990), le "Grand Jacques" a remporté les GP d’Autriche, de France (en 1988) et de Belgique (en 1989).

Podiums : Jacques Cornu est monté 21 fois sur un podium de moto GP. Il a réalisé trois pole positions, trois records de tour de piste. Il marquera 753 points durant sa carrière.

Titre et Bronze : En 1982, associé à Jean-Claude Chemarin, le pilote neuchâtelois gagne le championnat du monde moto d’endurance. En 1988, il finit la saison de moto GP de 250 cm3 au troisième rang.

Reconversion : En 1992, il ouvre une école de perfectionnement pour motards: la Cornu Master School.

Carlito
Source :  Propos recueillis par Santi Terol (ArcInfo.ch)
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