Interview publié le 07 novembre 2012

Interview de Tom Sykes, vice-champion 2012 du World Superbike

Propos recueillis par Charles Donzé / Avec la collaboration de Jimmy Gurtner (traduction)

Il y a peu, nous avons eu l'occasion d'interviewer une icône du Championnat du Monde de Superbike: Tom Sykes. Vice-champion 2012 du World Superbike juste derrière le Romain Max Biaggi.

AcidMoto.ch : Débutons par un bref bilan de cette saison 2012 !

Tom Sykes : Cette année a été marquée d'une grande amélioration. On a fait beaucoup de tests de pré-saison, donc on est arrivés déjà très forts sur la première manche du championnat. On apprend encore beaucoup, et la moto fonctionne beaucoup mieux qu'avant sur le sec, mais on a perdu de notre avantage sur le mouillé.

Sur les dernières courses de Portimao, nous avons appris de nouvelles choses dans ces conditions et sommes maintenant de retour à notre meilleur niveau. Je me réjouis donc de l'an prochain.

On a une question plus difficile : comment as-tu réagi à l'accident de Joan Lascorz, ton coéquipier ? Et comment l'équipe a-t-elle réagi ?

Pour être honnête, c'était une situation totalement inattendue, surtout à ce niveau. Malheureusement, si le circuit avait été plus sûr, vu la vitesse très élevée des Superbike aujourd'hui... Il y a beaucoup de zones du circuit à améliorer sur ce point.
C'était une perte vraiment énorme pour le team, pour moi aussi. C'était très dur à gérer. Je suis très chanceux d'avoir un très bon team manager (Guim Roda), qui a géré la situation de la bonne façon. Comme je l'ai dit, si cela s'était produit dans quelque autre virage, Joan aurait pu remonter sur sa moto pour la séance suivante. Malheureusement l'endroit où ça s'est passé, cela a été une grande contribution à ses blessures.

Cela m'a affecté car au final, Joan roulait sur la même moto que moi, donc cela aurait aussi pu être moi, j'y ai pensé. Heureusement je suis entouré de personnes qui m'ont aidé à gérer cette situation et à garder la tête froide pour les courses. Ce weekend en France, vous verrez certainement un petit hommage de ma part à Joan, un beau geste avec la courtoisie et l'aide de Shark Helmets (Sykes portait le N°17 sur son casque à Magny-Cours, le numéro de course de Joan Lascorz, ndt. / article en relation).

Tu es maintenant marié. Est-ce que ça a changé quelque chose dans ton métier de pilote ?

Pour être honnête, ça me rend plus rapide ! (Rires) C'est bien, c'est bien de pouvoir trouver quelqu'un qui partage les mêmes intérêts et qui aime la course moto. J'ai de la chance car ma femme a grandi dans ce monde et le comprend très bien : l'atmosphère de la course, l'approche de la compétition... Honnêtement, elle adore venir aux courses. Même le dimanche, quand je suis à la maison, qu'il y a les Grands Prix à la TV, elle ne me crie pas « Eteins, éteins ! », mais elle vient profiter des courses avec moi.

Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de femmes comme elle alors je me suis dit pourquoi ne pas m'engager avec elle. Pour moi c'est une garantie, une sécurité, cela m'aide aussi à rester concentré lors des courses.

L'an passé, c'était ta première victoire au Nürburgring... dans un contexte difficile car ton équipe s'était vue signifier que son partenariat avec Kawasaki n'allait pas être renouvelé. Quels étaient tes impressions après cette victoire ?

Honnêtement, les émotions étaient mitigées pour beaucoup de gens. Pour moi, l'objectif est pourtant toujours clair : toujours chercher à remporter des courses. Nous avons réussi cela, c'était une émotion incroyable ! De l'autre côté, on venait d'apprendre que le partenariat du team avec Kawasaki n'allait pas être renouvellé. Cela a laissé quelques doutes dans mon esprit, bien sûr, mais j'essaie de ne pas trop m'inquiéter de ces choses là car ce ne sont pas des choses que je peux contrôler. Tout ce que je peux faire en réaction à ça, c'est d'être motivé et de ramener d'autres bons résultats. Cette année là, en 2011, PBM a fait un très très bon travail,  je suis content que Kawasaki ait gardé confiance en moi et m'ait donné une autre chance pour 2012. Je suis content pour moi que cette chance ait fonctionné, non seulement pour moi mais aussi pour Kawasaki.

Le SBK peut ressembler à une sorte de "retraite du MotoGP", avec des pilotes comme Max Biaggi, Marco Melandri ou Carlos Checa, qui roulent dans des teams avec beaucoup de moyens. Est-ce difficile d'évoluer dans ce milieu ou cela est-il encore plus motivant ?

Je pense que je n'appellerais pas ça un "home de retraite pour le MotoGP". C'est bien sûr super de pouvoir attirer de tels pilotes dans ce championnat. Les motos qu'ils roulent sont très abouties et leurs équipes se donnent les moyens de bien figurer en course.

Kawasaki et moi avons fait un très bon boulot cette année avec la ZX-10R, vu que nous nous battons régulièrement avec ces gars et les battons souvent. C'est très bon pour le championnat, car le niveau de compétition et la vitesse, cette année, sont très élevés. Beaucoup de records sont battus et les chronos se rapprochent de ceux du MotoGP.

A Moscou, on avait six motos en bagarre très serrée et aucun de ces gars ne lâchait rien. C'est bon pour le championnat : on a des courses serrées mais beaucoup de respect les uns pour les autres. Quand on se touche, on ne vient pas se plaindre, ça fait partie de la course. Tant qu'on se respecte, tout va bien et on peut continuer comme ça. Je pense que le niveau est très relevé  et qu'il n'est pas trop bas pour certains pilotes de Grands-Prix.

La présence de ces superstars ne complique-t-elle pas la tâche des jeunes pilotes qui tentent de faire leur place dans le championnat ?

Non, je ne pense pas. Evidemment, c'est un peu plus difficile pour les plus jeunes de montrer leur potentiel. Les top 5 ou 6 du championnat roulent et se battent très très fort en ce moment, les tours les plus rapides sont incroyables. Certains gars sont un peu plus loin, mais leurs temps au tour sont toujours très très bons. Il y a beaucoup de pilotes sur la grille qui, si on compare leurs temps à ceux, par exemple, du BSB lorsqu'on roule sur un circuit anglais, font du très, très bon boulot. Malheureusement oui, leurs performances sont un peu dans l'ombre face au rythme des top pilotes.

Je vois surtout la chose d'un oeil positif : un tel niveau et une telle vitesse vous aident en tant que pilote à aller plus loin. Quand vous vous sentez à la limite mais qu'un autre pilote va plus vite, vous vous dépassez pour arriver aussi à l'échelon suivant. Cela aide beaucoup de pilotes et le niveau du championnat n'en est que meilleur.

Y a-t-il quelque chose que tu souhaites communiquer aux fans ?

D'abord merci aux fans pour leur massif soutien, spécialement aux fans les plus "hardcore" de Kawasaki, qui nous ont toujours été fidèles, à Kawasaki et moi, même dans des périodes plus difficiles. C'est un plaisir de leur donner d'aussi bons résultats en retour, car nous n'avons jamais été aussi proches du championnat.
Merci à tous mes fans, je vais continuer à faire de mon mieux, à gagner des courses et je me réjouis déjà de la saison prochaine !

Nous remercions Tom d'avoir passé quelques minutes de son précieux temps à répondre à notre interrogatoire.

Pour plus d'infos :

Carlito
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