
C’est sur ce constat que ce samedi matin, dès l’aube, je suis parti de Lausanne pour arriver à l’heure du briefing des pilotes et celui des commissaires. Je parque ma voiture sur les hauts de Verbois. Comme moi plus tôt, l’aube a de la peine à se lever. Puis descends doucement entre les rangées de pieds de vigne aux feuilles déjà jaunissantes.
Tout le monde s’active, comme dans un pièce de théâtre 63 fois répétée et mille fois renouvelée. Chacun est déjà à sa place, les traits sont un peu tirés mais l’humeur est joyeuse. Les souffleurs de feuilles entrent en jeu balayant et feuilles et débris de pailles hors du tracé.On fixe ou refixe les dernier panneaux, on vérifie, on patrouille.
Il est 7h45 lorsque j’arrive au bas du barrage. C’est l’heure bleue. Le paddock est encore endormi. À peine si on débâche les motos, si on ouvre les barnums, ici et là. Quel étrange contraste entre ce calme froid et humide et la furie qui va se déchaîner tout-à-l’heure sur ces flancs de coteaux!
En totalité 87 pilotes ou équipages sont venus braver la 64ème édition de cette montée qui prend son départ sur les berges du Rhône pour ensuite serpenter entre les vignes et finir sur les hauts du vignobles.
Karting, scooters et les moins de 100 cm3, puis ceux de moins de 250, 550, 750 et plus de 750 cm3, sans compter les side-cars, courts et longs, et les motos anciennes (en régularité). Un seul regret : les quads n’étaient pas de la fête cette année.
Puis viennent, enfin, les premiers départs. Les rugissements fendent l’air. Des feulements, des grondements telluriques. Si jubilatoires que des frissons me parcourent le dos.
La lumière n’est pas (encore) top pour les photos ; le photographe rumine mais, qu’importe !, l’amateur en moi se régale. Les montées successives s’enchaînent et régalent le public qui jubile. Je reconnais des copains. Je reconnais leurs machines. Les trajectoires se tendent. Ça enchaine, ça enquille. Les pilotes se détendent. Les courbes sont avalées dans un tonnerre mécanique. Et les chronos descendent. C'est la baston, à coups de dixièmes, voire de centièmes. C'est féroce, c'est intense.
Une première dans ces valses à 2 et 4 temps: la participation d’une Harley électrique sur une course de côte, histoire de montrer la nature éclectique de la chose. Et déjà, elle chamboule mes repères. Déjà, je ne l’entends pas arriver. Et en plus elle passe ensuite comme une fusée. Muette. Dans un silence assourdissant, elle passe dans ce petit sifflement.
Mille souvenirs dans la tête, milles clichés dans la carte mémoire. Et, parmi les milliers d’images, j’en retiendrai particulièrement deux : les montées et l’émotion d’Alain Petter lors de la remise des prix et le moustique infernal (un Kreidler Van Veen 49.9cc qui ouiiiiine à mort) de André Peillonnex.
Sans oublier la montée des enfants. Ils sont appliqués. Leurs gestes sont déjà précis, et leur regard déjà affûté, et l’envie de bien faire aussi. Et avec cette infinie étincelle et toutes ces étoiles dans les yeux. Un vrai bonheur.
Cette 64ème édition aura une saveur particulière dans mes souvenirs. Définitivement. Déjà parce Verbois a eu le mérite d’avoir tenu debout dans la tourmente. Contre vents et marée, et nonobstant la seconde vague annoncée. Avec des concessions faites sur les mesures sanitaires et le nombre de spectateurs (1000 au maximum sur l’ensemble du circ… euh parcours).
Un samedi au goût intense, mais au goût de trop peu. Une seule journée, savoureuse et riche d’émotions. Et remplie de sensations uniques à cette course. Et qui clôt avec panache une saison bizarre, étriquée au niveau des courses de côtes.
« Messieurs et Mesdames les Pilotes, je voudrais vous envoyer un grand merci pour ces beaux moments de bravoure et de virtuosité mécaniques »
Telles furent mes dernières pensées en regagnant mon véhicule au milieu des vignes, tandis que la nuit tombante, et bientôt l’hiver naissant, s’empare de moi.
Un grand merci aux riverains, aux élus, à l’organisation, aux bénévoles (les commissaires et tous les autres), aux exposants d’avoir rendu ce 64ème Verbois possible.
Et aux pilotes.
Vous faites Verbois, vous êtes Verbois.
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CLASSEMENT SCRATCH
1 LEU Bryan (219) YAMAHA R1 44.67
2 PIDOUX Sébastien (73) YAMAHA YZF 450 45.40
3 BALLY Bernard (160) HONDA CBR 1000 45.50
4 MONAYA Gregory (222) APRILIA RSV4 46.14
5 PETTER Benoit (90) TRIUMPH Daytona R 46.57
6 GANTNER Hervé (440) KTM 890 Duke R 46.60
7 GILARDI Marc (93) KAWASAKI ZX6R 46.62
8 FENGER David (189) HONDA CBR 1000 RR 47.59
9 VAN RUMSTE Cyril (177) YAMAHA R1 47.98
10 BONFILS Luc (147) APRILIA TUONO V4 48.34
Les résultats complets sont à retrouver sur le site du Norton Sport-Club Genève.
Les clichés des photographes d’AcidMoto sont disponibles dans notre galerie.