Reportage publié le

Road trip - Trois Harley-Davidson dans l'Oberland bernois

Texte de Charles Donzé / Photo(s) de Grégoire Nicolet
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Le temps d'un week-end, AcidMoto.ch a eu l'occasion de s'élancer avec trois Harley-Davidson à la conquête des cols alpins de l'Oberland bernois. Un expérience en soi, différente de toutes les autres.

Chez AcidMoto.ch, vous avez sans doute dû remarquer que nous soutenons les différents concessionnaires et représentants des marques en Suisse, sans faire de favoritisme pour l’une ou l’autre des marques. Dans ce cadre, au détour d’une discussion avec Dan Zbinden de Harley-Davidson Lausanne durant l’hiver dernier, ce dernier nous a proposé une sortie en Harley avec nos potes durant la belle saison, le temps d’un week-end. Il faut savoir qu’habituellement, les essais des nouveautés de l’année se déroulent soit à l’étranger, là où la météo est clémente durant les mois d’hiver, soit en Suisse, chaque journaliste ayant une moto durant quelques jours. Mais il est rare qu’une marque se propose pour mettre à disposition plusieurs motos simultanément, qui plus est un concessionnaire.

Ni une ni deux, on saute sur l’occasion, on contacte les potes, on booke une date et on relance Dan Zbinden pour discuter logistique. On convient d’une date et on choisit les motos parmi les modèles touring de la gamme. Comme nous ne voulions pas rouler de modèles similaires, notre choix s’est porté sur la Road Glide Special, la Road King Classic et la Road Glide Ultra. A près de 30 plaques par bécane, du beau monde, direz-vous !

Pour des raisons de logistique, comme chacun de nous vient de la région neuchâteloise, nous ne refusons pas la proposition de livraison des motos directement chez Trimoto, l’agent Harley de Cortaillod.

Vendredi en début de soirée, nous récupérons les trois twins. Accueillis par l’incontournable Sebastian, mais surtout dévoué, nous nous installons sur les épais fauteuils servant de selle. Tous trois venant de roadsters sportifs, il est vrai que la position de conduite est a priori déroutante, de même que l’inertie à basse vitesse. Avouons tout de même que les mastodontes d’acier sont bien équilibrés et qu’avec un minimum d’habitude et de rigueur avec la technique du regard (ndlr : pointer du regard un objet fixe au loin), il est possible de manoeuvrer sans souci. Quoique, si chacune des trois modèles touring mis à disposition est équipée de barres protectrices au niveau des carters, ce n’est sans doute pas un hasard.

Avant de démarrer les volumineux twin de 1701cc, on découvre l’interface multimédia des Road Glide Special et Road Glide Ultra. Facile ! De gros boutons de chaque côté de l’écran, des commandes au guidon, on s’y retrouve vite. La sélection de notre chaîne radio préféré ou de la chanson hébergée sur la clé USB, ou encore la programmation d’un itinéraire se font aisément. On regrette seulement la grande distance à laquelle se trouve l’écran, obligeant de tendre exagérément le bras, et son inclinaison, provoquant parfois des reflets désagréables. Et finalement, en regard du bling-bling à l’américaine des motos, on s’étonne que l’interface soit si sobre ; c’est noir, blanc et orange.

Toutes les commandes tombent là où il faut, quand bien même on remarque que les grandes mains sont privilégiées : distance des différents boutons à la poignée et diamètre important de ces dernières. On démarre les trois motos simultanément. Même démarreur, même moteur, même timbre de voix. Toutefois, les échappements sonnent différemment, sans doute que l’un est plus long et/ou mieux insonorisé que l’autre.

Les pieds posés en avant, c’est toujours une surprise juste après avoir donné le départ. On aurait tendance à chercher les cale-pieds à la perpendiculaire de notre bassin. En réalité, les repose-pieds se trouvent bien en avant. On le savait, certes, mais il y a toujours à moment d’incertitude : « mes pieds, c’est où qu’on les pose ? ».

Pour prendre en main ces bécanes de plus de 400kg d’acier, on donne le cap sur le col de la Tourne, entre Bôle et les Ponts-de-Martel. A proximité, c’est la seule route qui propose autant de virages et d’épingles au kilomètre. Ne serait-ce pas le terrain de jeu idéal pour apprivoiser le comportement dynamique de nos machines ? Car oui, demain matin, nous partirons pour une virée de quelques centaines de kilomètres avec nos moitiés et nos bagages, mais surtout leurs bagages.

Etonnamment, les virages s’enchaînent intuitivement. Il faut « seulement » garder à l’esprit que le frein avant n’a aucun mordant tant qu’on ne tire pas sur le levier comme un ours, que la masse en mouvement est bien là, que la garde au sol est limitée (mais suffisante à un rythme typé balade), qu’on ne pilote pas en poussant sur le guidon mais en agissant sur le bassin, que mémé n’apprécie pas qu’on la brusque au risque de la voir guidonner, … Enfin, pour rouler une Harley, lorsque l’on vient d’une moto , il y a quelques règles à assimiler.

Le lendemain, on se donne rendez-vous en début de matinée. Vu la météo qui s’annonce plutôt clémente, on se fixe un itinéraire dans les Alpes bernoises, avec une option raccourcie si nos moitiés ne supportent plus les strapontins servant de selle passager sur les modèles Road King Classic et Road Glide Special. Pour ces deux jours de ride, on avait prévu différents points clés tels que le Gurnigel, la route presque lacustre entre Interlaken et Brienz, le Grimsel, la Furka, le Gotthard, le Nufenen, une nuit à Ulrichen (à l’extrême est du Valais), le Grimsel, un aller-retour jusqu’au col du Susten, le Brünig, la route panoramique, le Schallenberg et pourquoi pas une seconde fois le Gurnigel. Environ 300 kilomètres par jour, c’est déjà bien, sans être incroyable. Ayant pour habitude de compter une vitesse moyenne de 60km/h, cela fait bien 5 heures en selle. Pour les popotins de nos moitiés, on estime suffisant pour ne juste pas les dégoûter de la moto ; certaines sales langues diront « déjà que vous roulez Harley, il en faudra moins pour les dégoûter ». Question de point de vue, nous, on aime s’adapter. Et une Harley reste une moto, certes spéciale, on vous l’accorde.

Après quelques heures passées au guidon d’un Harley-Davidson, même si nous n’avons pas été baigné dans l’ambiance unique des événements de la marque, on se rend compte que la moto elle-même dégage une certaine aura qui incite à la balade, au gré des belles routes de campagne et autres tracés typiquement touristiques avec une vue imprenable sur un lac, une biosphère, un environnement alpin. Les vibrations omniprésentes, bien que les moteurs à refroidissement liquide soient d’un calme olympien en comparaison des twins Harley de précédentes générations, la position de pilotage décontractée, l’ambiance offerte par le poste de pilotage, le confort « pullman » de la selle, … autant d’éléments qui contribuent à se déplacer en toute quiétude et dans un dépaysement total.

Toutes les 45 minutes, nous prêtons attention à faire une pause pour soulager le séant de nos moitiés. A vrai dire, hormis sur la Road Glide Ultra, nos passagères ne voyagent pas dans un confort remarquable. Le petit strapontin dur et glissant des Road King Classic et Road Glide Special n’a rien de confortable aux côtés du fauteuil de la Road Glide Ultra. En effet, à la moindre accélération, peu importe la matière du pantalon, jean, cuir ou textile synthétique, ça glisse dans tous les sens. Un petit sissy-bar, ou du moins un revêtement de selle plus abrasif, résoudrait passablement de problèmes.

De notre côté, on ne se plaint pas et on apprécie l’ergonomie offerte par ces Harley. A tour de rôle, on échange nos montures et on remarque que toutes trois, bien qu’elles soient mues par la même motorisation, ont des comportement différents. La différence de poids, l’opulence de la tête de fourche, l’angle de chasse, la courbure du guidon, la position et la forme de la selle, … autant d’éléments qui leur confèrent des caractéristiques propres. Si nous devions faire un choix, sans considérer le style, nous avons particulièrement aimé la Road King Classic. Parfaitement équilibrée, d’un poids raisonnable, maniable dans les courbes serrées, à l’aise à basse vitesse, c’est ce que nous avons retenu. Et nous sommes unanimement d’accord que le poids est l’ennemi numéro 1 ; même au-delà de 400kg, quelques kilos supplémentaires ou répartis différemment peuvent détériorer le comportement général de la moto et l’aisance que nous avons à son guidon.

La balade se poursuit et nous traversons les Alpes tout en contemplant leurs paysages féériques. Nous nous y rendons plusieurs fois par an, et pourtant, à chaque fois, le plaisir et l’émerveillement sont inchangés. Dans les épingles du Grimsel, en venant d’Innertkirchen, nous y resterions des heures durant à apprécier ces paysages époustouflants.

En quittant Innertkirchen, deux des Harley sont sur la réserve. Grave erreur de ne pas avoir fait le plein à l’une des deux stations du village… Nous pensions qu’il y avait de quoi ravitailler à la croisée du Grimsel et de la Furka, que nenni ! Il a fallu poursuivre sur un filet de gaz, scrutant l’horizon à la quête d’une station essence… et ce n’est qu’à Andermatt que nous avons trouvé l’unique pompe de la région. Inutile de dire qu’elle était très prisée… et que le prix affiché dissuadait de faire le plein complet, même d’une moto !

Arrivés en haut du Gotthard, nous effectuons une halte au col. A l’abri de la brise, dans un coin de la terrasse du restaurant, nous prenons un verre en plein soleil. La température de l’air n’est pas élevée, par contre, le soleil réchauffe. A ce moment, vient le débat du passage par la Trémola. Mes compères, encore quelque peu effrayés par le gabarit des bécanes et voyant la fatigue s’installer, préfèrent renoncer. En effet, la décision est sans doute sage, car nous avons la descente du Gotthard et le Nufenen à parcourir avant d’atteindre Ulrichen, où se trouve l’hôtel que nous avions préalablement réservé.

La balade se poursuit. En cette fin de journée, les couleurs changent. Le plaisir au guidon de ces trois Harley demeure intact. Sur le sixième rapport, au rythme potato, on dessine de belles trajectoires dans les longues courbes des premiers kilomètres tessinois du Nufenen.

On profite des derniers rayons de soleil pour prendre quelques photos au col, les couleurs se mariant particulièrement bien.

Dernier run avant la soupe. On poursuit en direction d’Ulrichen. Les virages se resserrent une dernière fois, histoire de faire frotter les cale-pieds et par la même réveiller nos passagères qui s’étaient presque assoupies, surtout celle qui avait la chance de trôner dans le « fauteuil » de la Road Glide Special.

Nous passons la soirée autour d’une onctueuse fondue. La fatigue faisant effet, nous nous marrons à jouer au Schweinerei entre deux bouchées de fondue. Le Schweinerei n’est autre que le jeu du lancé de cochons ; suivant comment les deux cochons retombent, vous obtenez plus ou moins de poids. A prime abord, on s’attend à un jeu enfantin… mais finalement, on y prend goût. C’est vrai, quand tu es motard, tu auras toujours un coeur d’enfant, ne le nie pas !

Après une nuit réparatrice dans un chalet typique du Haut Valais, nous reprenons la route. La météo n’est pas avec nous. Route mouillée et grisaille sont au rendez-vous. Nous n’avons guère le choix, nous nous élançons vers le Grimsel. La nature juste après Ulrichen a quelque chose de magique et la route sinueuse tente de se frayer un chemin entre les cèdres.

Au col du Grimsel, on pensait avoir atteint le pire de conditions météorologiques de la journée : un brouillard à couper au couteau et une pluie fine pour le moins désagréable. Dans la descente vers la vallée, en direction d’Innertkirchen, on s’attendait à une embellie… Bien que nous ayons prié les Dieux, la météo ne s’est pas améliorée, nous minant le moral kilomètre après kilomètre. Il était initialement prévu que nous remontions en direction du Brünig pour ensuite emprunter la Route panoramique et le Schallenberg. Pour tout avouer, même si l’envie de poursuivre au guidon de nos Harley était bien présente, le coeur n’y était plus… mais surtout, quel intérêt d’emprunter une route panoramique si la visibilité est médiocre au point d’être dangereuse pour la conduite. Par mauvais temps, l’Oberland bernois est ainsi, avec ses orages et ses pluies en fin de journée d’été et ses grisailles s’accrochant aux montagnes.

A défaut de lutter contre Dame Nature, nous optons pour un retour prématuré en empruntant la route bordant le Gantrisch Park, au nord du col du Gurnigel. Route souvent sinueuse pour que le voyage se termine sur une bonne note.

De ce week-end entre potes, nous retiendrons la leçon que la moto apporte quelque chose. Déjà au sens général du terme, mais aussi qu’une Harley a son lot de sensations uniques qui rend l’expérience différente et dépaysante. Pas moins bien, pas mieux, mais complètement différentes.

Caricaturalement, lorsque tu descends d’une supersportive ou d’un roadster sportif, on te voit claquer des dents et baver sans t’en rendre compte, tu trembles comme une feuille ébranlé par les émotions fortes ou impatient de reprendre le guidon, tu es transi d’adrénaline. Au contraire, après une balade en Harley, on te sent apaisé et serein comme après avoir bu un bon verre de rouge, tu respires le bien-être et tu tends à profiter pleinement de la vie.
Alors, vous comprenez maintenant pourquoi tant de motards et non motards se laissent séduire par les Harley-Davidson et leur environnement ?

D’ailleurs, une parenthèse à propos de la fragilité de notre vie et de la dangerosité de la pratique de la moto. Ne croyez pas un instant qu’en roulant une Harley, vous serez à l’abri des dangers inhérents à l’usage de la route. Tous les deux-roues peuvent être rangés dans le même panier. Il ne faut pas se faire de fausses illusions. Tout au plus, on adhère à l’idée que l’Harley n’incite pas à l’arsouille ; d’ailleurs, elle n’est pas conçue pour cela et vous le rappellera assez tôt.
Nous remercions chaleureusement Harley-Davidson Lausanne et plus précisément Dan Zbinden, ainsi que Trimoto pour la disponibilité du team et la logistique, et Harley-Davidson Suisse pour le prêt des motos.

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