Roadbook publié le 05 mai 2014

De Montevideo à Austin (13) - Sucre, Uyuni, Oruro, La Paz et bientôt le lac Titicaca [page 3]

Texte de Daniel Quadri

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Après le repas, on m'a désigné la chambre à coucher. Il s'agit d'une pièce attenante à la cuisine-sejour. Elle est meublée d'un lit aux couvertures douteuses. A sa vue, je me suis empressé d'accepter la proposition d'aménager un lit à même le sol avec des peaux de mouton. J'ai laissé le lit à Ana. Ma galanterie n'a décidemment pas de limite ! J'ai évidemment mal dormi car même avec quatre couches de peaux de mouton, on finit par sentir le sol et on fait la crêpe toute la nuit. Heureusement, j'avais pris mon sac à viande et cela m'a permis d'éviter trop de contacts avec la literie du lieu.

Le lendemain et après avoir fait une petite visite à nos hôtes occupés à couper le blé à l'aide d'une faucille, nous sommes retournés sur nos pas en retraversant ces belles vallées. Il nous a fallu 5,5 heures pour rejoindre un lieu ou un seul bus par jour passe. Nous l'avons attrappé et sommes rentrés à Sucre sans encombre mais sans trop regarder du côté du précipice. Malgré les conditions d'hébergement, ce fut une belle experience et je suis heureux d'avoir pu m'immerger dans la vie des paysans de l'arrière pays boliviens.

Ce matin, je me suis reveillé avec de belles courbatures et ai décidé de rester un jour de plus à Sucre. Cela m'a permis de donner les habits portés durant le treck au salon lavoir et d'écrire cette nouvelle. Demain, je quitte Sucre pour me diriger contre La Paz où j'arriverai dans deux jours. Je suis d'ores et déjà invité à séjourner chez la dame bolivienne de 85 ans rencontrée lors de la visite du salar d'Uyuni.

Merci pour vos nombreux messages.

Hasta luego.

Nouvelles du 23 avril 2014 - Sucre-La Paz

Le 16 avril 2014, j'ai quitté Sucre. La sortie de la ville sans GPS ne m'a pas trop posé de problème si ce n'est un trafic intense de poids lourds. En fait, ces derniers se dirigeaient vers une rue le long de laquelle de nombreux garages en plein air exécutent divers travaux d'entretien. Cela va de la vidange/graissage au changement de pneus en passant par le recintrage des lames de ressorts à l'aide de masses. Le sol est noir tellement il est imbibé d'huile de vidange. C'est un peu Germinal.

Les premiers 150 km de route en direction de Cochabamba sont asphaltés mais présentent de nombreux nids de poule. Apres cette première section montagneuse et sinueuse, la route devient une piste et longe une vallée verdoyante et traverse de nombreux villages aux constructions assez soignées. Ensuite et a ma grande surprise, une section pavée de 70 km me conduit jusqu'a la route principale qui relie Santa Cruz à Cochabamba. Arrivé a la nuit tombante à Cochabamba (plus de 600'000 habitants), je m'enfile dans le premier hôtel potable. En effet, il m'a fallu plus de 10 heures  pour parcourir les quelque 400 km qui séparent Sucre de Cochabamba et j'en ai plein les bras. De plus, à la nuit tombante, ma vue baisse de facon inquiétante. Effet de l'altitude peut-être ?

Le lendemain matin et sans prendre la peine de faire un tour en ville, je me suis à nouveau attaqué au defi de sortir de la ville dans la bonne direction. Les indications données par la réceptionniste de l'hôtel s'avérèrent heureusement assez fiables. En effet, ce n'est qu'après 40 km de route dans les faubourgs que j'ai apercu le premier panneau indiquant la direction de la Paz. Sachant que je devais me diriger contre l'ouest, mon seul repère a été le soleil qui me tapait dans le dos. C'est ensuite une bonne route a travers la montagne et a plus de 4000 m d'altitude qui m'a conduit a proximité d'Oruro. Cette section de route de 180 km est fortement fréquentée par des camions, des autocars et des minibus. J'ai bien du entreprendre plus de 100 manoeuvres de dépassement et ai aussi assisté à l'inconscience des chauffeurs boliviens. J'ai même vu un autocar moderne et puissant, un Mercedes, sur l'arrière duquel était inscrit "on vous transporte dans le confort et la sécurité" entreprendre un dépassement en plein virage. Il s'est trouve nez a nez avec un autocar venant en sens inverse. Tous les vehicules se sont arrêtés, à savoir les deux autocars, le camion en train d'être dépassé et moi même. Et chacun a repris sa place le plus calmement du monde. Après cet épisode et d'autres, j'ai redoublé de prudence, notamment dans les virages masqués. Au passage d'un col, j'ai été caillouté par une écolière en uniforme. Je me demande quelles histoires on leur raconte sur les étrangers à l'école ou a la maison.

Arrivé dans la plaine et alors qu'il me restait une centaine de kilomètres à parcourir pour rejoindre La Paz, je me suis mis à la recherche d'un hôtel car l'orage menaçait à l'horizon. De plus, je voulais éviter d'arriver de nuit dans la capitale bolivenne réputée pour son trafic cahotique. Je me suis arrêté dans un gros bourg débordant d'activités pour chercher un hébergement. Tout était complet. En effet, à la veille de Vendredi Saint, tous les routiers s'étaient arrêtés et avaient pris d'assault les hôtels. Je me suis donc résolu à continuer ma route sur La Paz. Quelques kilomètres plus loin, j'ai vu un panneau indiquant un hôtel dans un village au loin. Je me suis engagé sur une piste en terre et me suis retrouvé dans un centre thermal offrant des cabanitas a louer. Après un accueil chaleureux, on m'a servi un repas chaud dans mon logement constitué de deux grandes pièces, d'une salle de bain et même d'un grand bassin qu'on pouvait remplir d'eau thermale avec un gros robinet de deux pouces. Comme l'orage menacait toujours, l'hôtelier m'a proposé de garer la moto dans la première chambre du logement. La porte ou plutôt le guidon de la tigresse, trop large, n'a pas permis cette manoeuvre. Je devrai donc encore patienter pour passer la nuit avec ma fidèle compagne.

Le lendemain matin, je suis allé aux piscines d'eau thermale. Il s'agit de deux bassins couverts avec de l'eau a environ 30 degrés. De nombreuses familles au type indien s'ébattaient déjà dans l'eau. Comme je m'y attendais et bien que je sois le seul gringo du lieu, ma présence n'a suscité qu'indifférence et regards fuyants. J'ai bien essayé quelques sourires avec  l'espoir d'établir le contact, mais il n'y a rien eu a faire. La majorité des Boliviens, qui sont de race indienne et peu mélangés en comparaison avec les habitants des autres pays d'Amérique latine, sont tres froids et peu sympathiques. J'ai remarqué que même entre eux les rapports sont tres froids. La Bolivie est d'ailleurs le seul pays, jusqu'ici, ou l'on m'a tourné le dos lorsque j'ai demandé mon chemin. Heureusement, il y a quelques exceptions qui réchauffent le coeur. Comme cet automobiliste, à la sortie de Cochabamba, qui se porte à ma hauteur pour me crier "buen viaje amigo".

Après avoir effectué quelques contrôles techniques sur la tigresse, notamment les plaquettes de frein avant, qui après 26'000 km (dont 16000 en Amérique du Sud)  sont toujours en état de fonctionnement, je me suis mis en route pour La Paz. Sans le vouloir, j'ai bien choisi mon jour. En effet, nous sommes Vendredi Saint et le trafic est assez calme. En entrant dans l'immense banlieue que constitue El Alto, j'ai été surpris par un orage de grêle qui m'a obligé de me réfugier sous un avant toit. Le calme étant revenu après une demi heure d'attente, j'ai attaqué la descente sur La Paz. Etonamment, la route qui conduit au centre ville, au fond de la vallée mais tout de meme a 3700 m d'altitude, est une autoroute. J'ai donc suivi cette artère tout en jetant des coups d'oeil sur l'immensité de cette ville construite dans des vallées séparées de canyons et de pyramides comme celles d'Euseigne au Valais, mais en bien plus grand. A la fin de l'autoroute, je ne me suis pas posé de question et ai demandé à un taxi de me conduire à l'hôtel Oberland dont j'ignorais totalement la situation géographique. En suivant le taxi, j'ai à nouveau pu me rendre compte des particularités de cette ville. Par moment, il semble qu'on sort de ville mais après avoir traversé un canyon sans construction, l'horizon s'ouvre et un nouveau quartier s'étale a perte de vue et ainsi de suite.

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