Reportage publié le 09 novembre 2020

A la découverte de l'Altai!

Texte de Laurie Bernard / Photo(s) de Laurie Bernard

Si vous n'aviez pas vu ses reportages de voyages à moto "Laurie Moto Club" aux quatre coins du globe,  vous avez peut-être croisé Laurie Bernard sur les événements Cocoricorando qu'elle animait jusqu'à l'année passée. Non, ça ne vous dit toujours rien? Et bien vous n'avez pas dû la croiser, car on ne l'oublie pas de si vite cette petite bretonne souriante et au caractère bien trempé.

Passionnée de moto et de voyages, elle a tout particulièrement craqué pour la Russie et depuis quelques années, quand elle ne sillonne pas les routes de France au guidon de son side-car Ural, elle organise des voyages en petits groupes en Russie pour partager sa passion du pays. On vous laisse découvrir l'Altai avec elle, vous êtes entre de bonnes mains!

Bien entendu, la Russie ne pouvait pas être uniquement faite de longues routes monotones, planes et bordées de bouleaux. Je rêvais de  prendre de la hauteur...

En soirée à Moscou, Vitali me répond : « J’ai un ami d’enfance en Altaï si tu veux… ». Un coup de fil à Max et le jour était fixé. Je partais quelques jours plus tard, sans plan, découvrir cette région dont la géographie annonçait un point culminant à 4.509 m : des vraies montagnes ! En route vers la République de l’Altaï !

La 1ère fois, on s’en souvient

Atterrissage à Gorno-Altaïsk, décalage horaire de 5h et dépaysement total. Sans la moindre trace de l’alphabet latin et une connaissance du russe à ses balbutiements, le vent de l’Aventure sifflait clairement. Je ne croyais pas si bien dire…

Pour un voyage loin des villes, il faut nécessairement du cash. Première mission : dénicher un guichet sécurisé pour retirer des roubles. Le chauffeur m’indique un « bankomat », « l’un des plus sûrs de la ville ». Une heure après ma 1ère tentative de retrait, puis avoir fait le tour de l’administration de l’enseigne, je ressors sans un rouble et sans ma carte… ça commence bien !

J’arrive chez Max – que je ne connais pas – en retard. J’ai perturbé son programme et le moteur de sa voiture ronronne déjà (à moins que ce ne soit mon ventre ?). Douche, repas, « wawa » : tu oublies. Max veut faire le plein pour le départ de demain et il est déjà 11h30. Il me charge dans sa voiture et me trimballera jusqu’à 17h ! Retour chez lui, je suis vannée, je ne sens pas franchement bon et je suis affamée. Mais je suis invitée, pas chez moi et bien élevée. Enfin, Max en impose du haut de ses 1m80 / 120 kg. On grimpe chez lui et il annonce : « Maintenant, on mange ! ». Purée, je ne demande pas mieux ! C’est donc à jeun, que Max m’offre un repas dans la plus pure tradition locale, à base de vodka et de poisson cru. Après un début remarquable – c’est même bon – mon estomac finira à la limite de l’offrande de son contenu, lorsque je goûte le sperme de harengs. C’est un peu trop d’un coup. Il est 18h30, la bouteille de vodka est vide ; je vais me coucher.

5h du mat : Je me réveille en sursaut. Ça tangue dur dans mon ventre. J’espère que mes origines de marin me permettront de garder le cap toute la journée. L’équipe est au complet : Max, Serguei, Andrei, l’autre Andrei et Anton. Je pars pour 10 jours avec 5 imposants russes parfaitement inconnus. Pour eux, ce sont des vacances. Pour moi, l’enjeu est beaucoup plus important ; ce voyage sera ma base de données pour proposer cette destination sur mes prochains départs. Avant mon arrivée, j’ai établi des impératifs de reconnaissance. Sans vouloir m’imposer, je fais part de mes ambitions aux garçons. Le programme leur convient et ils semblent disposés à m’aider, pour tirer le meilleur de cette petite expédition. 

Ces 10 jours seront ponctués d’enchantements et de difficultés. Il y a le projet, sur le papier … et la réalité. Durant les 3 premiers jours, je me heurte à mes obsessions de travail. En face, ce sont des gars finalement plus enclins à la décontracte qu’à mes aspirations professionnelles. Et je suis malade. Je n’ose pas en parler car, premièrement, je ne sais pas exprimer mon indisposition en russe, et deuxièmement, je n’ai pas envie d’être un boulet pour le groupe. Je prends sur moi. Le 3ème jour, je ne me sens vraiment pas bien. Notre quotidien, loin du confort n’aide pas. Nous dormons en tente (Max avait décidé que je partagerais le logis avec lui), il fait froid et on ne se lave pas (je craque à J3 et plonge dans la rivière Katun qui doit faire un petit 10°C). 

À ce stade, il me faut des médicaments. Mal à l’aise, et après plusieurs tentatives de gestes pour me faire comprendre, j’explique à Max que je fais une cystite (vous comprenez la gêne... ). J’ai besoin d’antibiotiques et la première pharmacie est très loin. Malgré ma trousse de secours, et la prise du remède approprié, ça n’a pas fonctionné. Max me passe un savon pour ne pas l’avoir prévenu plus tôt. Désormais dans l’intimité, nous réfléchissons à une solution pour le lendemain. Il est tard et cette discussion forcée sera pour moi une révélation. Max, bienveillant, passera la soirée à mes côtés. Et il me dévoilera le secret de ce lieu : « Ici, si tu luttes contre les éléments, l’Altaï ne te laisse pas entrer. Tous les jours, tu es stressée, tu tentes de contrôler les choses pour respecter ton planning de travail. Mais l’Altaï décide. Si tu veux être acceptée, il faut lâcher prise ». 

Le jour suivant, le vrai voyage débuta… 

Nous avons pu aller jusqu’au bout de notre expédition, avec pour seule ordonnance, la promesse de revenir. Promis !

Et quand c’est bon, on y revient (quelques mois plus tard)

Ce premier séjour, décidé dans la précipitation ne m’avait pas permis d’établir une logistique moto dans cette région reculée de la Russie. Pour se rapprocher au mieux des « conditions réelles » lors de ce repérage, Max m’avait prêté son quad. Ne pas avoir parcouru l’Altaï au guidon d’une moto était un doux prétexte pour y revenir au plus vite. Une première découverte avait suffi à me faire fondre de passion pour ces terres. La nature y est tellement généreuse, les paysages détonants, les possibilités d’itinéraires off-road infinis. Bref, un terrain de jeu absolu pour assouvir le désir des baroudeurs. 

Cette fois-ci, j’ai organisé la logistique moto sur place : BMW GS ou side-car Ural. Un petit groupe de motards prend le départ. Le premier fil conducteur est la rivière Katun. Elle prend sa source depuis les glaciers posés sur les flancs du mont Beloukha. Marquant la frontière entre Russie et Kazakhstan, c’est le plus haut sommet de Sibérie et le 2ème du pays. La Katun longe ici l’unique route asphaltée qui file jusqu’en Mongolie : la « Chuysky Trakt » ou route de la Tchouïa. Cette route fut l’un des tracés de la Route de la Soie. Le tronçon historique court depuis Biisk (kilomètre 0, au musée dédié à son histoire), jusqu’à la frontière mongole, sur 613 km. C’est un itinéraire splendide, ponctué de forêts, de cascades, de rivières, de cimes enneigées… La route serpente entre les montagnes et joue avec les reliefs. Pas étonnant que l’Altaï soit inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, parmi les 11 merveilles naturelles de la Russie. Le revers de la médaille : Une activité touristique qui gagne du terrain. Heureusement, de nombreuses réserves sont protégées. Pour échapper à ce flux de visiteurs, principalement concentré autour de la route asphaltée, il est facile de s’éloigner à moto, par les nombreuses pistes qui tentaculent, parfois sans but précis. À plusieurs reprises je m’y aventure, tantôt dans l’unique espoir de dénicher des vieux ponts de bois, ou bien pour aller à la rencontre des habitants des villages reculés. 

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