Reportage publié le 13 décembre 2019

Une sortie avec le LC8 Rally Western Alps

Texte de Pierre Vautherin / Photo(s) de Pierre Vautherin

Le LC8 motorise les trails de la gamme KTM Adventure depuis 2003. Chaque année, les fans du bicylindre se réunissent en juillet pour une grande session off-road au coeur des Alpes italiennes. L’événement réunit des puristes venus de toute l’Europe. Pour moi, ce sera l’occasion de faire deux superbes journées d’off-road et de profiter de tout le potentiel de la KTM 1090 Adventure R.

L’origine du LC8 Rally Western Alps

Cela fait des années que le groupe « LC8 Rally Western Alps » partage en ligne des images impressionnantes de leurs expéditions montagnardes, aux guidons de trails KTM Adventure. J’ai toujours été impressionné par les franchissements et l’accent mis sur le tout-terrain. Enfin, j’ai l’occasion d’y participer ! Cette année, j’ai donc bloqué quelques jours de congé, préparé la moto et monté une paire de pneus Mitas à crampons. La journée tant attendue arrive enfin ! La moto est prête, le temps de cette matinée de juillet est absolument radieux. Je n’ai qu’une hâte : enfourcher ma KTM 1090 Adventure R, me frayer un chemin hors de la ville et retrouver les montagnes !  

Après quelques heures sur les grands axes saturés par la canicule et les départs en vacances, me voilà enfin face au lac du Mont-Cenis, à quelques kilomètres de la frontière italienne. La chaleur étouffante de la plaine et les alertes pollution sont heureusement derrière moi. 

Je dépasse la frontière et commence la descente vers Suse. Les roadsters et les sportives me dépassent à grands coups de gaz, dans des lacets sans beaucoup de visibilité. Je souris derrière la visière de mon casque. Ça me tenterait bien d’arsouiller un peu, mais je suis chargé et mes pneus sont à peine rodés. J’enroule donc paisiblement vers le fond de la vallée de Suse.

Camping Gran Bosco

Arrivé à bon port, je découvre le lieu de rendez-vous du « LC8 Rally » : un camping situé à Salbertrand, à proximité de Bardonecchia. L’endroit est bien tenu et accueillant. Tout ce qu’il faut pour un bon camp de base. Le restaurant du camping est d’ailleurs simple et bon marché. Le matin, ce sera café expressobien serré. Le soir, bière pression et pizza maison le soir. Avec le WIFI gratuit et la vue sur la vallée, j’ai tout ce qu’il me faut pour passer un bon séjour.

Le drapeau KTM flotte fièrement à l’entrée du camping. Plus d’une cinquantaine de motards campent ici et le paddock rassemble toute la gamme KTM Adventure. Les vénérables KTM 950 à carburateur côtoient les plus récentes KTM 1290 Super-Adventure. On trouve même la dernière 790 Adventure tout juste sortie des usines de Mattighofen. Sans compter les monocylindres LC4 640, 690 et quelques enduros. Toutes ces motos sont dans un état superbe ! On sent l’amour de la mécanique qui réunit ces hommes et ces femmes venus de toute l’Europe !

Une grande partie de l’Europe est représentée ici. Certains ont fait le déplacement depuis les Pays-Bas, d’autres depuis le Royaume-Uni. On compte un grand nombre d’allemands, de belges, de tchèques, de hongrois. Et la Suisse est bien représentée également. Mais, finalement, très peu de français cette année-là et aucun italien.

Il y a de superbes machines sur le rassemblement. Une des plus impressionnantes est cette 990 adventure entièrement équipée par le préparateur anglais Triple Clamp. Le kit semble tout droit sorti de la 450 Factory Rally !

Jour 1 : la mise en jambe

Sur le LC8 Rally, il n’y a pas vraiment d’organisation ! Pas de départ groupé, pas de programme. Les groupes se constituent par affinité. Les premiers-venus comme moi et les habitués de la première heure fraternisent autour du café et le programme se décide tout seul. Pour ma part, j’atterris dans un groupe d’anglais en partance pour le Sommelier. L’humeur est excellente. Justin, le « leader » du groupe met tout le monde à l’aise et enchaîne les blagues à un rythme ahurissant. A défaut de saisir toute la subtilité de l’argot londonien, je comprends, rien qu’à voir sa plaque « GB L8 KTM », que je suis tombé sur un sacré passionné. 

Après une dizaine de kilomètres de route en fond de vallée, on attaque la piste du Col du Sommelier. Le bitume laisse vite la place à la piste en terre, et on ne peut pas dire qu’on perde vraiment du temps en route... Le groupe de 8 motos dégage pas mal de poussière. Je reste concentré car le rythme est soutenu, personne ne traîne. Je n’ai pas affaire à un groupe de débutants.

Après un bon quart d’heure de piste forestière, on arrive au Refuge Scarfiotti avec son lac et sa cascade. Je peux enfin prendre quelques photos et voir à quel point mes coéquipiers sont à l’aise sur leurs machines. Sur les passages de gué tout le monde s’en donne à cœur joie comme des adolescents !

En continuant vers le col du Sommelier, la végétation devient plus rare. Le sentier se fait plus escarpé et je prends un plaisir incroyable à placer la KTM 1090 dans les pistes caillouteuses. La moto encaisse sans broncher les pavés et les marches. C’est parfois un peu plus délicat dans les épingles car la moto est haute pour mon 1m80, mais un coup de gaz bien dosé et elle se replace sans problème. Le groupe continue à progresser à bon rythme et déjà les premières difficultés se présentent. Un gros névé bouche la piste. Les 950 Super Enduro passent sans trop de problèmes mais les motos plus lourdes ont plus de mal à franchir l’épaisse couche de neige molle. Toute l’équipe s’y met pour venir pousser et le groupe finit par passer dans son intégralité.

La suite de la montée se déroule sans difficulté. Mais au bout de 10 minutes, il faut arrêter car la piste est recouverte de neige jusqu’au sommet. C’est l’occasion d’une belle photo. La redescente se fait sans histoire –mais avec déjà plein de beaux souvenirs en tête. 

Une courte pause le temps d’un paniniet le groupe repart. Nous reprenons une piste dans les montagnes au-dessus d’Oulx mais celle-ci rétrécit à mesure que nous avançons, jusqu’à devenir un simple sentier. Les plus téméraires du groupe partent en éclaireurs dans les lacets qui s’élancent à flan de montagne. Stuart, ancien pilote de trial et d’enduro, qui s’est entraîné dans sa jeunesse avec Graham Jarvis, trace la route au guidon de sa KTM 1190R. Il place les 200 kg de sa moto sans aucune difficulté. Dans les franchissements, il comprime la fourche et soulève l’avant de la moto. Il passe ainsi même les marches les plus hautes. Derrière, le reste de la troupe a plus de peine à faire manœuvrer les motos dans le sentier escarpé. Pas facile de placer une moto de plus de 200 kg dans ce single-track­. Les chutes, heureusement sans gravité, s’enchaînent. Encore quelques mètres d’ascension sur ces chemins de chèvres et il faut faire demi-tour. La trace GPS est définitivement perdue et le chemin n’est même plus sur la carte.

Suite  page 2

Cette session trialisante dans les sentiers a déjà épuisé la moitié du groupe. Partis à huit, nous ne sommes plus que quatre à vouloir continuer à rouler. Nous allons faire une rapide boucle vers le mont Jaffereau depuis Bardonecchia. Il est déjà 16h passées, donc plus trop de lumière pour les photos. Mais j’ai encore une forte envie de titiller les 125cv de mon LC8. La large piste qui monte au fort du Jaffereau est parfaite pour ce bicylindre gorgé de couple. Le pneu arrière Mitas E10 tracte parfaitement. Je dois juste faire attention à bien doser la réaccélération pour éviter que la moto ne parte trop en travers. Je talonne Neil avec sa 950 Super Enduro et nous grimpons à bonne allure

Autant la session de « trial » avec cette moto de plus de 200 kilos s’est révélée vraiment trop délicate vu mon niveau, autant cette piste large est le terrain de jeu parfait pour exploiter toute la puissance de la moto. Toutes les aides électroniques déconnectées, la 1090 Adventure R gravit avec une surprenante agilité les lacets de l’ancienne piste militaire. La montagne est déserte à cette heure-ci et nous arrivons au fort Jaffereau d’une seule traite.

La descente se fait quasiment de nuit et nous arrivons heureusement pile à temps pour boire quelques pintes de la bière locale après cette première journée riche en émotions.

Jour 2 : l’apothéose

Après une nuit reposante et un bon petit-déjeuner, toute l’équipe repart pour une nouvelle virée. Le départ est fixé à 9h mais vu le copieux apéritif de la veille, il est 10h bien tassées quand nous prenons la route du col de la Mulatière. Après une agréable montée sur une piste forestière, nous sortons de la végétation et reprenons quelques forces au restaurant d’altitude de la « Punta Colomion ». 

La frontière avec la France est toute proche. La route qui mène au fort qui gardait cette frontière se transforme alors en sentier à flanc de montagne. Une moto passe sans trop de problème mais le vide est assez vertigineux. Même si le chemin ne présente pas de grosse difficulté, l’erreur n’est pas permise.

Au bout du chemin, un ouvrage fortifié garde majestueusement la montagne. Il n’y a pas là âme qui vive, le vieux dépôt de munitions est abandonné depuis bien longtemps. L’air est incroyablement vif en cette belle fin de matinée. Nous surplombons toutes les vallées alentours. Nous ne sommes d’ailleurs plus que trois. Les plus prudents ont préféré ne pas tenter le sentier escarpé.

La descente n’est pas de tout repos. Neil n’a plus de démarreur. Il doit pousser la Super-Enduro dans la descente et essayer de démarrer avec l’élan. Il y arrive mais ne coupera pas le moteur jusqu’en bas du sentier. Pour ma part, j’ai perdu des vis de mon support d’échappement et je dois dépouiller la platine de top-case pour en récupérer de nouvelles. Une généreuse application de frein-filet résoudra le problème, une fois rentré au camp de base.

L’après-midi est déjà bien avancé quand nous avons résolu nos problèmes mécaniques. Nous attaquons le col de la Roue et nous en prenons encore une fois plein les yeux. Beaucoup moins de difficulté sur cet itinéraire, la large piste serpente à travers les alpages. La sensation de liberté est totale et nous découvrons des paysages superbes à mesure que nous avançons vers le col.

Problème, nous ne sommes pas seuls dans ces pâturages ! Un vaste troupeau de vaches occupe toute la piste et ne laisse aucun passage. C’est la dure loi des alpages : les citadins que nous sommes sont bien incapables de déloger les bovidés et nous devons faire demi-tour. 

Sur la route du retour, une dernière pulsion nous saisit. Et si l’on retournait faire la boucle du mont Jaffereau ? La fatigue doit déjà se faire sentir car après quelques hésitations, nous ratons un embranchement et nous nous retrouvons sur des pistes secondaires qui desservent le domaine skiable.

Cette piste secondaire n’est clairement pas celle que nous cherchions. Dans le doute nous la suivons pour voir si elle rejoint notre trace GPS. Nous ne le savons pas encore, mais c’est l’apothéose de ces deux jours de roulage.

La piste secondaire devient par moment terriblement escarpée et serpente à perte de vue jusqu’au sommet. Dans les raidillons et les enchaînements de lacets, nous poussons les motos au maximum. Le couple incroyable de nos LC8 permet de gravir sans problème les plus implacables raidillons. Le châssis de nos Adventure gomme toutes les irrégularités du terrain et permet de placer la moto sans effort dans les virages. Plein gaz, debout sur les cale-pieds, nous montons d’une traite toute la piste.

Je trouve parfois la 1090 Adventure un peu lourde et trop puissante quand il s’agit de faire du tout-terrain dans des terrains un peu délicats. Et pourtant, le gros trail KTM s’est révélé absolument parfait sur ces pistes sèches à fort dénivelé. Le couple monstrueux du LC8 permet de gravir tous les obstacles. Avoir une telle puissance à sa disposition dans la poignée de gaz donne une absolue sensation de liberté et de plaisir.

Arrivé vers le haut de la piste, ça devient plus technique. Le sol est de plus en plus imprégné de l’eau de fonte des névés d’altitude. Certains passages sont vraiment raides. Un tout petit manque d’anticipation et la moto risque de stopper net par manque de puissance en cours de montée. C’est là que Michael démontre sa maîtrise impressionnante de la 950 Adventure. Il anticipe parfaitement chaque montée et dose parfaitement la puissance nécessaire.

Tout proches du sommet, nous sommes à nouveau bloqués par un névé. Je tente de passer à travers une trace fraîche, mais la KTM 1090 s’immobilise irrémédiablement après quelques mètres dans l’épaisse couche de neige molle. La roue arrière mouline dans le vide. La moto est posée sur le sabot et n’avance plus d’un centimètre. Mes compagnons en 950 Adventure et Super-Enduro tentent d’emprunter un contournement, mais le pierrier qui borde le névé est trop friable et trop raide. Il faut rebrousser chemin. 

Dans la descente, je me dis que cette piste est l’un des mes meilleurs souvenirs à moto. En quelques dizaines de minutes, nous avons gravi plusieurs centaines de mètres de dénivelés avec une efficacité surprenante. 

Conclusion

Après ces deux journées au sein du bouillonnant LC8 Rally, un autre voyage commence. Nous allons suivre le TET jusqu’au sud du Piémont. Puis je ferai ensuite le reste du voyage sur route, entre Drôme, Haute-Savoie et Vercors pour profiter des capacités routières de ma moto. Ce sera l’occasion d’un prochain récit !

Les pistes des Alpes italiennes sont à faire absolument une fois dans sa vie de motard. Les itinéraires tout-terrain (légaux) sont hyper variés, magnifiques et permettent de découvrir des joyaux du passé comme les forts militaires. Tous les niveaux de difficulté sont possibles. C'est un terrain parfait pour s'initier au TT avec un trail ou maxi-trail. Un grand bravo à l’équipe du LC8 Rally Western Alps. On peut également les suivre sur facebook.

J’envoie un salut amical à mes complices de cette belle aventure : Justin, Stuart, Dayne, Michael et Neil.

David
AcidTracks 2019 - Organisation de sorties pistes

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