Reportage publié le 26 septembre 2014

A la découverte du Hard Alpi Tour 2014 - 550 kilomètres en 24 heures !

Texte de David Zimmermann / Vidéo(s) de David Zimmermann

Le concept du Hard Alpi Tour (HAT) est l’œuvre d’un homme, Corrando Capra, qui après avoir travaillé 27 ans dans l’industrie décide de changer d’horizon et fonde Over2000Riders. Passionné de moto tout-terrain, il propose divers voyages et événements off-road en Italie et à l’étranger. Le plus grand événement étant le Hard Alpi Tour.

Le Hard Alpi Tour 2014 se déroule dans la région du Piémont en Italie, les 6 et 7 septembre. Cette sixième édition a accueilli au départ de Garessio (I) 338 participants de 18 nationalités. 258 rejoindront l’arrivée à Sestriere (I) près de vingt-quatre heures plus tard.

Le Hard Alpi Tour consiste à rouler par groupe de trois personnes et parcourir les quelques 550km (dont 70% sur routes non goudronnées) du tracé GPS en moins de vingt-quatre heures avec des motos de type trail de plus de 150kg. Le principal challenge étant la conduite nocturne sur une bonne partie du parcours.

Le Hard Alpi Tour n’étant pas une compétition, il n’y a aucun classement et chacun est libre de s’arrêter où bon lui semble, de prendre des raccourcis et même de quitter l’événement. Le but étant uniquement d’avoir du fun et de partager un bon moment avec d’autres passionnés.

La nouveautée en 2014 est une classe "extrême" limitée à vingt-cinq équipes, qui compte 270km supplémentaires et dont la durée devrait avoisiner les quarante heures.
Condition d’admission : avoir déjà participé au HAT (et être un peu maso sur les bords) ! 

Les préparatifs 

Ayant lu un article écrit par mon compatriote Rolf Lüthi (Moto Sport Schweiz) dans l’excellent magasine allemand "Motorrad Abendteuer", je me suis tout de suite dit que ce genre de défit un peu fou est tout à fait pour moi. Je m’inscris sans avoir de partenaire ni de moto.

Par le biais d'internet, je trouve mes coéquipiers : deux frères polonais, Piotr et Januz, l’un vivant en Suisse et l’autre en Belgique.

Pour la moto, ce fut une course contre la montre, puisque je rentre en Suisse seulement trois semaines avant le HAT, ma KTM 640 Adventure n’ayant même pas encore quitté le port de Vladivostok. Il fallait trouver une alternative, et vite !

La magnifique Yamaha Ténéré de 1986 que je dégote pour une bouchée de pain et que je prépare avec amour me réserve un vilain coup à six jours du départ... Le joint de culasse rend l'âme !

Par chance, un ami me donne sa Yamaha XT600E. J’ai juste le temps de l’immatriculer, passer le contrôle technique et installer à la hâte le support GPS, les phares à LED pour la conduite de nuit, les repose-pieds larges et les réhausseurs de guidon (encore heureux que ces pièces soient compatibles sur les deux motos).

Je pars en catastrophe vendredi après-midi en oubliant mon inscription et en me faisant tremper jusqu’à l’os sur l’autoroute en Italie...

Un départ qui sait se faire attendre

Après avoir passé la nuit dans un bled à 50km du départ, je rencontre enfin Piotr, mon coéquipier, à 07h30 à Garessio. Pour des raisons de santé, son frère a dû laisser tomber. Le briefing est annoncé pour 10h00, mais commence à 11h00. 

En Italie, on est peu-être un peu olé-olé dans le timing, mais par contre, on s’assure que vous ne prendrez pas la route le ventre vide ! Un repas est servi à tous les participants dans la cantine.

En attendant impatiemment notre départ sous un soleil de plomb, je me promène dans le parc moto pour observer les montures des autres concurrents. On notera quelques présences très attirantes comme la marque anglaise CCM, venue participer avec trois exemplaires de sa nouvelle 450 Adventure ainsi que la marque Italienne Tacita qui va participer avec une moto électrique ! 

Pour le reste, on a d’un côté le clan des motos récentes BMW GS et HP2, KTM 690 et Adventure 990, Triumph Tiger, etc... mais également, chose très intéressante, près de 50% de vieilles gloires des années 80-90 : un armada de vieilles Yamaha XT et TT, plein d’Africa Twin, des BMW R80 et R100 GS, des Dominators, Cagiva Elefant, Aprilia Tuareg et Pegaso et j’en passe ! Je trouve ça très sympa comme concept. Finalement ma vieille XT est tout à fait à sa place ici !

Bon revenons à nos motos ! On est tous dans le parc en attente de se mettre en ligne pour le départ. On nous avait annoncé que les départs se feraient dans l’ordre des numéros, mais un gars vient nous dire avec un mégaphone que le départ se fera par ordre de parcage.

Alors qu’une moitié de gars se précipitent dans la queue en espérant pouvoir partir plus tôt, les autres râlent... Ah les Italiens et leur organisation (légendaire) !

Quelques minutes plus tard une autre personne vient annoncer que le départ se fera finalement par ordre de numéro, comme dit lors du breefing. Du coup, une fois n'est pas coutume, ça ne râlait pas en français, mais en allemand !

Après une centaine de mètres, on rejoint le centre de Garessio, rangés par équipe à la queue leu leu. Puis on a droit à un vrai départ avec des bannières, des photographes, un speaker et surtout des grid girls en minijupe, comme les pros à la télé !

La présence de quelques jolies filles et tout le monde retrouve de nouveau le sourire. La confusion du départ, c’est de l’histoire ancienne. Voilà comment l'on règle les problèmes en Italie, et ça marche en plus !

En route

Les premiers kilomètres se font sur une route asphaltée, dans de petits villages très pittoresques. Y’a pas à dire, l’Italie est très jolie !

Le système de trace du GPS ne fonctionne pas vraiment comme je l’avais prévu, et je me trompe de route déjà après moins de 10 kilomètres...

J’ai oublié de préciser que mon coéquipier roule avec une GS 1200 Adventure, qui, déjà lourde à la base est en plus équipée de top-case et valises en alu. Et, tenez-vous bien, il transporte encore ses deux pneus route qu’il ne voulait pas jeter avant le départ de la course...

Au fur à et mesure des kilomètres, j’apprends à connaître ma petite XT600E que j’utilise pour la première fois. Si elle est loin d’être excitante à conduire, elle fait très bien le boulot, malgré son âge et le fait que j’ai des pneus routie. Son grand avantage est qu’elle est vraiment légère et avec mes modifications, très agréable à rouler debout.

On passe deux check-points avant d’arriver à la tombée de la nuit dans une grande salle où le souper nous est servi. Après une bonne assiette de pâtes accompagnée de thé chaud et de deux sandwichs, on s’apprête à reprendre la route quand on croise deux amis partis avant nous. On a loupé une partie d’environ 30 kilomètres tout au début. D’après leurs dires, ce passage était assez difficile car il y avait de la boue. Un type en GS s’est d’ailleurs cassé la clavicule en tombant…

Notre progression est beaucoup plus lente que je pensais, notamment du fait que quasiment toutes les routes sont des cols de montagne plein de virages en épingle. Il est donc impossible de rouler à bonne allure.

La moitié du Hard Alpi Tour se déroulant de nuit, l’éclairage est un point très important et certains concurrents n’y sont pas allés de main morte en montant jusqu’à quatre phares multi-LED et même des projecteurs.

Je me suis contenté de deux phares d’appoint à LED de 20W chacun achetés sur eBay quelques jours plus tôt. La consommation électrique est minimale et le résultat est excellent.

Les heures passent et la fatigue commence à se faire sentir. De plus, la température chute rapidement et je dois ajouter des couches et mettre mes gants chauds pour continuer.

De nuit, il est encore plus difficile de ne pas se perdre. Ce qui devait arriver arriva, on se trompe à nouveau. L’occasion de boire une boisson énergisantel, de faire le plein et on repart en arrière. On croise une équipe qui est également en train d’aller dans la mauvaise direction. Malgré nos avertissements, ils ne nous croient pas et décident de continuer...

Après une bonne vingtaine de kilomètres, on rejoint la bonne piste et vers 02h30, on arrive au check-point suivant.

Ici encore, on a droit à un ravitaillement composé de sandwichs et boissons chaudes. Dans ce petit chalet de montagne, ceux qui ne sont pas en train de manger, dorment à même le sol ou sur des chaises.

Je m’endors sur ma chaise pendant une heure avant d’être réveillé par Piotr. Des types sont partis et on a un peu de place pour se mettre à même le sol. On dort encore deux heures et lorsqu'on s’apprête à partir vers 06h00, on croise un groupe de Belges arrivant (seulement) maintenant. Eux n’ont pas eu de bol ! Une crevaison pour commencer puis un cailloux qui a fendu le carter d’un moteur. Ce dernier a perdu toute son huile et a serré, àvidemment. Ils ont attendu quatre heures dans la nuit pour que quelqu’un vienne chercher la moto. L’organisation n’ayant pas prévu un système de rapatriement en cas de panne, c’est un privé qui est venu avec son bus... quelle poisse !

Le soleil se lève lentement et on reprend la route. Il reste plus de 250 kilomètres à parcourir.

Les paysages sont magnifiques et on passe devant plusieurs anciennes fortifications militaires datant de l’époque de Napoléon. D’ailleurs, une partie de ces routes ont été construites par Napoléon pour déplacer ses armées. 

Vers 13h00, on arrive au dernier point de ravitaillement pour un excellent petit déjeuner avant de repartir. La cerise sur le gâteau sera la montée du col de l’Assiette. Les paysages sont magnifiques et on roule avec un grand soleil. A partir du sommet, ce n’est plus qu’une vingtaine de kilomètres jusqu’à l’arrivée que nous rejoignons après vingt-quatre heures et vingt minutes ! Wow... enfin !

A partir de là, nos routes se séparent et il me reste près de cinq heures pour rentrer chez moi... C’était un weekend incroyable ! Le Hard Alpi Tour est un événement atypique et très réussi.

Piotr et moi à l’arrivée, fatigués mais heureux !

Vidéo Bonus de cette édition 2014 :

Informations pratiques :

  • Site de l’organisateur : Over2000Riders
  • L’inscription coûte € 140.- et inclue trois repas avec les boissons ainsi que la carte FIM.
  • Départ à Garessio et arrivée à Sestriere
  • Pneu d’enduro recommandé + outils pour réparer une crevaison, il n’y a pas d’assistance !
  • L’inscription se fait par équipe de trois personnes avec des motos immatriculées d’un poids minimum de 150kg
  • Autonomie en essence : 120kg
  • Les stations services italiennes n’acceptent quasiment jamais les cartes de crédit et Maestro, donc penser à prendre des petites coupures en €uro
  • Eclairage supplémentaire à LED fortement recommandé
  • Habits chauds + bons habits contre la pluie

Itinéraire :

David Zimmermann
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