Essai publié le 03 mai 2017

Essai BMW R1200 GS Rallye style - Pas besoin d’être parfaite

Texte de Patrick Schneuwly / Photo(s) de Patrick Schneuwly et Loranne Girasoli

Comme compte rendu, je pourrais vous réciter une énième fois l’ode à la polyvalence voire de la perfection de la BMW 1200 GS. Seulement ce n’est pas le but, vous avez envie de quelque chose de nouveau, intéressant, même divertissant. Alors j’ai pris tout mon week-end de Pâques pour faire tourner l’ODO-mètre de l’Allemande et revenir avec une histoire de motard.

Rallye donc off-road ?

Sitôt la moto reçue, je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir l’emmener voir des cailloux et de la poussière. Avec ses jantes à rayons et ses pneus Continental Twinduro TKC80, elle se doit d’avoir quelques aptitudes pour s’éloigner de la route. Je commence doucement avec une route en terre sèche et compacte où la motricité avec les tétines était sensiblement meilleure qu’en pneus route. Cependant le contrôle de traction avait déjà du travail pour contenir les généreux coups de gaz que j’ai mis.

Je me suis ensuite aventuré sur un chemin apprécié des cavaliers, sans pour autant en croiser ce jour-là. Moteur et suspensions réglés sur Enduro, la progression est possible une fois l’importante largeur de la machine appréhendée. Que ce soit le guidon où les cylindres, il faut un peu analyser le terrain avant d’y aller et qu’ils rencontrent un obstacle. Au sol je dois composer avec quelques trous suffisamment grands pour y descendre avec ma roue avant de 19” mais également des pierres qu’il vaut mieux contourner.

L’embrayage hydraulique qu’on actionnerait à un doigt est un atout dans cette situation, même face à un important dénivelé on peut facilement jouer des gaz et faire grimper la GS. Idem pour les freins que l’ABS surveille avec une loi Enduro bien plus adaptée. Mais on doit pouvoir faire mieux, je me mets en tête de traverser une rivière avec la BMW. Je l’ai fait dans le passé avec une moto d’enduro et un niveau d’eau plus important et le constructeur a fait endurer bien pire à sa moto pour la vidéo de présentation.

Debout sur les grands cales-pieds métalliques, la descente se fait sans encombre et avec de l’élan pour ne pas bêtement perdre l’équilibre. La traversée commence bien, j’ai choisi une trajectoire avec peu de grosse pierre pour progresser sereinement. A mi-chemin, jeme rends compte que j’avais un peu sous-estimé l’importance du courant qui me déstabilise et m’oblige à compenser de mon corps pour garder l’équilibre. Arrivé de l’autre côté, l’avant sort très facilement de l’eau tandis que la roue arrière va bêtement se planter dans un petit banc de sable et là, les 244 kg de la 1200 GS ne pardonnent pas. C’est à la force des bras qu’on sortira l’allemande de son bain.

Le Lego en vrai

Elle a forcément tapé dans l’oeil des amateurs du jeu de construction, la BMW en Lego Technic et ses briques bleues électrique pourrait bien être la réplique de la Rallye. C’est même un excellent descriptif de la moto, plus de technique que de style chez les Allemands. De profil, le réservoir semble être très haut, mais celui-ci dissimule les prises d’air (pour faire du sous-marin, ah non je m’égare). On remarque aussi le fameux bec que l’on connaît depuis le tout premier modèle, servant de double garde-boue à la roue avant.

On se souvient en 2013, l’échappement et le cardan avaient échangé leur place par rapport au modèle précédent. Sur la Rallye, la transmission est intégralement noire, et ça en jette, tout comme le cercle des jantes à rayons tubeless. Le bloc optique reste asymétrique, ce qui dans l’ensemble n’est pas très élégant, mais la pièce elle-même est superbe. L’intégration de la technologie LED est simplement superbe. Autre héritage pour la Munichoise, le compteur en grande partie analogique que je ne regardais finalement plus étant donné que j’avais le dernier BMW Navigator VI sur la moto.

Jour 1: Vallée Verte, Mosses, Jaun, Interlaken

Depuis Genève, pour rejoindre les belles routes du coeur de la Suisse, la Vallée Verte est un incontournable. Ses beaux lacets sont un paradis pour motard et la 1200GS un outil parfaitement adapté. Je dois juste me garder d’un excès d’optimisme avec les TKC80 qui pourraient ne pas apprécier une mise sur l’angle précipitée. La surface de contact avec la route est tout de même réduite avec ces pneus M+S.

La descente après le Pas de Morgin est un régal, de grandes courbes ponctuées d’épingles très large pour les prendre facilement. En un rien de temps on se retrouve dans la Vallée du Rhône pour remonter dans les Alpes Vaudoise. La montée des Mosses est connue pour sa route pas mal vallonnée, surtout en un point. Là, la suspension active à réglage automatique ESA prend tout son sens. Un bouton lui est dédié au guidon, pour alterner entre Route et Dynamic, qui utilise une loi d’amortissement plus ferme.

Comme en vol au dessus de la route, la BMW passe sur les vagues sans sacrifier au confort. De quoi enquiller les kilomètres en toute quiétude. Un peu d’avance sur le planning ? Génial, un détour par le Jaunpass s’impose ! Il y a encore peu de trafic, la montée se fait à bon rythme, la descente côté bernois est plus lente, avec de nombreuses épingles pas très larges. Reste à rejoindre l’étape prévue pour la nuit au bord du lac des 4 cantons, en longeant le lac de Thoune et de Brienz.

Jour 2 : Grütli puis cap au Sud

Par curiosité, une étape par la prairie hautement symbolique pour la Confédération Helvétique est programmée. La route pour s’en approcher vaut déjà la peine bien qu’elle traverse quelques villages. Depuis la route, on a une vue plongeante sur la prairie et un magnifique panoramique. Je profite de l’arrêt pour jeter un oeil sous la selle, car une fiche codeuse s’y cache pour donner l’accès aux modes pros de l’électronique (Enduro Pro, Dynamic Pro), mais c’est une option.

Trop tôt dans la saison, il faut emprunter le tunnel du Gothard pour rejoindre le Tessin. L’énorme bouchon est une formalité à remonter, seul l’obstination de certains à ne pas s’écarter me laisse sans voix. Pour les 17 km de tube, je suis bien content d’avoir le régulateur de vitesse. Bloqué à 80 il n’y a qu’à se laisser porter. Je l’activais même systématiquement dans les villages, plus besoin de garder les yeux sur le compteur.

La prochaine étape sur l’itinéraire est le balcon d’Italie. Mais ce que je ne savais pas c’est que la route qui y mène depuis la Suisse est très très étroite et l'ascension finale est en piteux état. Et comme si ce n’était pas encore assez difficile, une généreuse averse s’est abattue sur la région avec une petite dose de grêle. Le ciel a décidé que j'essaierais tout de suite le mode pluie de la GS.

Devant moi, des amis abordent une enfilade d’épingle de façon hésitante. Pour moi c’est un jeu d’enfant: campé bien haut sur la moto avec le large guidon, j’ai toute la liberté de mouvement nécessaire pour regarder bien haut et braquer la direction au maximum. Tout juste sur le ralenti de la 2e, l’Allemande bondit hors du virage en allumant déjà le contrôle de traction. L'adhérence est soudainement très précaire avec cette pluie survenue après une période assez sèche, heureusement que l’électronique veille d’une façon sécurisante.

Jour 3 : Un ferry et retour en Suisse par le Simplon

Après la traversée de Laveno-Mombello à Intra sur le Lac Majeur, le détour par Piancavallo vaut autant le coup pour la vue que les petites routes. Mais le summum de la journée sera sans aucun doute la vallée allant de Cannobio direction Domodossola. Le route est par endroit très étroite, mais c’est là que j’ai poussé la Rallye dans ses derniers retranchements.

Avec le moteur en Dynamic Pro et le réglage rigide de la suspension, la moto réagit instantanément et se laisse piloter assez vigoureusement. Les 125 chevaux s’expriment pleinement bien qu’on aimerait en avoir 40 de plus. Equipé du shifter, le rapport supérieur s’engage instantanément et aide à mieux profiter du couple maximal à 6’500 tr/min. Inutile d’aller chatouiller la zone rouge à 9’000 tr/min.

Pour s’arrêter, on tape dans deux disque de 305 mm de diamètre à l’avant et un disque de 276 mm à l’arrière. En option, la GS prend aussi un ABS Pro, appliquant les freins différemment lorsqu’on est sur l’angle pour limiter le redressement et l’écartement de la trajectoire lors d’un freinage en courbe. Une technologie en laquelle il faut avoir confiance mais qui personnellement m’aide à rouler plus fort. Lors d’un gros freinage de l’avant, la suspension active compense immédiatement la plongée de l’avant. Il ne me reste qu’à rétrograder à l’aide de la commande hydraulique et du pied avant de me jeter dans le virage.

Arrivés au col du Simplon, retour au mode pluie aidé des poignées chauffantes pour affronter la neige. En 3 jours on aura affronté toutes les saisons.

Jour 4 : Le Valais pour rentrer

Avant de s‘engager sur la remontée du Valais par l’A9, faute de mieux, notre groupe s’offre un passage à Loèche-les-bains. Le séant de certain en a bien besoin, alors que le mien est choyé par le selle de la 1200 GS. Mon seul regret point de vue confort, c’est le saute vent enduro un rien trop court pour dévier le vent au dessus de ma tête. Bien qu’il soit très facilement réglable à une main, la position haute ne suffit pas. Mais ce choix est compréhensible, avec un grand pare-brise on ne verrait vraiment plus rien lorsqu’il est plein de boue. On regarde facilement par dessus celui-ci.

Jusqu’à Monthey le régulateur de vitesse a une fois de plus sauvé mon poignet droit d’une crispation inutile. Pour la suite, nous avons repris la Vallée Verte pour ne pas sombrer dans l'ennui sur l’Arc Lémanique. Pendant tout le week-end, j’aurais suivi l’indication de vitesse du GPS de la moto. En effet le BMW Navigator VI fabriqué par Garmin est parfaitement intégré sur la R1200GS. A gauche, un grand sélecteur rotatif permet de zoomer sur la carte à tout moment. En poussant cette roulette vers le côté, l’affichage change et peut faire apparaître 1, 4 ou 16 informations concernant la moto, le tout étant paramétrable.  Cet ordinateur de bord est un vrai plus pour la moto, augmentant malheureusement un peu plus son prix.

Plein de bons souvenirs

En un peu plus de 1300 km en 5 jours, j’ai bien compris pourquoi ce modèle est un best-seller. La 1200 GS est confortable, polyvalente et reste excellente à rythme élevé. Son autonomie de chameau m’aura aussi pas mal surpris. Après 325 km, l’autonomie affiche 50 km et on doit pouvoir en faire le double. La fiche technique dit 4.96 l/100km, j’ai mesuré 5.16 pour la même distance, chapeau.

Mais je vais être dur avec cette moto, à titre personnel voici ce qui ne m’a pas plu sur cette BMW. Comme passé mi-régime, il n’y a plus de couple, on se retrouve en permanence en 6e. Pour avoir de la reprise, il faut tomber 3 rapports avant d’essorer la poignée. Je n'aime pas non plus le principe de la fiche codeuse pour les fonctions pros. Un menu dédié aurait été plus simple et éviterait de manipuler une fiche sous la selle.

Comparée à d’autre trails du genre (Multistrada, Super Adventure S) je trouve que la GS manque de tranchant. Les pneus font une différence, c’est une certitude, mais je ne pense pas que l’ESA ou le châssis gagneront en rigidité avec une monte pneumatique différente. L’équipement de série de cette BMW n’est pas extra-ordinaire non plus, tout ce qui fait la différence est en option ! Mode de conduite Pro, démarrage en côte, ABS Pro, intégration du BMW Navigator, contrôle de traction, régulateur de vitesse, etc. Tout est dans des packs additionnels, une habitude allemande sans doute.

Ces deux derniers paragraphes sont cinglants, mais ils concentrent l’essentiel de ce que je trouve de négatif sur tout mon essai, tout le reste n’est que positif. La R1200GS mérite sa place de légende incontournable, d’autant plus que cette version Rallye est une réussite visuelle. Il faut juste garder en tête que la concurrence ne chôme pas et se développe exactement là où BMW baisse sa garde.

Patrick

Au final...

On a aimé :
+
La boite très douce
+
La maniabilité excellente
+
Voyageuse hors-pair
On a moins aimé :
-
Tout le temps en 6e
-
Lourde pour du off-road
-
Compteur analogique peu pratique
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Au final...

On a aimé :
+
La boite très douce
+
La maniabilité excellente
+
Voyageuse hors-pair
On a moins aimé :
-
Tout le temps en 6e
-
Lourde pour du off-road
-
Compteur analogique peu pratique

Fiche technique

Véhicule
Marque :
BMW
Modèle :
R1200 GS Rallye style
Année :
2017
Catégorie :
Routière
Kit 25 kW :
Non disponible
Moteur
Type :
Boxer bicylindre (flat twin) quatre temps, deux arbres à cames en tête, un arbre d’équilibrage
Cylindrée :
1170 cm3
Refroidissement :
A air/eau
Alimentation :
Injection électronique dans le collecteur d'admission
Performances
Puissance max. :
125 ch à 7'750 tr/min
Couple max. :
125 Nm à 6'500 tr/min
Transmission
Finale :
Par cardan
Boîte :
Boîte de vitesses six rapports à commande par crabots
Embrayage :
Multidisque en bain d'huile, commande hydraulique
Partie cycle
Châssis :
Cadre périmétrique en tubes d’acier, moteur à fonction porteuse
Suspension AV :
Telelever BMW actif ESA Next Gen
Course AV :
190 mm
Suspension AR :
Paralever EVO BMW actif ESA Next Gen
Débattement AR :
200 mm
Pneu AV :
120/70 R 19
Pneu AR :
170/60 R 17
Freinage
ABS :
Oui
Freinage combiné :
Non
Frein AV :
Doubles disques flottants, diamètre 305 mm, étriers radiaux à quatre pistons
Frein AR :
Disque simple, diamètre 276 mm, étrier flottant à deux pistons
Dimensions
Longueur :
2'207 mm
Largeur :
953 mm
Hauteur de selle :
850 mm
ou 870 avec la selle d'origine en position haute.
Poids total :
244 kg
Réservoir :
20 litres
Coloris disponibles
Coloris :
Lupin Blue Metallic
Catalogue
Prix de vente :
CHF 16'100.-
Rallye Style +700.-, véhicule d'essai paré de 4'630.- d'options, 20'730.- hors GPS.
En ligne :

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