Essai publié le 19 avril 2015

Essai de la Yamaha R3 – Sportive de poche ! [page 2]

Texte de Jimmy / Photo(s) de Alessio Barbanti, Black&Rad!

Pages

Notre guide, dont j'ai oublié le prénom, nous emmène à bonne allure sur l'autoroute et, ça n'a pas manqué, le monotone ruban gris s'est mué en terrain de jeu. Et que je te dépasse en te regardant droit dans la visière, et que je te déboîte le camion au dernier moment, et que je te grignote le support de plaque avec mes phares... tant de petites provocations qui frisent le ridicule et rendent un trajet entre potes si plaisant ! Si l'on n'a pas peur de s'envoler ou de commettre l'irréparable au guidon de la R3, celle-ci étonne par sa réponse aux gaz et sa stabilité à haute vitesse. A partir de 5-6'000 tours, le bicylindre se réveille et pousse gentiment. A partir de 8'000 tours et jusqu'à la zone rouge, il vrombit et donne le meilleur de lui-même, pour offrir, à l'aspi des collègues, un joli 187km/h compteur sur la portion germanique du trajet (hum, hum...) ! L'exercice s'avère un peu inconfortable, la protection de la bulle, toute petite, s'avérant plutôt chiche. Au sortir  de l'autoroute, on commence à s'asticoter sévère dans les grands ronds-points, où dépasser ses petits copains, à l'intérieur comme à l'extérieur, s'avère extrêmement drôle. 

100% exploitable

Machines et motards étant chauds-bouillants, la portion viroleuse de notre itinéraire arrive à point nommé et tout le monde se jette joyeusement dans les lacets. Le rythme est bon et la R3 s'avère plutôt stable en attaquant gentiment et balaie la seule inquiétude que j'avais en prenant son guidon. Mes expériences sur des moyennes cylindrées du genre avaient instillé cette légère méfiance envers un châssis ne parvenant pas à encaisser un gros freinage et offrant un comportement plutôt flou en entrée de courbe. Point de cela ici, on fait juste attention à ne pas trop solliciter le fin pneu de 140 à l'arrière, en accélérant gentiment sur l'angle. Reste qu'on se permet justement des accélérations « poignée dans l'coin » sans arrière-pensée et qu'on profite de l'étonnante santé du moteur à haut-régime.

La bonne stabilité du châssis met en avant la qualité du freinage de la R3. Mordant satisfaisant, très bonne constance, bon feeling : l'étrier 2 pistons l'avant a tout juste. Sauf l'ABS, qui se déclenche un peu vite au goût des plus expérimentés mais qui permettra aux moins aguerris de ne pas se répandre. La fourche fait très bien son travail et le ressenti du train avant est surprenant. L'amortissement arrière est au diapason (haha ! Au diapason... Yamaha... vous saisissez? Pfou!)  et supporte sans effort la charge des 42 chevaux. Le frein arrière, lui, stabilise bien la moto mais mériterait un peu plus de mordant.

En parlant de mordant, le confrère italien qui me précède en manque un peu et le trio de tête s'éloigne. Hors de question de finir à la rue, il faut donc passer et ramarrer. Et c'est là que la R3 réussit son tour de force : à son guidon, il faut sortir son plus fin pilotage pour faire la différence ! Chaque freinage, chaque accélération, chaque changement d'angle permet de gagner du temps. On est bien loin du bon coup de gaz pour doubler le collègue, comme sur un gros cube ! Et quel plaisir de se creuser la tête et se concentrer sur les limites du petit engin que j'ai entre les pattes ! 

Après avoir rejoint la tête de la cour... hem, pardon, l'avant de la colonne, et profité d'un joyeux moment d'arsouille, la main levée de notre guide annonce la pause café, dans un petit village délabré mais chaleureux. L'occasion d'échanger nos impressions entre confrères et de tomber tous d'accord : la R3 est l'une des machines les plus adaptées à un usage routier. Un caractère sympa mais sans surprise ni excès, une puissance raisonnable qui évite de prendre peur en regardant le compteur, un comportement châssis très vif qui permet de jouer avec les limites sans inquiétude. Bref, on roule très sportivement, sans pour autant mettre son permis sous le couperet. Les sept frimousses sont réjouies et ne tardent pas à repartir sous les visières, car notre prochaine étape est le circuit de Calafat, où la R3 compte aussi faire ses preuves.

L'école du gaz !

Inutile de vous dire qu'on trépignait tous d'impatience en attendant de pouvoir rouler sur la piste après l'excellente impression que la R3 nous avait laissée sur route. Notre enthousiasme sera vite mis à mal, car ayant bien sûr fini par s'arsouiller tout le long du trajet, notre groupe a presque une heure d'avance sur le planning... Le staff du circuit n'avait même pas eu le temps d'allumer le barbecue ! On tuera donc le temps en bronzant, posant devant la mignonne R3 et errant comme des âmes en peine sur le paddock désert. On se consolera surtout avec les divines grillades et la chouette ambiance du repas. Mais très vite, l'excitation monte : il y a du mouvement près des machines... c'est l'heure !

Au programme, deux sessions de 25 minutes pour les journalistes, répartis en deux groupes. Ô joie, nous serons les premiers à partir, dans la première grappe de sept machines, qui sera suivie de la deuxième moitié du groupe à un demi-tour d'écart. Après deux tours d'observation et de chauffe derrière nos guides, nous sommes lâchés. Technique et variée, la petite piste d'Alcarràs convient bien à la R3, que je cravache quand-même sans ménagement pour conserver une vitesse digne de ce nom. Les premiers tours sont un peu déroutants : sous les fortes contraintes, la petite Yam' remue un peu et semble avoir du mal à se tenir tranquille sur l'angle.

Les excellents Michelin Pilot Street tiennent bon, mais on comprend très vite qu'il faut redoubler d'attention et de finesse pour aller vite. Fluidité sera le maître mot pour tirer la quintessence de la R3. Sachant quand-même me débrouiller sur un circuit, j'ai l'impression de retourner à l'école tant mes micro-fautes de pilotages deviennent flagrantes. Chaque hésitation, mouvement trop brusque ou imprécision sur les commandes se soldent par une dérobade de l'arrière, un flou de l'avant ou un grand spasme de la machine. Non, on ne brusque pas une 300cm3 comme on peut parfois le faire avec un 1000... et on ne dispose pas d'un troupeau de chevaux pour gommer ses fautes face au chrono.

Et c'est tant mieux ! La Yamaha demande à être maintenue entre 8 et 11'000 tours pour rester efficace, exige que les transferts de masse se fassent rapidement mais en douceur et a besoin d'une trajectoire très maîtrisée pour rester stable : une vraie sportive école ! On se concentre donc pour optimiser ses trajectoires, utiliser toute la largeur de la piste et être doux avec ses commandes. Sans pour autant y aller doucement, car le freinage refait parler de lui et invite à repousser toujours ses repères, même si l'ABS s'avère un peu intrusif dans ces conditions. L'accélération est parfaitement dosable, sans à-coup, et la réponse du moteur est instantanée. Les derniers tours de la deuxième session étaient simplement jouissifs : une fois qu'on maîtrise son sujet, la R3 tient le pavé comme une grande et s'avère diablement rapide ! Seul le feeling  perfectible de l'avant, dans quelques virages serrés, incite à la retenue. Mais nul doute qu'avec un pneu encore plus sportif et une suspension avant un poil plus rigide, on peut faire de la Yam' une belle petite balle !

Après ces deux sessions enjouées, c'est avec une banane incroyable et beaucoup de sueur que je tourne la clé de la R3 et quitte son assise confortable. Les collègues n'ont pas vu le jour et la Yam' a rempli sa mission au-delà de toute attente. Elle peut sans complexe assumer son blason « R-series » et s'avère une très, très bonne sportive.

Conclusion

Avec un tarif bien placé, surtout grâce à l'euro-bonus, un comportement exemplaire et fun ainsi qu'une consommation rikiki (impossible de dépasser les 5,7 litres au 100, en moyenne!), le succès semble promis à la R3. Si les jeunes motards y trouveront leur compte, elle pourrait surtout en remontrer à plus d'un motard aguerri et ses a priori. Si on ne va jamais se plaindre d'enfourcher une sportive de 200 chevaux, il faut bien avouer qu'on ne se plaindra jamais d'enfourcher la R3 non plus ! Gaz !

En bonus, voici l'essai en vidéo :

Jimmy

Au final...

On a aimé :
+
Le caractère bien fun et sportif
+
Le freinage, malgré un ABS trop présent
+
L'agilité et la facilité de l'ensemble
On a moins aimé :
-
La protection de la bulle... quasi-nulle
-
Ne rouler que deux sessions à Calafat
-
Ne pas pouvoir repartir s'arsouiller sur les petites routes
AcidTracks 2019 - Organisation de sorties pistes

Suivez AcidMoto.ch !

Au final...

On a aimé :
+
Le caractère bien fun et sportif
+
Le freinage, malgré un ABS trop présent
+
L'agilité et la facilité de l'ensemble
On a moins aimé :
-
La protection de la bulle... quasi-nulle
-
Ne rouler que deux sessions à Calafat
-
Ne pas pouvoir repartir s'arsouiller sur les petites routes

Fiche technique

Véhicule
Marque :
Yamaha
Modèle :
YZF R3
Année :
2015
Catégorie :
Supersport
Moteur
Type :
2 cylindres en ligne, 4 temps, double ACT et 8 soupapes
Cylindrée :
321 cm3
Refroidissement :
Liquide
Alimentation :
Injection électronique
Performances
Puissance max. :
42 ch à 10'750 tr/min
Couple max. :
29.6 Nm à 9'000 tr/min
Transmission
Finale :
Par chaîne à joints toriques
Boîte :
6 rapports
Embrayage :
Multidisque à bain d'huile
Partie cycle
Châssis :
Cadre acier type diamant
Suspension AV :
Fourche télescopique KYB 41mm
Course AV :
130 mm
Suspension AR :
Monoamortisseur KYB
Débattement AR :
125 mm
Pneu AV :
110/70 ZR 17
Pneu AR :
140/70 ZR 17
Freinage
ABS :
Oui
Freinage combiné :
Non
Frein AV :
Simple disque hydraulique de 298mm avec étrier 2 pistons
Frein AR :
Simple disque hydraulique de 220mm avec étrier simple piston
Dimensions
Longueur :
2'090 mm
Empattement :
1'380 mm
Largeur :
720 mm
Hauteur de selle :
780 mm
Poids total :
169 kg
Réservoir :
14 litres
Coloris disponibles
Coloris :
Race Blu
 
Pearl Black
Catalogue
Prix de vente :
CHF 6'990.-
avec eurobonus: 5'890
En ligne :
Garage :

Plus d'articles Moto

La 80ème édition de Sturgis a bel et bien lieu
Rien n'arrête le plus célèbre rassemblement de bikers, pas même le Covid-19, la 80ème édition de Sturgis a débuté le 7 août et finira le 16 août.
Essai Honda CB1000R Neo Sports Café - Sortie de léthargie
La précédente CB1000R, c'est une des premières motos qu'on avait essayé sur le site en 2010. Depuis tout ce temps, elle n'aura changé qu'en 2018. Mais que s'est-il passé en 8 ans de développement ? Bah euh...
Djeemee's Story - Sapinette
Parce que le monde de la moto est rempli d'histoires, Djeemee a décidé qu'il allait également partager la sienne. En commençant à peu près par le commencement, soit l'histoire de son premier gros cube. Une Bandit 600 baptisée Sapinette. Tout un programme!
Roland Sands s'empare déjà de la BMW R18
Roland Sands est de ces préparateurs qui, quand vous le quittez une minute des yeux, sort un truc improbable de son atelier. C'est pour cette raison que bien souvent les constructeurs lui confient leur moto en avant première.
Sortie AcidTracks 2020 à Bresse - Les photos sont là
Enfin !! Après des mois, que dis-je, des semaines à rêver de ces instants licornesques, nous avons enfin pu mettre les roues de nos fidèles montures sur le circuit de Bresse et nos photographes étaient là pour immortaliser ce moment.
Breaking News - Honda tease sa nouvelle CBR 600 RR 2021 !
La rumeur courait pour une présentation le 9 août sur le circuit de Sugo au Japon, mais c'est aujourd'hui que le site Honda.co.jp voit apparaitre en ligne une vidéo et une photo de la nouvelle CBR 600 RR.

Hot news !

Essai KTM 390 Adventure - Elle doit être prise au sérieux
A l'annonce de sa sortie, j'étais sceptique. Je n'ai jamais vu une moto de ce segment sur nos routes, alors pourquoi celle-ci devrait marcher ? D'abord parce que l'Europe n'est pas le marché cible et ensuite parce qu'elle est vachement bien cette 390 Adventure !!
Kawasaki Z900 vs. BMW F900 R - Duel au sommet du marché roadster
Cette année 2020, si particulière, verra quand même l'énorme succès de la nouvelle Kawasaki Z900 sur le marché. Face à elle, BMW présente son premier roadster mid-size convaincant, la F900 R.
Essai défi : l'Aprilia RSV-4 Factory sort de sa zone de confort
Il y a déjà un moment, Djeemee est allé mettre la RSV-4 Factory dans ses petits souliers en tentant de maîtriser ses 217 chevaux au quotidien. Il s'est bien ramassé et a enfin retrouvé l'usage de la parole pour nous en parler.
Duel Yamaha - Tracer 700 contre Ténéré 700 - Laquelle il vous faut vraiment
Le moteur CP2 est un grand succès pour Yamaha. Ce bicylindre en ligne de 689 cm3 a pris place dans pas moins de 4 modèles de la marque. Avec la mise à jour 2020 de la Tracer et la Ténéré 700, on pourrait croire que ces deux modèles sont très proches, mais il n'en est rien. On vous explique comment choisir.
Essai Yamaha Tracer 700 - Evolution remarquable
Du côté de Tenerife, sur fond de tempête de sable et d'alertes au coronavirus, Yamaha nous a mis entre les pattes l'évolution de la cadette des Tracer. Look moderne et soigné, amélioration par petites touches, pas de débauche technologique : Baby Tracer vise juste et cette évolution s'avère finalement extrêmement pertinente.
Une Streetfighter V2 en approche chez Ducati dixit Claudio Domenicali
Le grand boss de Ducati s'est laissé aller à quelques confidences à nos collègues anglais de MCN en annonçant qu'une Streetfighter V2 pourrait très bientôt être produite.