ESSAI
Ce qui est inhabituel dans la démarche de Kawasaki, c’est le choix de ne pas décliner la Z 650 en version SE — la recette habituelle de la marque pour moderniser un modèle sans le remplacer. Ici, Kawasaki a préféré créer un modèle distinct qui cohabite avec la Z 650 existante, laquelle reste au catalogue en 2026. Les deux partagent le même moteur et la même base, mais la Z 650 S se positionne comme une évolution assumée, avec des changements suffisamment substantiels pour justifier une désignation propre. C’est un choix commercial qui évite de dévaluer l’ancienne génération tout en offrant aux nouveaux clients un modèle clairement identifié comme plus récent et mieux adapté.
Une ergonomie repensée de fond en comble
C’est le changement le plus structurant de cette mise à jour. La selle gagne 20 mm en largeur et 15 mm en épaisseur, et surtout elle devient horizontale. Sur les générations précédentes, le profil légèrement incliné vers l’avant invitait le pilote à glisser en direction du réservoir, comprimant la position. C’est terminé. Le guidon a lui aussi été retravaillé : 40 mm plus en avant, 10 mm plus haut, 30 mm plus large. À ces 80 mm de modification combinée s’ajoute un repositionnement discret des cale-pieds. L’effet est immédiat en selle : on ne se perçoit plus comme posé sur une petite moto, on a une vraie emprise sur la machine, les épaules s’engagent naturellement, la roue avant semble moins loin. Pour les gabarits plus grands, c’est un confort qui change le ressenti sur la durée.
Cette évolution ergonomique s’accompagne d’un travail visuel intelligent. Des superpositions de plastique autour du réservoir créent une impression de masse et de volume sans élargir réellement la moto. Kawasaki a réussi à faire paraître la Z 650 S plus imposante qu’elle n’est, ce qui est précisément ce que recherche leur cible : des nouveaux venus dans le monde de la moto qui veulent se sentir sur quelque chose de sérieux, sans être intimidés par le gabarit.
Le moteur, une valeur sûre
Le bicylindre en ligne calé à 180° est un vieux compagnon de route. Il existe depuis 2006, a été progressivement mis à jour, et a même été poussé à plus de 100 ch sur l’île de Man en catégorie Twin. Dans cette configuration A2, il développe 68 ch et 64 Nm. On est à environ 70 % de ses capacités — ce qui signifie une mécanique qui ne souffre pas, des coûts d’entretien maîtrisés et une fiabilité qui n’est plus à démontrer. Sur route, le moteur est souple et utilisable, sans jamais mettre mal à l’aise. Près de 90 % des Z 650 S se vendent en version bridée, et 50 % des acheteurs suisses sont des femmes. Ces chiffres résument mieux que tout le positionnement de la moto.
Au guidon
La suspension mérite d’être soulignée, car c’est souvent le parent pauvre sur ce type de modèle. Ici, le réglage est satisfaisant : la fourche non réglable et non inversée ne plonge pas au freinage, l’amortisseur réglable en précharge uniquement tient bien la route en remise de gaz. Pas de mouvements parasites, pas de comportement en cheval à bascule comme sur certaines versions précédentes. C’est le genre de détail qu’on remarque surtout quand il est absent.
Le choix d’un pneu arrière de 160 de large plutôt qu’un 180 participe directement à l’agilité de la moto. La mise sur l’angle est vive, franche, presque trop spontanée par moments. Pour un pilote débutant qui cherche à construire sa confiance progressivement, cette réactivité sera un standard pour lui. Pour un motard aguerri, c’est un caractère à connaître en jettant sa jambe par dessus la Z 650 S.
Le freinage est progressif et constant. Les deux disques de 300 mm à l’avant, pincés par des étriers Nissin à deux pistons à fixation axiale, ne surprendront pas les pilotes aguerris qui aimeront peut-être plus de mordant, mais ils conviennent très bien au profil visé. Le frein arrière est peut-être un rien trop réactif, utile pour les ajustements de trajectoire en virage serré, mais à surveiller pour ne pas s’en servir par réflexe de façon excessive.
Le quickshifter, disponible en accessoire et installé sur nos motos d’essai, fonctionne uniquement à la montée — pas de blipper en descente. Mais c’est son comportement à la montée qui interroge : impeccable en cinquième et sixième, il devient capricieux sur les rapports inférieurs avec des coupures parfois trop longues et un résultat aléatoire quelle que soit la façon dont on l’utilise. Une mise à jour de la calibration électronique serait bienvenue. Si on décide de se servir de l’embrayage à tous les changements de rapport, il faut savoir que le levier est réglable comme celui du frein, qu’il est doux et précis à manipuler.
Côté vibrations, les cale-pieds et la selle absorbent bien. En revanche, le guidon monté sur pontets caoutchouc ne filtre pas suffisamment les vibrations du bicylindre, et c’est au bout des doigts qu’on les ressent en permanence. Pas rédhibitoire, mais présent tout au long de la journée.
Sur les routes de l’essai, j’avais une légère appréhension sur le grip. L’asphalte local y est sans doute pour quelque chose, mais les Dunlop Road Sport 2 de première monte méritent aussi une précision : les pneus livrés en équipement d’origine sont fabriqués par Sumitomo, ce qui les distingue des Road Sport 2 que vous commanderez en remplacement. Au moment de changer, gardez la même référence — vous n’aurez pas le même pneu sous les roues.
Finitions et tarifs
La Z 650 S est disponible en trois couleurs : noir et or, vert châssis noir, ou tout noir, à CHF 8’100.-. Deux packs complètent l’offre : l’édition Sport à CHF 550.- avec grand saute-vent, protection réservoir, film protecteur d’écran et capot de selle peint, et l’édition Performance à CHF 2’200.- qui y ajoute une ligne complète Akrapovic en titane.
La Z 650 S 2026 est une proposition cohérente et bien calibrée pour son marché. Elle ne révolutionne rien, mais elle corrige avec soin ce qui freinait la précédente génération. L’ergonomie retravaillée est la vraie valeur ajoutée de cette mise à jour — celle qui change le ressenti dès les premiers kilomètres et qui justifie pleinement le renouvellement du modèle.
GALERIE
BILAN
ON A AIMÉ :
Bonne nouvelle position de conduite
Nouvelle identité bien transposée
Un moteur souple facile à apprivoiser
Setting de suspension idéal pour attaquer en solo
ON A MOINS AIMÉ :
Shifter optionnel capricieux
Vibrations au bout des doigts
