Publié le: 5 August 2023 par Patrick Schneuwly
J’ai gagné 12 secondes à Magny-Cours avec la Racebox Mini S

La Racebox Mini S, nous vous en parlions lors de sa sortie. Elle débarque sur un marché où Speedangle, Rider’s E-Novation, Starlane et AIM se disputent avec seulement quelques fonctions qui diffèrent.

Oui j’ai gagné 12 secondes, mais c’était en roulant pour la première fois sur le circuit F1 de Magny-Cours. En découvrant la piste samedi matin, je partais d’une page blanche. C’est la raison pour laquelle j’ai vite gagné les premières secondes. Les suivantes seront bien plus dures à aller chercher.

Dans cet essai je cherche à décrire le produit sans le comparer aux autres. Je mentionnerai des fonctions sans dire si elles sont propres à ce système ou disponibles sur l’ensemble du marché.

ESSAI

La Racebox Mini S est livrée dans une pochette de transport qui contient tout ce qu’il faut pour l’utiliser :

  • l’unité elle-même
  • un câble USB-C pour la charger
  • un pad autoadhérant, plus adapté à un tableau de bord de voiture
  • un pad magnétique autocollant, lui aussi pour la voiture
  • deux velcros antagonistes, un à coller sur l’unité, l’autre sur la moto par exemple
  • deux bouchons pour protéger la prise des projections d’eau
  • un petit guide de démarrage rapide, très succin

L’installation est un jeu d’enfant. Grâce à sa batterie très endurante, nul besoin de la relier à la batterie de la moto. Il suffit de fixer l’appareil sur la moto, de façon apparente ou non, à l’avant ou à l’arrière et pas forcément à l’horizontale. Sur la coque arrière, sous la selle, sur le réservoir près de l’axe de direction, derrière l’araignée, les possibilités sont nombreuses.

En plus des fixations livrées, on peut aussi utiliser une vis de 6.35 comme pour un appareil photo ou, comme moi, à l’aide du velcro rigide 3M. Sur ma R6, la RaceBox est sous la selle, collée à l’ECU. La dernière version est de mettre la box quelque part et à la fixer solidement avec du scotch. L’essentiel c’est qu’elle n’ait pas de jeu.

Après l’installation, il s’agit d’initialiser la RaceBox. Tout se fait dans l’application gratuite, après avoir créé son compte. Grâce à ce compte, on retrouve tous nos temps sur n’importe quel périphérique connecté à internet, depuis l’appli ou depuis le site RaceBox.pro.

On commence par ajouter son véhicule à son garage. Ainsi, vos chronos seront classés quelque soit la moto utilisée. Il faut ensuite synchroniser la RaceBox dans l’onglet Devices. Puis, sélectionner la touche connect, pour qu’elle communique en local avec votre smartphone. L’appareil va proposer de se calibrer, ce qu’il faudra faire à chaque fois que la box est déplacée et au plus tard, avant de partir en piste.

La première calibration consiste à enregistrer la position d’origine de la box sur la moto. À l’arrêt, moto verticale sur un sol plat, il faut rester immobile le temps que l’axe X et Y soit initialisés. Puis l’appareil demande le calibrage de l’axe d’accélération et de freinage. Sur un paddock, il faut lancer la procédure, accélérer fort et freiner fort sur une courte distance.

Sans cette calibration, les données d’inclinaison av/ar ou g/d seront faussées donc impossible de s’en servir lors des analyses. Ces données ont leur importance, nous le verrons dans la suite.

Avec la RaceBox Mini, il fallait connecter, lancer le roulage et garder le téléphone sur la moto. Maintenant avec la Mini S et après la connexion, il suffit d’aller sur Standalone Recording puis Start recording. La box sera alors prête à enregistrer les déplacements à venir sur la mémoire embarquée. Attention à ne pas lancer l’enregistrement trop tôt et à rester immobile, pour économiser la batterie qui n’est plus prête à enregistrer après 40 minutes. Si l’attente entre 2 sessions est plus longue, arrêtez le système et relancer la captation. L’autonomie de la batterie est, elle, très longue : plusieurs mois en standby et largement plusieurs jours en utilisation.

Je pars une première fois en piste, dans le groupe débutant de cet organisateur; chacun est laissé à lui-même. J’ai attentivement regardé un plan de piste les jours précédents, mais je n’ai aucune notion de l’échelle des distances à parcourir ou des dénivelés qui m’attendent.

Habitué à trouver des vibreurs à l’intérieur de tous les virages, je suis un peu perdu et je ne regarde pas forcément au bon endroit. Je parviens à faire 5 tours complets avant de retourner au paddock. Une fois posé, il faut sortir son smartphone pour se connecter à la RaceBox, interrompre l’enregistrement standalone puis télécharger les informations de la mémoire vers le compte. Après téléchargement, il est alors possible de vider la mémoire de la box pour avoir suffisamment de place, mais ce n’est pas obligatoire.

Avant de regarder les données, maintenant que j’ai repéré le terrain, je préfère me faire expliquer le circuit par Léo, l’un des pilotes du Team Motosport aux 500 Miles. Une marque blanche ici, une passerelle, une cabine de commissaire, rester soudé en sortie pour aller freiner à l’extérieur, éviter la zone sale en sortie, passer sur les gaz pour la stabilité plutôt que lâcher et avoir des mouvements indésirables. Grosse collection d’infos à ingérer.

Première lecture des datas

Qu’ont donc donnés les datas de ma première session ? Un tout premier tour en 2:34 (j’allais chercher le pain) et un meilleur en 2:18.07. Voilà le point de départ pour mes séances à venir.

J’ai la chance d’avoir un télémétriste sous la main, il me montre des datas de championnat Supersport national d’une précision que je ne soupçonnais pas. Il me montre le genre de déduction qu’il peut automatiser en tenant compte des données brutes. Le nombre de paramètres mesurés est bien plus élevé que dans la RaceBox, mais le prix de son système est lui aussi bien plus élevé ! Mais les mêmes raisonnements peuvent s’appliquer avec la Mini S. Je repars en piste avec les infos de Léo pour ensuite faire des comparaisons.

L’interface pour consulter les données collectées sur l’application est simple et clair. Du bout des doigts, on découvre sa trajectoire sur la piste et des informations présentées différemment sur le site ou l’appli.

3 graphiques expriment chacun une donnée :

  • la vitesse de déplacement
  • le pitch vers l’avant ou l’arrière, par extension l’accélération et le freinage (la moto pique du nez au freinage et cabre vers l’arrière à l’accélération)
  • le basculement vers la gauche ou la droite, donc la prise d’angle.

On peut aussi consulter ses tours sur le site RaceBox, pour voir sur un écran plus grand par exemple. Les temps sont classés par date, peuvent être filtrés par circuit et par véhicule. Pour chaque session, on obtient un résumé : durée, nombres de tours bouclés, circuit, véhicule, meilleur tour, meilleur tour théorique, vitesse min/max, la pointe d’accélération et de G latéraux, la précision des relevés GPS, puis enfin le tour par tour. Dans le menu contextuel, on peut également ajouter des notes sur la session, par exemple ce qui a été essayé pour améliorer le temps.

Quelles comparaisons peut-on faire avec les données ? Quelques exemples avec la première session et la suivante. Un tour en 2:18.07 comparé à un en 2:09.57. Malheureusement il faut utiliser l’application pour comparer, ce n’est pas possible sur le site.

Attention aussi à bien choisir la façon de comparer les données : sur la base temps ou sur la base position. Plus on avance dans le tour, plus le décalage des graphiques rend la lecture compliquée en base temps.

Même si le tour en rouge est plus rapide, en bleu j'avais plus d'élan. C'est que je dois reproduire.
J'ai pris confiance et ai atteint une Vmax plus élevée.
J'ai commencé à repousser mon freinage sur le tour plus rapide. On le voit car la moto est droite au freinage.
Ma vitesse de passage dans la chicane Nürburgring n'a rien à voir.

J’enchaîne mes sessions en prenant chaque fois le temps de regarder où je me suis amélioré. Entrer plus vite, accélérer plus tôt, utiliser plus largement la piste, chaque détail a son importance.

Grâce à la courbe de Time Diff, on voit que j'ai gagné beaucoup sur le premier enchainement.
Mon tour plus rapide en bleu est bien plus linéaire en accélération.
Dans le gauche avant le lycée, en bleu je tourne plus longtemps avec moins d'angle, en rouge je tourne subitement avec plus d'angle.
La trajectoire rouge est plus proche de celle qu'on m'a conseillé, mais en comparaison de ces deux tours, c'est plus lent.

On peut passer une éternité à analyser ses données et le plus important reste d’être rigoureux et concentré en piste. Si possible, se souvenir des tours où on dépasse quelqu’un pour ne pas tenir compte de la trajectoire. Si possible, se focaliser sur un enchaînement à reproduire et améliorer sur toute une séance.

Présentation des données sur le site RaceBox.pro
Présentation des données sur l'app RaceBox.

La Racebox est un outil intéressant mais qui ne fait pas de miracle. Sans l’aide d’un autre pilote, j’aurais eu besoin de bien plus de sessions pour autant de progression. Grâce aux données sur son téléphone, il nous est possible de regarder ses tours avec quelqu’un qui ne nous voit pas sur la piste. Passer de 2:18.07 à 2:06.42 , ce sont 12 secondes de gagnées en 2 jours. Pour mettre ces temps en perspective, Federico Caricasulo se qualifie en 1:40.565 en 2022 sur ce même circuit en WorldSSP. Pour participer aux 500 Miles, il faut tourner en moins de 2 minutes. La marge de progression est encore très importante.

Le prix public de la RaceBox Mini S est de 249 EUR. Attention, si vous vous faites livrer en Suisse, DHL facturera la TVA et lèchera le fond de votre porte-monnaie pour couvrir les frais de gestion disproportionnés de CHF 20.46. Comptez recevoir une surprise qui coûte la bagatelle de 19.- de TVA en plus des frais de gestion.

Face à la concurrence, le prix est bien placé.  Mais attention à bien cerner vos besoins avant de concrétiser l’achat d’un tel appareil. Si c’est seulement pour suivre ses chronos entre chaque session, c’est tout à fait adapté. Avec les fonctions d’analyse rendues ludiques par l’application, il est possible de faire un certain nombre d’analyses.

Par contre, pour voir les différences de temps pendant le roulage, pour immédiatement voir si telle trajectoire ou point de repère a une incidence sur le chrono, la Mini ou Mini S ne suffira que si un smartphone est installé vers le tableau de bord. On peut aussi se tourner vers la RaceBox originale qui est dotée d’un écran.

Améliorer ses chronos grâce à la télémétrie demande du temps, ne vous y trompez pas. Analyser les données s’apprend, c’est probablement ce qui est le plus exigeant. Enfin, sans les conseils de pilotes plus rapides, exploiter les data est encore plus difficile. On en vient à essayer le basique mais efficace “Freiner plus tard, plus fort, remettre gaz plus fort, plus tôt” et regarder le gain sur la télémétrie. Un travail de fourmis.

Enfin, si l’objectif est de faire de la mise au point poussée de la moto, il faudra se tourner vers une télémétrie bien plus complète, qui tire les datas de l’ECU et des suspensions avec des capteurs dédiés. Pas du tout le même budget.

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