Publié le: 8 février 2023 par Phoukham Phothirath
Enduropale du Touquet 2023 – La plage, le sable et les courses au bout du voyage.

Voilà, c’est vendredi midi. Et on arrive enfin.

« Le Touquet » au bout de ce périple par Vaud, par monts, vignobles, cols et plaines. En ayant fait des tours d’un circuit en attente d’homologation (Mirecourt), et même en ayant franchi la frontière vers la Belgique (Chimay)… C’est donc cela, l’arène des futures joutes motorisées! Une bande de sable fin, balayée par les vents, de belles bâtisses et quelques barres d’immeubles en front de mer.

Je pose la voiture et on se dirige vers le front de mer, justement.

Les pilotes sont installés, ils s’activent avec leurs équipes: on dirait une fourmilière. Et, en effet, on arrive en plein dans les vérifications techniques pour les quads et les motos qui s’élanceront dans les courses du samedi. Tout cela m’est fichtrement familier, tout comme cela doit l’être pour le pilote que je retrouve bientôt et qui portera le dossard no. 664.

Vincent Pfister est pilote de courses de côte.

Il est rapide et régulier, puisqu’il a terminé ces deux dernières années à la place de vice-champion de France en Supersport (600cm3) au guidon de sa Yamaha R6.

Je connais Vincent depuis cette année, et on a pu se côtoyer et se tutoyer lors de courses communes au Championnat de France de la Montagne et au Swiss Moto Legend Trophy (auquel je participe avec ma Suzuki GSXR750 de 1988). On a pu ainsi bien discuter lors des manches du Petit Abergement (Ain) et celles de Frangy (Haute-Savoie), en France voisine. On a parlé de la course, de la gestion de la peur, du travail de concentration, de la sécurité. Du plaisir aussi et de cette ambiance si particulière de la « Côte ».

En ce début d’année, j’apprends que Vincent Pfister, le pilote de courses de côte, l’amateur des circuits, le motard éclectique, va participer à l’Enduropale du Touquet. Une course dans le sable. Certes mythique. Mais une course sur du sable des plages de la Mer du Nord. Et en Vintage. Cette formule a été lancée en 2015, à l’occasion du 40ème anniversaire de l’Enduro du Touquet et est nommée « L’Enduro Vintage Bernard Baudoux ». Depuis, elle connait un vif succès. Ce 8ème opus se déroulera le vendredi, sur une seule manche d’une heure, et les pilotes rouleront sur des motos d’avant 1996 (année incluse). La course affiche complet avec 700 participants qui se disputeront la victoire sur un circuit de 6,7 km. Pour rappel, la grande course, celle de samedi, se déroulera sur un parcours de 12.6 kilomètres et les pilotes devront s’affronter et affronter le tracé durant trois heures de course… Je vous assure que cela n’enlèvera rien au mérite de tous ces pilotes du vendredi.

Le garçon est éclectique, certes. Mais aussi, on le voit à chaque passage, c’est un dur à cuire, un dur au mal. Il serre les dents. Il en veut, il veut la finir, cette course.

Il ne lâche rien. Et finit par franchir l’arrivée. Coriace, tenace, le Gars. Et têtu avec ça!

On le retrouve après la course, dans le paddock coureur, immense et tentaculaire. Tout content de se retrouver, à faire des ronds dans le sable… On discute de sa course, on débriefe aussi avec le Papa. On se projette sur la Montagne, et le championnat 2023 qui nous gagne peu à peu.

 

La poussière est maintenant retombée. Et la fatigue de la course, un lointain souvenir: Vincent a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.

D’où t’est venue l’idée d’y participer ?

Je pense que l’engagement au Touquet vient de l’envie de découvrir les spécificités de chaque discipline. La principale pour moi est évidemment la course de côte, mais j’ai fait de la vitesse, de la vitesse ancienne, de l’endurance ancienne, du 25 power, des courses sur prairie, de l’enduro, du Supermotard, du flat track… (note de Foux : éclectique, le garçon !). C’est une idée qui date de plusieurs années mais avec le Covid, l’engagement a été décalé. L’Enduropale (note de Foux : la course principale, qui s’est déroulée le samedi cette année avec plus de 1’300 inscrits) je ne l’aurais pas fait, encore moins maintenant après l’avoir vue, mais le Vintage, c’est accessible : tu peux évoluer plus sereinement.

Quelle(s) préparation(s) pour le pilote et la moto, achat de moto?

La moto est une Yamaha WR 250 de 1992, un classique dans l’enduro. En gros, c’est une YZ (les modèle cross 2t de chez Yamaha) homologuée avec un gros réservoir, une boîte de vitesse typé enduro et des lumières. Elle a été achetée et restaurée en vue du Touquet, bon il ne reste que les plastiques vieillots d’origine mais pour le sable ça fait bien l’affaire. C’est une moto très polyvalente et agréable, même si elle n’est pas comparable aux machines modernes. Le pilote : pas d’entraînement spécifique au sable, c’était une totale découverte. J’ai pris un maximum d’informations avant et go. Et pas de préparation plus généraliste tout terrain : ayant récemment créé mon entreprise je n’avais pas le temps.

Quelles sont les difficultés de rouler sur le sable ?

Les difficultés du terrain, comme pour toute discipline, il faut savoir instaurer un rythme, pour l’utilisation de la moto, du terrain, de la gestion physique. Le sable ne te laissera pas une seconde de répit si tu ne l’apprivoises pas et tu seras très vite HS. En vitesse tu peux te dire aller je monte le rythme petit à petit sans risquer de tomber, mais le sable c’est presque l’inverse…

Le bilan de cette participation ? Tu reviendras ?

Heureux d’avoir enfin vu et participé à cet événement.

Après le premier tour que j’ai fait je t’aurais dit « plus jamais ça » mais finalement oui j’aimerais bien le refaire. J’ai vu beaucoup d’événements moto mais Le Touquet fait partie des plus populaires, et c’est une magnifique organisation. Maintenant côté Vintage, le règlement technique est un peu léger, c’est dommage que des motos soient mieux équipés que beaucoup de machines modernes, ça gâche le tableau et risque de démotiver des engagements futurs.

Ce que Vincent ne dit pas, c’est qu’il a franchi l’arrivée en 329ème position, sur les 700 pilotes au départ, en ayant effectué 4 tours sans passage au stand. Avant de conclure sur son mur FB, laconiquement : « sans entraînement, un enfer, super expérience ! ».

Respect.

Le vendredi reste encore à l’échelle humaine.

Mais rien ne m’avait préparé à la déferlante du lendemain quant au niveau technique des pilotes, la préparation des machines, le nombre de participants, la rigueur de l’organisation et, surtout, le nombre hallucinant de spectateurs… Une marée humaine, littéralement (comme le témoigne la vidéo ci-dessous). Une grosse claque.

À suivre aussi ci-dessous, quelques photos de la course principale.

GALERIE