Photos de Léandro Acquaroli et Motosport Genève.
Publié le: 5 August 2022 par Patrick Schneuwly
Vivez les 500 Miles de Magny-Cours avec Motosport Genève

L’équipe Motosport qui participe aux 500 Miles est là pour gagner, mais pas sur la piste. Ce qu’ils cherchent, c’est apporter de l’expérience en compétition à leurs apprentis mécaniciens et cette édition leur en a certainement apporté.

 

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Plongez dans les coulisses d’une course d’endurance de 6h organisée par FVP Moto sur le circuit de Magny Cours. Florent Picaud nous explique ce qui fait la particularité de cet événement puis c’est au tour de l’équipe Motosport de prendre la parole pour présenter leur projet.

Enfin, vivez la course en immersion du départ en pré-grille au passage de la ligne d’arrivée. On vous garantit qu’il y a eu rebondissement.

La genèse du projet

En 2019, 3 compères ont une idée saugrenue :

  • Laurent Huguenin, ancien directeur du garage Motosport devenu enseignant au CFP Technique pour les apprentis mécaniciens motos.
  • Flavio Tozzi, nouveau directeur du garage Motosport et ami de
  • Léandro “Léo” Acquaroli, ancien apprenti de M. Huguenin au garage Motosport et pilote moto dans son temps libre.

Et ces 3 là vont joindre ce qu’ils sont pour un projet. L’idée est de réunir des apprentis scolarisés au CFPT pour s’occuper d’une moto qui porte les couleurs du garage Motosport dans une course d’endurance de 6h. Les pilotes qui se relaient sont ceux nommés ci-dessus.

En 2019, ils sont allés jusqu’au bout. Flavio qui ne faisait pas le temps minimal requis au début du week-end, se qualifie d’un cheveu. C’est lui qui prendra le départ ce soir-là et franchira la ligne d’arrivée avec la CBR1000 6h plus tard.

2022, une course enrichissante

Avertissement, ce texte divulgâche le contenu de la vidéo ci-dessus.

FVP Moto, l’organisateur des 500 Miles de Magny-Cours s’était résout à ne pas avoir d’édition 2020 ou 2021. Après deux années blanches, il était temps de réunir à nouveau des équipes d’amateurs pour courir une endurance à la française ou à l’américaine. Quel est la différence ? La façon traditionnelle de partager une moto est dite “à la Française” alors que l’autre version demande seulement de passer le transpondeur d’une moto à une autre lors des relais.

La particularité des 500 Miles, c’est qu’il y a une fenêtre de chrono à respecter. Rouler en 39 ne vous servira à rien, lors des qualifications, tout chrono sous les 1:49 est supprimé. Et en course, vous avez un total de 8 tours jokers pour rentrer dans le cadre. Cependant, par sécurité, vous devez vous qualifier en 2 minutes maximum, pour qu’il n’y ait pas un écart trop important avec les pilotes les plus rapides.

Il y a au total 49 équipes engagées cette année, un beau plateau constitué d’équipes suisses et françaises, même de suisse allemande de par le public habitué aux sorties FVP Moto.

Arrivés jeudi sur les lieux, l’équipe Motosport s’installe dans le box n°31 qu’ils partageront avec l’équipe GBK Motos et leur R7 Turbo. L’entourage qui accompagne le projet s’installe sur l’un des parkings du paddock pour y mettre un camp de base entourés des camping-cars du groupe.

Les préparatifs vont bon train, entre réglage fin et optimisation de la CBR1000 n°13. Les sessions de roulage se succèdent avec régularité, ne reste qu’aux apprentis à réviser la moto pour qu’elle soit dans sa meilleure forme aux qualifications. Laurent et Léo se qualifient comme une formalité, Flavio est absent cette année malheureusement. A 18h30, ils prendront le départ de la 34e place. Un départ façon Le Mans, le premier pour Léo qui s’entraine sur le paddock.

Entrainement au départ le mans
Léo qui pratique les départ "Le Mans" avec Nathan, sur le paddock.
Moto démontée dans le box
Avant les essais, on révise encore une fois la moto.
Box 31 de Magny-Cours
Motosport partage le box 31 avec GBK Motos.

Rendez-vous à 18h15 pour la pré-grille

L’heure fatidique approche, le roulage libre se termine et la direction de course procède au contrôle de la piste. À 18h15, la pitlane s’ouvre pour permettre aux pilotes d’aller installer leur machine sur la ligne droite des stands. Aidés d’un mécanicien, ils installent leur moto côté box et partent tous pour un tour de formation. Une fois revenu à leur position de départ, le mécanicien maintient la moto alors que le pilote se rend au pied de la tribune, séparé de sa monture par 9 mètres de bitume.

La rampe de feux s’allume au rouge, la tension monte chez les pilotes, les équipes sont fébriles et les quelques spectateurs mettent de l’ambiance. Les feux s’éteignent. Les pilotes font un sprint dans leur cuir, sautent littéralement sur leur moto, démarrent et se ruent sous la passerelle pour commencer à décompter les 500 Miles qui sont à faire.

Léo prend un excellent départ et se fraie un chemin parmi les pilotes qui ont plus tardé à se mettre en mouvement devant lui. Les équipes rejoignent leur box, les équipes de panneautage s’installent, ne reste “que” aux pilotes à enchainer les tours.

Sur les écrans de chronométrage apparait l’information d’un drapeau jaune puis c’est Safety Car qui s’affiche. Une BMW fait irruption devant le peloton et l’incertitude monte dans notre box, tous les pilotes ont bouclé 2 tours, mais pas le transpondeur n°13.

Léo aurait chuté et n’est pas en état de continuer ? La moto ne roule plus pour une quelconque raison et il faut attendre que le pilote ramène la moto ? L’angoisse monte dans le box, on est inquiet pour le pilote et se pose des questions sur la moto. Ce n’est que 16 minutes après le départ que l’information tombe : le pilote va bien, la moto beaucoup moins, il faut aller la chercher devant le box 1.

Les apprentis courent chercher la moto et la ramène dans le box. Léo nous raconte qu’au second tour, le moteur a littéralement explosé. Il entend un gros bruit et la moto glisse. Il parvient à la tenir et débraye, pensant à un problème de chaîne ou de boite. C’est qu’une fois arrêté, sans tomber, qu’il constate une massive perte de fluide. Selon lui, la course se termine ici.

Le diagnostic est simple : le carter moteur est en dentelle et autant l’huile que le liquide de refroidissement sont sortis. La bielle semble clairement avoir cédé, la partie haute restant avec le piston dans le cylindre et la partie basse continuant à suivre le mouvement du vilebrequin. Seulement ce petit bout de bielle ne suit plus un mouvement rectiligne, il tourne en étoile autour de son axe, entrant en collision avec le carter en de multiples points. Ce morceau de métal agira comme une scie sauteuse et pulvérise le cater et la pompe à eau en un instant.

Bielle apparente du moteur CBR 1000

Le pilote est indemne, la partie cycle ou le châssis de la moto n’ont pas souffert et la moto de Flavio a fait le voyage comme “mulet”. La décision est prise : les apprentis vont faire un changement de moteur en pleine course. Daniel et Alexander démontent le moteur de la donneuse pendant que Charles et Nathan font de la place sur la n°13.

En 40 minutes, un nouveau moteur attend de jouer son rôle dans la course tandis que l’autre devient une curiosité sur le paddock. Une casse qui semble inexplicable. En 1h, le moteur de remplacement commence à être installé dans le châssis. Le soleil se couche, la course a commencé depuis 2h20 et les apprentis font le plein d’huile de la moto. 3h17 après le départ, le râle de l’Akrapovic se fait entendre dans le box 31.

Après 3h15 d’immobilisation dans le box, le travail acharné paye. Les apprentis ont bien fait mentir Léo qui annonçait prématurément la fin de l’aventure et remet son cuir avec entrain pour reprendre la piste. Tout le box et même les mécaniciens des box voisins font une ovation aux 4 valeureux ouvriers.

Avec un seul tour bouclé, Motosport Genève est dernier du tableau d’affichage. Mais il y a encore 2h30 de course, minimum ! De quoi refaire son retard sur d’autres concurrents qui sont dans les box après avoir terminé une trentaine de tours. Retour au stade où les pilotes n’a qu’à vider le réservoir pour venir le remplir.

Après 2 tours Léo revient, il y a une fuite d’eau quelque part mais ceci est vite réglé. Un dernier contrôle et cette fois il part pour terminer le relais qui doit faire 28 tours. C’est ensuite à Laurent de se lancer dans son premier relais. Lors du démontage/remontage, une vieille blessure s’est mise à le faire souffrir, il boite un peu mais peut piloter la moto. Après quelques tours, il revient à nouveau dans le box, Léo s’inquiète d’avoir à repartir en urgence. C’est sans compter sur la pugnacité de Laurent qui avait une grosse éclaboussure sur l’écran de son casque qu’il vient nettoyer et repartir en piste. Il boite tout de même bien bas. Ça ne l’empêche pas de remonter en avant dernière position au classement.

À la fin de son relais, c’est aidé des apprentis qu’il descendra de la moto, le devoir accompli. Il serre les dents, va s’asseoir dans sa chaise pour se déséquiper et plaisante déjà avec le reste de l’équipe. La mission de Léo est maintenant de faire pratiquement un relais complet avant de franchir la ligne d’arrivée.

Minuit 32, le leader a bouclé son 181e tour et la direction de course décide de présenter le drapeau à damiers pour mettre un terme à cette course tandis qu’ils découvrent une trace d’huile en pleine courbe. Léo passe la ligne d’arrivée et l’ensemble des équipes a fait fi de la restriction du nombre de personne au muret pour fêter l’arrivée de leur pilote.

Engagé dans cette course pour l’expérience et non pour la victoire, ramener la moto après avoir opéré un changement moteur, voilà la victoire que venait chercher l’équipe Motosport. Charles, Nathan, Alexander et Daniel ont fait un travail remarquable et leur abnégation sera récompensée par FVP Moto au travers du prix du mérite.

Ces jeunes apprentis mécaniciens n’ont pas compté leurs heures pour faire fonctionner une moto, vivre l’endurance depuis l’intérieur. Ils n’ont pas eu de chance, ils ont cassé un moteur (dans le premier tour, ndlr.). En fin d’après-midi, ils avaient deux moteurs par terre et là ils sont arrivés au bout de la course. J’espère qu’on les croisera sur les paddocks encore longtemps !”

Invités sur la première marche du podium, il a fallu aller les chercher dans le box où ils rangeaient le matériel, toujours fidèle à leur mission. Ils reçoivent alors une ovation des autres participants de la course et cette belle aventure se terminera avec des vêtements imbibés de champagne, car ils ont eu leur victoire.

Coupe du mérite

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