ESSAI
À 660 cm³, la concurrence s’est durcie ces dernières années. Triumph devait redonner de l’air à ce moteur, et les 95 ch obtenus replacent la Tiger Sport en bonne position dans sa catégorie. Mais au-delà des chiffres, c’est l’attention portée à la vocation touring de la machine qui caractérise cette évolution.
Le moteur
Le triple 660 cm³ a été profondément revu. Nouvelle culasse avec soupapes d’échappement agrandies et profil de came à levée accrue, passage à trois corps d’injection individuels de ø43 mm, un par cylindre, nouvelle cartographie, boîte à air agrandie et radiateur repositionné. La puissance grimpe à 95 ch à 11’250 tr/min, le couple atteint 68 Nm à 8’250 tr/min, avec 80 % de cette valeur disponibles dès 3’000 tr/min jusqu’à quasi 12’000 tr/min. Le régime de coupure est repoussé à 12’650 tr/min, soit 20 % de plus qu’avant.
Sur route, le moteur est souple et utilisable en bas, avec une vraie vivacité quand on pousse vers le haut. La plage d’utilisation est large : on peut rouler un rapport au-dessus sans que ça peine, et la montée en régime récompense ceux qui cherchent à s’amuser. Le son de triple reste l’un des atouts distinctifs de la marque, enrichi par la nouvelle admission à trois corps individuels. L’embrayage slip & assist réduit l’effort au levier, la boîte six rapports est précise et agréable, et le quickshifter recalibré fonctionne proprement dans les deux sens.
La transmission finale est en 16/51, avec une première plus longue qu’auparavant, ce qui favorise le confort autoroutier. Le régulateur de vitesse se connecte dès 30 km/h en deuxième, avec une fonction one touch bien pensée qui se révèle particulièrement utile sur les longs trajets. Sur les autres Triumph, il faut dépasser 50 km/h en 3e pour l’activer et on ne descend pas en dessous de cette vitesse.
Ce que Triumph a vraiment changé
Pour la distinguer de la Trident, la marque a conçu la partie cycle bien différement. La boucle arrière du cadre a été entièrement redessinée pour mieux accueillir les valises et améliorer le confort passager. Le bras oscillant est légèrement plus long, environ deux maillons de chaîne, et la fourche est plus verticale, ce qui modifie subtilement la géométrie et participe à la stabilité en charge. Les débattements atteignent 150 mm des deux côtés, la fourche inversée Showa ø 41 mm à l’avant et l’amortisseur Showa à l’arrière, ce dernier recevant un réglage de précharge hydraulique déporté, pratique pour ajuster rapidement la mise en charge sans outillage.
Le réservoir gagne 1,5 litre pour atteindre 18,6 litres, un argument concret pour une machine dont l’autonomie est un critère d’achat. Les nouveaux habillages latéraux modifient les flux d’air pour plus de confort. Les supports de valises sont intégrés et offrent 57 litres au total si vous y succombez, sans perdre de volumet côté échappement car le silencieux est cantonné sous le moteur. Le top-case peut accueillir deux casques intégraux. Avec les trois corps d’admission, Triumph a travaillé pour préserver la largeur ressentie de la moto malgré ces évolutions de carrosserie. On garde les genoux assez proches l’un de l’autre autour du châssis et du réservoir.
Au guidon
En ville, la Tiger Sport se montre maniable malgré ses 211 kg tous pleins faits. La selle à 835 mm, avec une option à 810 mm, est compensée par la finesse de la moto à l’entre-jambes. Les manœuvres à basse vitesse ne posent pas de problème particulier, et la douceur de la boîte facilite les départs en trafic dense.
Sur route sinueuse, la Tiger Sport se révèle neutre et rassurante. Elle suit la trajectoire sans effort, sans sous-virage notable, sans demander à être placée de force. Le train avant inspire confiance. La suspension avant souple fait son travail d’absorption correctement ; mais elle plonge au freinage et remonte à la relâche, ce qui m’a perturbé comme en 2021. Passé un court temps d’adaptation, tout le monde vivra bien avec. C’est le comportement cohérent d’une fourche calibrée pour le confort sur la durée et pour encaisser de la charge. C’est aussi le setting que Triumph juge le plus adapté à une moto destinée à un nouveau motard.
Les freins, deux disques de ø 310 mm à l’avant avec étriers deux pistons Nissin, manquent de mordant initial. La course morte avant que la puissance arrive invite à anticiper davantage qu’à mon habitude. L’ABS sur l’angle, géré par l’IMU six axes, intervient tôt. Sur une machine de ce gabarit et de cette vocation, on adapte naturellement son style de conduite, on dose plus progressivement, et la gêne s’estompe vite. Ce n’est pas le point fort du package, mais ce n’est pas non plus ce qui définit la moto.
Protection et confort
C’est ici que la Tiger Sport révèle sa cohérence. Le saute-vent, réglable d’une main sur 86 mm de course, offre une protection sérieuse. Le réglage se fait sans quitter la route des yeux, et la différence entre position basse et haute est immédiatement perceptible sur le torse et les épaules. Pour des journées entières en selle, c’est un avantage concret que l’on apprécie dès les premières heures.
La selle est plus large que sur les générations précédentes, et le séant s’y pose mieux. Combinée à la position légèrement verticale et au guidon bien placé, la Tiger Sport tient ses promesses sur la durée. L’affichage combine un écran LCD et un TFT couleur ; visuellement le mariage est critiqué, mais c’est lisible et fonctionnel. La connectivité MyTriumph, navigation, musique et appels, est de série. Les clignotants automatiques complètent un niveau d’équipement électronique complet pour la catégorie.
Côté couleurs, l’Interstellar Blue est la teinte mise en avant par Triumph pour les visuels de lancement. Elle attire l’œil, mais le Silver Ice avec Intense Orange et le Pure White trouveront sans doute leur clientèle en concession.
Ce qu’on retient
La Tiger Sport 660 2026 est une machine dont la cohérence avec sa vocation a progressé à chaque point. Le moteur est plus vif et plus plaisant, la protection au vent est sérieuse, le confort en selle tient la distance, et la capacité de chargement est réellement utilisable pour un voyage une fois les valises posées. À CHF 10’295.- en Suisse, elle s’impose comme l’une des sport-tourers A2 les mieux équipées de sa catégorie, avec un moteur trois cylindres que personne d’autre ne propose à ce tarif.
GALERIE
BILAN
ON A AIMÉ :
Fougue du moteur 3 cylindres
Nouvelle face avant réussie
Deux valises symétriques
Régulateur de vitesse actif dès 30 km/h en 2e
ON A MOINS AIMÉ :
Compression et rebond de fourche peu freinés
