Publié le: 24 novembre 2022 par Patrick Schneuwly
Découverte du stage Enduro Park Lastours en BMW R 1250 GS

Avec le dynamisme du marché des maxi-trails, on est sans cesse abreuvé d’images de voyages au bout du monde fait par les nouveaux modèles. Mais en réalité, seule une toute petite partie des motos vendues vivront ceci avec les clients.

BMW Motorrad est la marque qui prend le plus à cœur le fait d’expérimenter les limites du pilote et peut-être de la machine. Avec son réseau d’Enduro Park à travers l’Europe, il est le constructeur le mieux représenté du marché.

ÉVÉNEMENT

Une présentation d’un maxi-trail passe forcément par la diffusion d’une vidéo où la moto saute, prend des virages en glisse et traverse des déserts de sable ou de cailloux. Savoir que la moto en est capable c’est bien, on vend un peu de rêve au client. Mais lorsque l’on veut mettre sa moto en situation, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué.

C’est sur ce principe là que BMW a développé ses Enduro Park. Des sites dédiés à la pratique du maxi-trail avec une infrastructure adaptée et des instructeurs qu’ils sélectionnent, forment et diplôment eux-mêmes.

L’Enduro Park Lastours se trouve dans l’Aude, à proximité de Narbonne dans le Sud-Ouest de la France. C’est une région vallonnée, à 1h des Pyrénées et à un jet de pierre de la méditerranée.

Le site accueille toutes sortes d’activités motorisées de plein air, tel que buggy, 4×4, voire même des constructeurs automobiles qui viennent tester des prototypes secrets dans la caillasse. Lorsque j’y étais, Romain Dumas procédait à des essais de son Toyota Hilux préparé pour le Dakar 2023. On ne l’a pas vu, mais on l’a bien entendu passer pied dedans sur les pistes du haut plateau.

L’activité qui nous intéresse, c’est l’initiation et le perfectionnement au pilotage de maxi-trail en tout-terrain. Même si on peut y participer avec sa moto personnelle, c’est plus simple de louer une des nombreuses BMW R 1250 GS sur place pour effectuer le stage. Il y a aussi des F750 et F850 GS ou la possibilité de réserver une 1250 avec le châssis bas.

Récit d’un week-end d’aventure

Ce qui m’a fait franchir le pas, c’est l’opportunité de me joindre au groupe de Facchinetti Motos pour passer le week-end au Château de Lastours. Après plusieurs années à aller à Echlingen, ils ont décidé de se rendre dans le Sud de la France pour proposer le stage en français. Rendez-vous le vendredi matin pour un départ groupé dans deux minibus. Nous sommes 14 participants dont 2 femmes qui participent pour la deuxième fois.

Le domaine est pas mal isolé, c’est pourquoi nous nous rendons à Narbonne pour un bon repas. Notre guide a déjà parcouru la région et a sélectionné un restaurant qui satisfera les infatigables carnivores. C’est l’ancien rugbyman international Franck Tournaire qui a ouvert son restaurant dans sa ville natale. Les portions sont à l’échelle du régime du sportif, entrecôte 400g, côte de veau 650g, côte de boeuf 1.2kg… On n’est pas sur un site gastronomique, mais c’est une bonne adresse. Le patron est disponible et chaleureux, il a bien réussis sa reconversion.

Samedi matin…

Nous faisons la connaissance de Bruno, Claude et Victor nos 3 instructeurs. Ils sont tous du cru et on est forcément porté par l’accent du Sud-Ouest. Il y a aussi Manon qui s’occupe de la partie administrative. Après avoir signé les papiers, il est temps de s’équiper et certains prennent possession d’un équipement en location. Tout, sauf le casque et les gants, se trouve sur place. Il faut impérativement avoir des bottes hautes pour participer (idéalement pas trop touring).

Puis nous recevons chacun une moto assignée. Au parc, il y a des F750 et F850 GS mais nous avons tous pris une 1250 GS ou GS Adventure. Sur demande, ils ont aussi des motos avec l’option d’usine châssis bas. Chacun devrait y trouver moto à sa taille.

Le coût de location à la journée n’est pas négligeable, mais c’est le coût de la tranquillité d’esprit. Les motos sont là pour s’exercer, elles sont protégées avec les arceaux et demi-coquilles, elles ont toutes des jantes à rayons avec des pneus à crampons. La plupart des leviers ont été raccourcis par un précédent stagiaire, des clignotants pendent ou manquent, mais rien qui n’empêche de rouler.

Bien que l’on dépose une caution de 2000 EUR pour la moto, celle-ci n’est pas entamée à la première perte d’équilibre à l’arrêt. Pour engendrer des frais, il faudrait avoir ignoré les consignes des instructeurs avant de causer des dégâts. Là, la facture peut grimper.

On se dirige d’abord vers une grande place d’exercice plane. On contrôle rapidement les pressions des pneus à 1.8 devant et derrière, malheureusement, mon pneu avant a une mèche qui fuit. Ça commence bien ! On répare en quelques minutes et les ateliers commencent.

Première chose, mettre la moto sur son point d’équilibre et en faire le tour tout en la maintenant à la main. Puis on recommence avec le guidon en butée, où on trouve plus de stabilité. On continue avec un slalom où les cônes sont toujours plus écartés, pour s’habituer à déhancher à l’opposé pour incliner la moto et tourner plus court.

A partir de là, on est divisé en 3 groupes, selon les niveaux et objectifs de chacun. Mon groupe continuera le slalom et travaillera aussi le 180° ainsi que le 360°. Il ne s’agit pas de freestyle en l’air, mais de tourner le plus court possible entre des cônes qui, poussés par le vent, se rapprochent (un vent qui ne souffle qu’ici, il s’appelle Victor). Malgré les bons conseils et les tentatives, je n’y arrive pas. Constat d’échec un peu amer, ce sont des gestes nouveaux qui me semblent à l’opposé de ce que je fais normalement.

Il faut décaler son corps à l’opposé du virage, caler la selle dans le creux du genou et bien décaler les épaules sans s’affaisser sur le guidon. Le poids doit être sur le repose-pied extérieur. Tout ça, c’est dans la théorie, en pratique je n’aligne pas les briques.

Pour l’exercice suivant, on se rend sur la piste « Andros » en terre pour prendre de la vitesse. L’objectif est de faire un freinage d’urgence en ligne droite en faible adhérence. Le risque est de perdre l’avant en influant trop sur la direction, pour l’éviter on déplace son poids sur l’arrière et on tourne ses coudes vers le haut pour que le guidon reste bien droit. Ne comptez pas sur la force de vos bras, vous pousserez toujours plus fort d’un côté ou de l’autre.

Lorsque l’on freine de toute notre force avec le frein avant, c’est là que la magie de la R 1250 GS opère. Donc ne testez pas ceci avec une autre machine, sous peine de finir au tapis. La moto va automatiquement répartir la force de freinage av/ar et si l’on touche à la pédale de frein, la pression augmentera à l’arrière, donc mieux vaut ne pas s’y risquer. L’ABS va éviter de bloquer les roues et tout va bien se passer.

Lancé à 50 km/h, on regarde droit devant et à la hauteur de l’instructeur, on pile. Premier passage, à tout juste 35 km/h, je fais un freinage tout timide… J’ai laissé mon courage sur la ligne de départ. Deuxième et troisième passage, je monte crescendo et prend confiance en la moto. Vraiment bluffante.

Il est déjà midi et donc temps de se rendre vers le lieu de pic-nic. On est à la limite du domaine et en contrebas du château, près d’une réserve d’eau. Les 14 stagiaires ont comme un creux et ne laissent aucune chance au buffet.

Le début d’après-midi se déroule sur un nouveau site d’exercice à flanc de coteau. Dans une petite clairière, on pratique la montée et la descente en sécurité. Tout d’abord s’arrêter en sécurité dans une côte si on ne peut plus avancer. Bloquer le frein avant ne sert à rien, car on est incliné en arrière et la roue avant est délestée : donc elle glisse.

Ce qu’il faut faire, c’est éteindre le moteur avec le coupe-circuit et ne toucher à aucun levier. Ainsi la roue arrière se plante dans le terrain, le moteur bloque sa rotation. Pour descendre, on vient au point de patinage pour mettre la moto en mouvement. Arrivé juste avant le creux de la pente, là où nos jambes deviennent trop courtes pour toucher le fond au début de l’appel, on choisit de quel côté tourner le guidon, on cale bien la moto sur la jambe intérieure et on lui redonne du mouvement avec l’embrayage.

Pour une montée, on doit mettre une louche adaptée de gaz avant la montée. Pas trop pour avoir une vitesse adaptée au sommet, assez pour ne pas devoir remettre des gaz dans la pente. Sur une longue pente, on peut garder le filet pour arriver au sommet, mais c’est un moment inadapté pour accélérer brutalement sous peine de perdre la motricité.

En descente, le frein moteur n’est pas forcément un allié. 11 km/h c’est parfois trop, donc on empreinte les déclivités embrayage tiré et en freinant. L’ABS gère le blocage et la répartition freine également de l’arrière.

On pratique ces techniques sur trois pentes toujours plus difficiles, avec une grande descente où l’on tient à peine débout pour couronner le tout.

Pour le reste de la journée, notre groupe part en balade sur le domaine. Les premiers kilomètres se passent bien, je me revois au Portugal avec Triumph ou avec Bridgestone en Espagne. Le terrain est sec, pour l’instant pas trop meuble et les enseignements du matin m’ont donné confiance.

Au fur et à mesure, les premières difficultés se présentent. Avec des virages plus serrés, des pentes plus importantes mais surtout ma hantise : les pierres roulantes. On cumule les trois et j’ai quelques sueurs froides, mais je ne poserai le pied que de rares fois, sans jamais choir de la moto.

De par la présence de Romain Dumas en test avec son Hilux, on doit contourner la piste d’essai du plateau. On l’entend avoiner furieusement sans jamais le voir. Le chemin qu’on emprunte contourne la piste et nous amène à la place qui surplombe le domaine, au pied de plusieurs éoliennes. Il y a même un petit bâtiment abandonné, ouvert aux quatre vents, qui était un musée de l’éolienne. De mémoire de guide, Victor ne l’a jamais vu en activité.

Au départ du deuxième jour…

On commence par tourner comme dans un manège de chevaux mécaniques en faisant des exercices de changement d’appui en mouvement. Retirer une main, l’autre, un pied et l’autre. Plus difficile : passer la jambe par-dessus de chaque côté. Et là je me perds, quand sur le repose-pied gauche Claude a son pied droit, idem de l’autre côté.

Passer le pied par-dessus, descendre de la moto en marche, continuer à côté puis remonter dessus. Les pas de danse sont difficiles à comprendre. Je réussirai néanmoins la dernière étape avec les deux genoux sur la selle.

La suite nous réserve de la maniabilité avec des obstacles à monter/descendre. D’où l’importance de bien juger la louche de gaz à mettre avant une pente, pour réussir à changer de direction en haut. Les portes à prendre sont assez proches, je me revois la veille essayer de tourner court. Notre instructeur me consacre du temps pour corriger ma position en roulant et là je parviens à prendre des trajectoires plus serrées.

L’exercice suivant s’appelle les parallel logs, c’est une simulation d’ornières en ligne droite. Pour parvenir au bout, il faut éviter que la roue avant ne vienne attaquer le bord avec la bande de roulement. Si cela arrive, la moto est déstabilisée, la roue arrière a bien plus de peine à quitter l’ornière et donc la moto y revient et envoie son pilote au tapis.

Quand on s’y engage, on amène le poids du corps sur l’arrière, le regard au loin et les mains légères sur le guidon pour permettre à la roue de juste ricocher sur les bords et continuer dans la direction du regard. L’ornière courte semble à ma portée, la longue me fait un peu peur et pour la première fois du stage, je préfère rester en retrait plutôt que de prendre un risque. Tous les ateliers sont proposés et non imposés. Chacun prend ses décisions.

Je n’ai pas digéré mon échec de la veille, rater le 180° me pousse à le retenter aujourd’hui. Je viens de passer des portes bien écartées, je veux réussir. Trois tentatives et je réussis le 180° à gauche, deux de plus et je le fais à droite. J’enchaine même sur un 360° à droite et là : je suis fier de moi.

Le 4×4 du Dakar est parti la veille, c’est l’occasion de prendre des chemins plus compliqués qu’hier pour rejoindre le plateau. J’ai cru partir dans le décor plusieurs fois, mais suis resté en selle. Une interminable descente en ligne droite se transforme ce matin en une montée marathon où il faut garder sa vitesse pour arriver au bout. Les chocs avec les cailloux sont violents, mais je maintient le cap et parviens finalement au sommet.

Sur le chemin du repas de midi, on prend une dernière montée précédée d’un virage. Trop généreux en gaz avec le guidon encore bien fermé, l’arrière de la moto se dérobe et je me vois déjà m’étaler lamentablement à 15 m du restaurant. Je reste concentré sur ma trajectoire, redresse la moto et remet finalement les deux roues dans le même axe.

Au programme de l’après-midi, on part à 17 GS en direction de la plage. Par les chemins des écoliers, on en a pour deux heures de route. Victor ouvre la voie, Bruno ferme la marche et Claude balise les difficultés qu’on pourrait rencontrer. Pour ne perdre personne, on roule en tiroir ce qui est efficace et on avance à bon rythme.

Entre vignoble, forêt de pins et plateau de carrière, les paysages sont superbes. Les marais salants à mi-chemin de la mer qui est à l’horizon nous indiquent que l’on n’est pas encore arrivés à destination. Légalement, on peut stationner sur la plage, donc pour rouler un peu dans le sable on ira stationner le plus loin possible… Malheureusement, c’est très mal vu de faire des ronds ou de se tanquer dans le sable.

Pour rejoindre le domaine sans reprendre le même chemin, le groupe suit un itinéraire à travers les routes des Corbières. Pour économiser les Michelin Anakee Wild, on utilise le mode pluie. Avec une arrivée très progressive d’une part réduite de couple et de chevaux, on parvient à ménager sa gomme mixte en liaison.

Seulement le mode pluie semble avoir attiré les ondées et l’on se fait rincer dans les reliefs. Avec mon casque et mes gants cross je déguste, heureusement j’ai des poignées chauffantes. Mais j’ai goûté au tout-terrain, je profite de chaque bout de chemin emprunté car je sens que la fin du stage approche.

On revient à notre point de départ, la tête pleine de souvenirs et d’enseignements pour rouler en tout-terrain avec une GS. Je pense que chacun est capable de faire ce que l’on m’a appris durant ces deux jours. Ce sera un perfectionnement utile à tout motard, même pour qui ne prévoit pas de quitter la route en temps normal.

Tout au long du stage, notre guide transportait notre gourde en alu nominative pour s’hydrater autant que nécessaire. En quelques heures, elles ont déjà quelques traces de vécu. À la fin, on repart chacun avec sa bouteille ainsi qu’un certificat de cours accompli, une pochette avec des autocollants et un porte-clés.

Pour participer à votre tour, le parc communique les dates de cours ouverts sur sa page Facebook, son site internet est en maintenance. Il y aura deux stages 100% féminins en 2023, pensez-y mesdames. Les dates s’étalent généralement entre mars et novembre.

L’autre façon de participer, c’est de se procurer une box expérience Enduro Park dans une concession BMW Motorrad. Votre agent saura vous renseigner pour en obtenir une. Certains, comme Facchinetti Motos, organisent un voyage en groupe comme celui auquel j’ai participé. Une occasion de rencontrer d’autres motards de votre région.

Le tarif est de 549€ par participant, hors moto ni équipement en location. Au travers du garage Facchinetti Motos, avec le transport, la moto, l’hébergement en chambre partagée, les repas samedi et dimanche (hors boissons), la place coûte CHF 1’080.-, CHF 1’300.- dans une chambre individuelle.

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