Publié le: 18 septembre 2026 par Patrick Schneuwly
Sena Phantom ANC – Casque touring à annulation active de bruit

Il y a de nombreux paramètres à considérer lorsqu’on choisit un casque et le confort acoustique en est aussi un. Sur de longs trajets, une bonne isolation phonique réduit souvent la fatigue. C’est sur ce crédo que le Sena Phantom ANC veut faire une différence. Dans la jeune gamme des casques à intercom intégré de la marque, c’est le premier avec annulation active de bruit. Est-ce aussi efficace en moto que ce qui s’est démocratisé dans les transports au quotidien ? C’est d’abord lié à la forme de tête du pilote.

ESSAI

Un casque intégral qui intègre visière solaire, éclairage avant et arrière, système de communication mesh de dernière génération, connectivité bluetooth, et par-dessus tout une réduction active du bruit ambiant. Sur le papier, le Sena Phantom ANC coche beaucoup de cases du casque de longue distance. Après quelques temps d’utilisation sur des motos très différentes, un constat s’impose : les effets sont notables et prometteurs, à condition d’avoir la bonne morphologie.

Avant d’entrer dans le détail du produit, un point mérite d’être posé, car il structure toute la démarche de Sena. Pour lancer sa propre gamme de casques, la marque, longtemps identifiée aux intercoms externes, n’a pas confié la production à un sous-traitant générique. Le groupe a racheté un fabricant de casques établi, avec pour objectif d’imposer ses propres standards de conception et de contrôler l’intégration acoustique et électronique de bout en bout. Ce n’est donc pas une opération ponctuelle ni un produit d’appel isolé. Sena s’inscrit dans la durée sur le segment du casque intégré, avec la volonté d’en devenir un acteur crédible face aux marques historiques. Le Phantom ANC est le premier jalon visible de cette stratégie industrielle, et il faut le lire dans cette perspective.

La plupart des motards équipent leur casque avec un intercom monté a posteriori, avec haut-parleurs à repositionner sous les mousses et un boîtier sur le côté. Sena inverse le raisonnement : sur le Phantom ANC, l’électronique, les micros et les chambres acoustiques sont pensés dès la conception de la coque en composite fibre de verre. Rien ne dépasse, la répartition des masses reste symétrique, et une fois l’appairage effectué avec l’application Sena Motorcycles, l’ensemble fonctionne sans aucune manipulation supplémentaire.

L’homologation ECE 22.06 et la boucle Double-D placent d’emblée le produit dans le registre du casque touring sérieux. Le poids annoncé est de 1’650 ± 50 g en taille M ; un exemplaire pinlock inclus atteint 1’716 g. Ce n’est pas un poids plume, mais l’équilibre est bien géré et se traduit par une sensation moins lourde que ce qu’un casque avec tant d’équipement pourrait suggérer.

La forme de tête, ce critère qu’on oublie de vérifier

Sur ses fiches produits européennes, Sena décrit la forme intérieure de son Phantom ANC comme intermédiaire ovale. C’est la morphologie la plus répandue en Europe, mais elle est loin d’être universelle. Trois grands profils de tête existent, et savoir dans lequel on se situe change radicalement l’expérience d’un casque, en particulier lorsqu’il embarque une réduction active du bruit qui doit parfaitement se placer sur les oreilles. La tête ronde présente une largeur et une longueur du crâne quasi équivalentes. La tête intermédiaire est légèrement plus longue que large, avec une répartition qui correspond à la majorité des Européens. La tête longue, elle, est nettement plus longue que large, avec des tempes étroites qui laissent souvent de l’espace latéral dans un casque conçu pour une forme intermédiaire.

Pour se situer sans matériel, il y a une méthode simple et intuitive : passer les mains sur les tempes en remontant vers le sommet. Si les tempes semblent bomber, la tête est plutôt ronde ; si le crâne remonte droit et étroit, elle est plutôt longue. Un indice indirect fonctionne également : un porteur habituel de casques Shoei sans compression aux tempes se situe généralement dans l’intermédiaire, tandis qu’un utilisateur qui trouve toujours ses Arai plus confortables que les autres marques est probablement long ovale.

Cette digression n’est pas anecdotique. Sur le Phantom ANC, la performance réelle de la réduction active dépend directement de l’étanchéité acoustique autour des oreilles, et cette étanchéité dépend elle-même de la façon dont la coque épouse la tête sur les côtés. Une tête intermédiaire ou tirant sur le rond obtient un contact latéral franc, et les mousses viennent plaquer les coquilles acoustiques contre les tempes. Le microphone et le haut-parleur se retrouvent au bon endroit, à la bonne distance de l’oreille, dans une chambre relativement étanche. Une tête longue laisse au contraire du jeu sur les côtés. Les coquilles s’écartent des oreilles, l’étanchéité disparaît, et l’algorithme doit travailler sur un signal beaucoup plus perturbé.

Ce que l’ANC promet, ce qu’il tient

L’expérience sur un roadster équipé d’un saute-vent a été la plus concluante. En position droite et sans ANC, le niveau sonore est celui d’un intégral touring standard. Derrière la bulle, le bruit chute déjà nettement. Une fois l’ANC activé, le niveau baisse encore, et il devient possible d’identifier quelles fréquences le système filtre. Les graves persistantes du vent reculent, tandis que le sifflement plus aigu peine à disparaitre. Sur certaines motos, une partie du bruit moteur est également atténuée, ce qui peut soulager lors des longues étapes autoroutières. Sur le scooter sans pare-brise, en revanche, l’écart entre ANC actif et inactif s’amenuise clairement. L’exposition frontale du casque au flux d’air perturbe le travail du système, dont l’algorithme doit gérer un signal en variation permanente. Ce n’est pas une défaillance du produit, c’est une limite physique de la technologie : la réduction active se comporte mieux dans un environnement acoustique stable que dans un flux turbulent.

Un phénomène plus curieux est apparu ponctuellement à l’utilisation : un léger crépitement dans les haut-parleurs, uniquement à certaines vitesses et lorsque j’avais la tête tournée. Le comportement semble lié à une infiltration d’air dans la chambre acoustique de droite. Des confrères en ont aussi fait part, j’imagine que c’est lié à la conception, comme le paragraphe précédent.

Là où le Phantom ANC excelle en revanche, c’est dans la cohérence de son ensemble. Le système Mesh 3.0 offre une communication intergroupe fluide, avec jusqu’à 24 participants en groupe privé et une portée annoncée de 2 km en champ libre. Dans la pratique cependant, quelques centaines de mètres suffisent à se déconnecter. Le mode ambiant, activé par pression longue sur la touche ANC, restitue les sons extérieurs par les haut-parleurs internes de manière très naturelle. À la station-service ou à un feu, la conversation devient possible sans retirer le casque et sans donner l’impression de parler à travers un oreiller. Ce mode est incompatible avec l’ANC actif, mais il n’est pas conçu pour être utilisé en roulage. D’ailleurs, si vous l’oubliez, croyez moi que vous le saurez !

L’éclairage intégré, avant et arrière, avec un feu arrière qui augmente en intensité automatiquement en cas de décélération détectée, ajoute une couche de visibilité en environnement urbain. Ce n’est pas un système couplé à la commande de frein, mais un capteur autonome qui interprète les mouvements. L’éclairage avant n’est pas anecdotique, la première fois qu’on est garé hors localité sans éclairage, il est extrêmement pratique ! Pour insérer une clé dans un antivol, par exemple.

L’application Sena Motorcycles gère l’appairage, les mises à jour sans-fil et la configuration ; tout fonctionne de manière transparente. L’assistant vocal « Hey Sena » permet de piloter volume, musique, téléphone et fonctions Mesh, mais pas l’ANC ni l’éclairage. Quand on l’utilise, il faut attendre que le casque soit en attente de l’instruction pour dire l’ordre. Reste à mémoriser les mots exacts à prononcer pour obtenir ce que vous voulez. Avec la vitesse et les bruits de vent, la détection devient de facto moins efficace.

Une autre application fonctionne avec les intercoms Sena : Wave. Elle permet de grouper des utilisateurs via internet sans limite de distance pour discuter avant d’être à portée du Mesh. La qualité n’est pas exceptionnelle, surtout comparée à d’autres services de communication en ligne, mais elle a le mérite de faciliter le regroupement avant la balade.

Deux points d’ergonomie reviennent également à chaque utilisation. Le premier concerne la mise en place du casque : les oreilles doivent être repositionnées manuellement dans les coquilles acoustiques à chaque enfilage, faute de quoi elles se replient et créent des points de pression désagréables. Le geste devient une habitude, mais reste peu élégant, surtout sous la pluie ou avec des gants humides.

Le second concerne la visière solaire interne, qui descend proprement avec le bouton au sommet du casque, mais reste trop courte à mon sens ; surtout sur les côté. Selon la morphologie du visage et la position de conduite, sa base peut apparaître dans le champ de vision. La touche ANC, enfin, est positionnée à droite du casque, du côté de la poignée d’accélérateur, ce qui demande de lâcher la commande une fraction de seconde pour modifier son état en roulant.

Un dernier point mérite d’être posé clairement : l’ANC n’est pas un substitut aux bouchons d’oreilles. Sena annonce jusqu’à 20 dB(A) de réduction, en valeur maximale, sur les composantes graves et régulières du bruit ambiant. Ce n’est ni une atténuation garantie sur tout le spectre, ni une protection auditive au sens médical. Un motard particulièrement sensible au bruit, ou pratiquant régulièrement l’autoroute à haute vitesse, continuera à porter des protections auditives dans ce casque comme dans tout autre. C’est d’ailleurs le choix que je fais personnellement, y compris avec le Phantom ANC. Cela ne remet pas en cause l’intérêt du produit, cela remet en perspective ce qu’il faut en attendre.

Pour qui, au juste ?

Le Sena Phantom ANC est proposé au tarif public officiel de 619 € dans la boutique européenne Sena, soit 100 € de plus que le Phantom classique. En Suisse, un prix de CHF 489.- a été constaté et la disponibilité dépend du réseau de distribution. Ce qui est assez fou quand on pense au prix d’un casque et d’un intercom achetés séparément.

La garantie de cinq ans sur le casque et l’électronique est un argument sérieux dans cette gamme de prix. Le produit trouvera son public chez les motards touring qui roulent déjà en écosystème Sena Mesh, qui refusent d’ajouter un intercom externe à leur casque, et qui prennent le temps d’un essayage sérieux.

Les têtes intermédiaires à rondes, avec un contact latéral franc des mousses, tireront le meilleur parti de l’ANC. Les têtes longues avec du jeu latéral risquent de payer les 100 € supplémentaires sans percevoir un gain acoustique significatif. Les porteurs de lunettes doivent absolument tester le casque avec leur monture avant achat, car l’espace disponible sous la mousse est limité.

Reste que même sans compter sur l’ANC comme argument décisif, le Phantom ANC demeure un casque touring bien construit, confortable, bien ventilé, avec une intégration Mesh alignée à son prix. C’est aussi le premier produit d’une trajectoire industrielle plus large : Sena ne s’est pas contenté d’un coup d’essai, et la gamme de casques est vouée à s’étoffer. À ce titre, ce Phantom ANC est autant un produit à évaluer pour lui-même qu’un signal envoyé à un marché du casque resté longtemps figé.

GALERIE

BILAN

ON A AIMÉ :

Moins de bruit pour plus de concentration

Beaucoup de tech pour un prix réduit

Petit bonus sécurité avec le feu signalant la décélération

Sena intègre le double D sans se poser de question

La lampe frontale parait inutile, alors qu'elle sert vraiment

ON A MOINS AIMÉ :

Forme de tête déterminante pour profiter du casque

Partie solaire trop courte, notamment sur le côté

Sept boutons dont il faut connaitre la position à l'aveugle

Obligé de placer mes pavillons d'oreille à chaque fois (dépend de chacun)