ESSAI
Une genèse stratégique
Au tournant des années 2020, Harley-Davidson devait élargir son public et sortir d’une dépendance quasi exclusive au cruiser Touring. L’enjeu était double : développer un moteur entièrement nouveau et investir les segments Roadster et Adventure, en forte croissance. Le constructeur montrait deux beaux prototypes à Milan en 2019 la Bronx et la Pan America.
Le Revolution Max 1250 est né de cette ambition. Refroidissement liquide, distribution moderne, architecture porteuse : il tranche radicalement avec les V-Twin traditionnels de Milwaukee. La Pan America fut commercialisée la première. La Bronx aurait dû suivre mais la nouvelle direction l’a abandonnée.
La Pan America reste aujourd’hui l’expression la plus complète de cette plateforme, un modèle abouti et en rupture totale avec le reste de la gamme, mais qui mérite de l’attention.
Équipement Limited
Pour Harley-Davidson, la hiérarchie des modèles est assez lisible : l’entrée de gamme s’appelle ST, suivie de la Special, puis la Limited et s’il y avait une CVO elle serait au sommet. La version Limited débute à CHF 25’700.– (CHF 18’800.– pour la ST, pratiquement sans équipement). Trois coloris sont proposés, dont le nouveau Olive Steel Metallic particulièrement réussis. Dark Billiard Grey est plus conventionnel et White Onyx Pearl est une interprétation plus discrète de la première peinture proposée en 2021; jugée bien trop flashy. Le moteur est systématiquement en finition noire sur la Limited.
Les jantes à rayons tubeless en finition noir mat, avec moyeu brillant, adoptent un format 19 pouces à l’avant et 17 pouces à l’arrière. Ce choix conserve une orientation polyvalente, même si la roue avant de 19 pouces engage un peu moins volontiers sur l’angle qu’une configuration 17/17 comme celle de la Pan America ST. Les pneus d’origine sont des Michelin Scorcher Adventure, conçus exprès pour cette moto. Opter pour une autre marque plus tard pourrait faire une grande différence.
Sur cette version Limited, l’équipement de série est particulièrement complet et cohérent avec un usage voyage.
Les suspensions Showa semi-actives adaptent en permanence leur hydraulique en fonction du rythme et de l’état de la route. Elles travaillent en lien avec les différents modes de conduite et participent largement à l’équilibre général de la moto, que ce soit en conduite dynamique ou sur longs trajets.
La dotation comprend également un amortisseur de direction, apprécié lorsque le rythme augmente ou sur revêtements irréguliers, ainsi qu’une béquille centrale, indispensable pour l’entretien courant ou le chargement des bagages.
Pour le confort et l’ergonomie, la moto reçoit des poignées chauffantes et des protège-mains. Les leviers sont réglables et repliables, tout comme le sélecteur et la pédale de frein, un détail pertinent en cas d’usage hors bitume ou de chute à basse vitesse.
Enfin, la protection est soignée avec une grille de radiateur, un sabot moteur et un pad de réservoir au niveau des genoux, qui protège la peinture tout en améliorant le maintien du pilote.
Les valises aluminium de SW-Motech offrent 37 litres à droite, 45 litres à gauche et 38 litres pour le top case. Cette bagagerie robuste est aussi noir que le bloc moteur, pour une qualité perçue à la hauteur de la marque. Le long silencieux, très volumineux visuellement, devient nettement plus discret une fois les bagages montés. Un moyen de le rendre acceptable sans en changer.
Adaptive Ride Height : signature technologique
La selle est annoncée à 815 ou 840 mm selon réglage, mais la moto s’abaisse automatiquement à l’arrêt lorsque le contact est enclenché. L’Adaptive Ride Height reste l’innovation la plus marquante depuis la sortie de la Pan America. Comment aucun autre fabricant ne l’avait installé en série avant est un mystère.
Le système ne fonctionne que contact mis : en allumant la moto, elle descend. En roulant, elle reprend sa hauteur optimale. Pour les pilotes de grande taille, la position reste naturelle et spacieuse. Pour les gabarits plus modestes, l’abaissement facilite nettement les manœuvres.
Revolution Max : le moteur du renouveau
Le Revolution Max donne à la Pan America un caractère inattendu pour une Harley-Davidson. Le moteur est vif, expressif et réellement amusant à exploiter. Il monte en régime avec franchise et transforme l’expérience de conduite.
Les modes de conduite modifient sensiblement le comportement :
- Sport : réponse directe, suspension ferme et précise
- Route : compromis équilibré entre confort, assistance et rigueur
- Pluie : réponse très douce, moteur nettement plus docile
Normalement optionnel, sur la Limited le Quick Shifter bidirectionnel Screaming Eagle fonctionne efficacement et participe au dynamisme général. Même si l’embrayage est doux à utiliser et que la commande de transmission est précise, le dynamisme du moteur invite à changer rapidement de rapport.
Sur la route
Malgré un poids annoncé de 299 kg en ordre de marche, la Pan America donne l’impression d’en peser bien moins. À l’usage, j’aurais estimé environ 220 kg tant l’agilité surprend pour le gabarit. Le centre de gravité bas et le travail des suspensions y contribuent largement.
La protection est convaincante du tibia jusqu’au casque. Les pieds restent toutefois exposés aux projections d’eau, notamment en cas de pluie soutenue. Pour parcourir des longes distances on est très bien servi par la Pan America.
Le tableau de bord TFT est lisible et simple à naviguer. Le conducteur a le choix entre plusieurs présentations des informations, plus détaillées ou simplifiées. Vu de face, l’ensemble optique reste très présent visuellement. Un phare en position haute, un second un peu caché dans les habillages et ajoutez-y les feux additonnel de la version Limited. Associé aux imposants clignotants ronds à ampoules, ça fait beaucoup. L’éclairage avant adapte son faisceau à l’inclinaison de la moto et éclaire efficacement l’intérieur des virages. Un plus pour une moto de voyage où une étape peut se finir dans la nuit.
Quelques détails pratiques méritent mention : la commande de bulle est particulièrement ferme. Normalement utilisable à une main, on déverrouille avec un doigt et ajuste la hauteur de la main, ce qui demande de la force. Les repose-pieds typés routiers sont confortables, avec un bon insert caoutchouc. Seulement, ils seront peut-être trop compacts pour être utilisés avec des bottes Adventure plus imposantes. Le constructeur suggère faciliter la conduite debout avec des pad pour les genoux sur le réservoir, mais c’est une pratique plus offroad qu’on devrait faire avec de bonnes bottes.
Une Harley différente
La Pan America 1250 Limited ne ressemble à aucune autre Harley-Davidson. Elle a été conçue pour repositionner la marque sur le plan technique et stratégique. Le Revolution Max aurait dû ouvrir d’autres perspectives, mais la Pan America en reste aujourd’hui la vitrine principale. Et quelle vitrine !
Elle s’adresse aux pilotes qui cherchent une Adventure moderne, technologique, bien équipée, et différente. Son identité américaine prend beaucoup (trop ?) de place pour que tous les clients potentiels s’y intéressent. Sur route, elle se révèle agile, stable et cohérente. Sur le plan stratégique, elle pouvait ouvrir un nouvel horizon dans l’évolution récente de Harley-Davidson. Cette Pan America m’a séduite, j’ai de gros regrets pour la Bronx, car la moto fait plaisir à rouler.
GALERIE
BILAN
ON A AIMÉ :
Un équipement de série vraiment complet
Le Revolution Max qui régale son pilote
Suspensions semi-actives bien au point
Comportement plaisant et fun
ON A MOINS AIMÉ :
Un poids à vide surprenant, qui se fait oublier heureusement
Silencieux énorme et pas beau
Trop de phares et gros clignotants, design encombré
