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Interview Anouck Borne - La leçon de courage d'une motarde battante

Propos recueillis par Marc / Photo(s) de Franck Dupuis, Sprit Photos
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Malheureusement l'accident fait partie de la vie du motard, il est toujours à l'aguet au coin d'un route ou d'un circuit. Aujourd'hui je tenais à vous faire partager l'histoire (vraie) d'Anouck qui a su surmonter avec courage cette épreuve.

C'est un peu la bête noire du motard, un sujet un peu tabou qu'on  n'ose pas trop aborder. J'étais donc très heureux qu'Anouck Borne accepte de me raconter son histoire, son accident.

Le but était également de démontrer qu'avec une volonté de fer et un mental d'Amazone on peut tout surmonter et même défier les pronostics du corps médical. Vous voulez en savoir plus ? Alors hop, la lecture commence ici :

Hello Anouck, tout d’abord un grand bravo pour ta performance lors de la manche d’ouverture de la Women’s Cup au Mans, surtout quand on pense à là où tu te trouvais il y a un tout petit plus d'un un an suite à ton grave accident… Est-ce que tu accepterais de revenir sur ce douloureux événement pour nous ?

Hello Marc, merci beaucoup! Oui c'est avec plaisir que je vous raconte mon parcours. J'ai eu un accident le dimanche 12 mars 2017. La béquille de ma moto était restée tendue à la suite d'un arrêt lors d'une ballade. Le premier virage à gauche qui s'est présenté a été fatal, la béquille s'est plantée dans le sol et m'a éjectée dos contre un poteau qui se trouvait au bord de la route et nous supposons que la moto est revenue taper contre moi.

Est-ce que tu arrives à nous faire un petit topo au niveau de tes blessures ?

Je m'en sors polytraumatisée avec des fractures du tibia et péroné, du bassin, du sacrum, des vertèbres, des côtes, du sternum, de l'omoplate droite, de l'épaule gauche, un rein, le foie et un hémopneumothorax. Le pronostic vital était engagé, ils ont dû m'opérer pour stabiliser les fractures du dos qui me menaçaient de paralysie… Mais ce n'était pas mon heure, mon état s'est stabilisé, je m'en sors avec 7 dorsales soudées, mais vivante et avec mes jambes !

Tu auras passé plus d’un mois couchée, peux-tu nous décrire les moments de doutes et les espoirs qui t’auront permis de surmonter tout cela ?

Il y en a eu tellement ... Au début on ne se pose pas trop de questions. Tout le temps de l'alitement on attend et on subi. J'étais consciente de mon état et je savais que ça allait être long. La douleur était insoutenable mais le moral était plutôt bon. Ensuite la progression est assez "rapide" : première mise en fauteuil, premier debout et premiers pas...Je suis de nature volontaire donc je travaillais le plus possible. Tant que je progressais, il y avait de l'espoir !
Mais les doutes sont venus plus tard, quand la progression se faisait beaucoup plus lente voire parfois stagnante et même quelque fois le sentiment de régresser.
Les douleurs omniprésentes prennent le dessus, je subis le moindre déplacement et le moral lâche. Seul le temps et le sport allaient me permettre de continuer à progresser. Mais le sport je n'aime pas ça ! Même si on sait que c'est bénéfique, c'est dur de se motiver seule.

Les médecins n’étaient pas optimistes du tout quant au fait que tu remontes sur une moto, et toi à peine un an après tu t’alignes au départ de la Women’s Cup ! Comment t’es-tu préparée ? Quel travail as-tu dû fournir ?

L'idée de remonter sur une moto ne m'a jamais quitté. Mais ça pouvait être envisageable que bien plus tard... on dit toujours qu'il faut laisser le temps au temps, en particulier avec le corps humain. Mais je n'ai pas voulu le prendre, le monde de la moto me manquait trop et je savais que ça allait être ma source première de motivation pour travailler. Et pour pousser au max cette motivation je me suis inscrite à la première manche de la Women's Cup. Peu importe le résultat, le but premier était de me donner un objectif et de m'y tenir. Et ça a payé, moi qui n'aimais pas trop le sport, je me levais tous les matins pour aller nager dans un premier temps. Ça m'a permis de remettre en route gentiment sans devoir supporter le poids du corps sur les douleurs. J'ai pu ensuite compléter avec des cours de Pilate qui ont été un vrai pas en avant dans la progression. Ça travaille le renforcement musculaire sur les chaines profondes, idéal pour le dos! Et pour finir, inscription en salle de sport pour le cardio et reprendre les positions de Pilate.

Ceux qui t’ont croisée sur un paddock savent que Kenzo n’est jamais loin, peux-tu nous raconter les retrouvailles avec ton fidèle compagnon à 4 pattes après de longs mois de séparation ?

Je dirais plutôt que c'est moi qui ne suis jamais loin de lui ! C'est toujours Kenzo qu'on repère en premier. Forcément ça a été très long sans lui, je ne m'en sépare que très rarement et jamais bien longtemps. La première fois que j'ai pu le revoir, j'étais en fauteuil. Les retrouvailles ont été sur la retenue, il était content mais pas comme d'habitude. Peut-être les odeurs qui devait être différentes, ou même le fauteuil qui l'a certainement freiné. Mais c'est quand j'ai pu rentrer chez moi que ça a été le plus dur. Je n'avais pas encore les capacités de m'en occuper donc là, son absence a été encore plus pesante… C'est seulement au bout de 5 mois que j'ai pu le récupérer. On a pu reprendre nos petites habitudes remplies de câlins et de réconfort !

J’aimerais que tu reviennes avec précision sur tes premiers tours de roues après l’accident c’était comment ?

Fort en émotions !! Je cumulais tellement d'angoisses et d'incertitudes sur ma décision que dans une même journée, je pouvais me convaincre de pouvoir y arriver et une heure après, je me disais que je faisais une grosse erreur. Et ça plusieurs fois par jour, tous les jours depuis l'inscription jusqu'au jour J.
Ça vous rend vite dingue! Je faisais également des cauchemars où je me voyais rechuter lourdement sur piste, ce qui n'a pas aidé à être confiante ! Tout ça a fait qu'au moment où j'ai pu prendre la piste pour la première fois, je me suis mise à angoisser, à pleurer et à rester bloquée sans trop vouloir y aller. Mais j'étais accompagnée d'amis qui ont été géniaux avec moi et qui ont su me mettre le coup de pied aux fesses au bon moment. Je suis finalement partie, très stressée sur la moto, je me posais dix mille questions et j'avais peur. Je suis quand même allée au bout de la session mais au moment où j'ai rejoint le box, j'ai craqué ... je pense que tout ce que j’emmagasinais depuis le début devait sortir et ça m'a fait du bien. Dès la deuxième session, le plaisir et la confiance sont revenus et j'ai finalement passé une super journée où j'étais sur un nuage d'avoir réussi. Depuis les cauchemars ont cessé.

Penses-tu que ce retour sur piste, à ce qui est ta passion, n'aura pas été la meilleure  des thérapie, voire un électrochoc ?

Sans aucun doute !! Comme j'ai toujours dit, certes c'est la moto qui m'a mise dans cet était mais c'est également la moto qui m'en sort !

Parles nous en plus particulier de la course de la Women's Cup maintenant et de tes prochains objectifs ?

Honnêtement, j'ai complètement fait abstraction de ce qui se passait autour de la piste. Ce qui a été incroyable pour moi tout au long de cette aventure c'était dans un premier temps, d'y être !! Ça a été  incroyable de vivre une pole position et un podium sur le circuit du Mans! Même si c'était plus symbolique qu'autre chose parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y avait vingt pilotes qualifiées devant.
C'était incroyable aussi d'avoir réussi à mener les 2 courses jusqu'au bout. C'était mon principal objectif et j'étais vraiment heureuse d'y être parvenue. Je pourrais encore dire des tas de choses incroyables qui se sont passées mais je pense aussi aux personnes grâce à qui ça a été possible, qui m'ont aidé dans les douleurs (Arkade Thérapie Genève et Lauréade), dans la préparation physique (Jonathan Dugarry), MecaRacer qui m'a mis à disposition une moto, Stéphane Paulus qui m'a accompagnée et aidée pendant la course, et mes amis qui m'ont soutenue depuis le début.

Et tes prochains objectifs donc ?

Continuer à travailler le physique. J'ai encore la possibilité d'améliorer et de faire évoluer mes aptitudes pour que ça soit moins contraignant à l'effort. Je participerai à la dernière course de la Women's cup qui se tiendra à Ales fin Septembre et si j'ai l'occasion, pourquoi ne pas m'engager à celle au circuit Carole. Après j'ai un souhait qui pourrait devenir un bel objectif, ça serait de pouvoir participer au Bol d'argent ! C'est une endurance qui se fait sur des roadsters et par équipe! En plus de se dérouler sur le circuit Paul Ricard ça serait vraiment une chouette expérience à vivre !!

Merci à toi Anouck d'avoir répondu sans détour et avec franchise à mes questions, et encore bravo pour cette sacrée leçon de courage que tu nous aura donnée...

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