ESSAI
Une bête raffinée :
Avoir le privilège d’essayer une RSV4 Factory à 20 ans est gratifiant et c’est avec des étoiles plein les yeux que je réceptionne la belle Italienne chez le nouveau concessionnaire Aprilia de la Côte, WTS automobiles à Aubonne. Première agréable surprise, son nouveau coloris “lava red” est du plus bel effet et met bien en valeur sa plastique avantageuse. C’est particulièrement frappant ! Cette RSV4 est une machine née pour la piste ! Ses deux appendices aérodynamiques font désormais partie intégrante du carénage, ce qui a pour effet d’affiner le dessin déjà sublime de la machine. Les suspensions suédoises semi-actives Smart EC 2.0 ainsi que son amortisseur TTX 36 montrent qu’on a à faire à une moto haut de gamme.

Le look d’ensemble la rapproche très nettement de sa petite sœur la RS 660, si bien que plusieurs de mes amis étaient persuadés d’avoir cette dernière sous les yeux. Cette ressemblance est en partie due à la nouvelle signature lumineuse de la marque italienne. Full LED, moderne et racée, qui s’inscrit dans la nouvelle stratégie marketing d’Aprilia. Une stratégie qui suit celle de nombreux autres constructeurs en donnant une identité marquée à toute sa gamme de modèles. J’adore le petit capot de selle aux arêtes acérées, propre aux Aprilia, qui lui va toujours aussi bien. Surtout lorsqu’il est combiné avec ce feu arrière embrassant ses formes à la perfection. Sa ligne pleine de raffinement, mêlée à une bonne dose de bestialité correspond bien au ressenti qu’on a à son guidon. Mais j’y reviendrai.
Des chiffres à donner le tournis :
On commence avec quelques chiffres (stratosphériques) sur cette RSV4 Factory 2021. L’italienne est propulsée, comme son nom l’indique, par un V4 de 1099cm3 développant pas moins de 217 chevaux et 125 Nm de couple ! Des chiffres qui donnent le tournis rien qu’en évoquant le moteur. Les 203 kg tous pleins faits de la moto (+3kg par rapport à la 2019) sont si bien repartis qu’on ne les sent absolument pas, à tel point que j’avais même l’impression d’être au guidon d’une 600 lors des manœuvres à faible vitesse, un exercice dans lequel elle s’en sort admirablement bien (pour une sportive) si on lui pardonne toutefois son faible rayon de braquage. L’électronique embarquée sur cette Aprilia, dénommée APRC (Aprilia Performance Ride Control) est de très haut niveau et les assistances sont pléthore : traction control, wheelie control, launch control et quick shift, par contre je trouve que la navigation dans l’ordinateur de bord n’est pas assez intuitive. La force de ces assistances est qu’elles agissent sans que vous ne vous en rendiez compte. Je ne me suis jamais senti bridé inutilement par l’une d’entre elles, et les activations de ces dernières se font toujours de manière très fluide. De plus, la poignée de gaz électronique “ride by wire” est exemplaire en termes de feeling poignée-roue arrière, primordial lorsqu’on pilote une moto. Mais je m’égare. Passons à la pratique !
Cap sur les vignobles :
En route maintenant pour une balade à son guidon. Dès le départ, le V4 montre qu’il est plein de tempérament et ne fait pas dans la dentelle. Lors de mon premier démarrage, je suis persuadé d’avoir calé comme un débutant tant les vibrations, non, les cognements du moteur sont forts. Je sors d’Aubonne, cap sur les vignobles de Mont-sur-Rolle, idée de faire connaissance avec la bête. La montée sur Gimel et sa multitude de virages rapides devraient pouvoir me donner plus d’infos quant à sa vivacité et précision. Et bien le moins que l’on puisse dire est que son châssis, résultat du travail des ingénieurs de Noale est extraordinaire de précision. Une fois sur l’angle, la moto ne bouge pas et suit exactement la trajectoire que vous lui indiquez. Combiné avec un train de Pirelli Supercorsa SP, le résultat est tout simplement bluffant ! Déhancher est chose aisée et presque naturelle dans ses conditions, et grâce aussi à son réservoir modelé spécifiquement à cet effet. Sans surprise, il faut monter dans les tours pour découvrir tout le potentiel (et la sonorité magique) de ce moulin. Dès 5’000 trs/minute l’échappement se met à cracher un son de V4 magique qui vous donne la sensation d’être un pilote de MotoGP.
Plus les kilomètres défilent, plus cette moto me surprend tant elle arrive à me mettre en confiance. Elle avale les virages avec une facilité déconcertante et son moteur et très (trop, beaucoup trop même) généreux dès le seuil des 5’000 trs/minute passé. Le terme “pousse au crime” n’a jamais aussi bien porté son nom avec cette RSV4, mais le plaisir à son guidon viendrait presque me donner envie de racheter une sportive pour rouler sur route.
La nuit va bientôt tomber, je décide de prendre l’autoroute pour rentrer. J’en profite pour tester le régulateur de vitesse monté de série sur le millésime 2021. La commande de ce dernier se trouve en haut du commodo gauche et se présente sous la forme d’un joystick permettant d’activer ou désactiver, et d’augmenter ou diminuer la vitesse du régulateur. Une fois actionné, cet accessoire est fort appréciable sur l’autoroute, qui n’est de loin pas le domaine de prédilection de nos chers 2 roues. C’est également sur l’autoroute que je peux pleinement m’apercevoir du niveau d’aérodynamique de cette moto. Malgré mes 1m94 je suis très bien protégé par la bulle et les carénages, et même complètement à l’abri du vent lorsque je me mets en position de recherche de vitesse : une première avec une bulle de série, pour moi.
C’est seulement une fois la nuit tombée que je prends connaissance de l’un des points faibles de cette moto. Plutôt satisfait de la largeur d’éclairage fournie par les feux de croisement, je déchante en revanche complètement lorsque j’active les feux de route. La différence est à peine visible, si bien que je décide de m’arrêter pour vérifier qu’ils sont bien activés. La faible distance d’éclairage offerte par cette Aprilia est vraiment décevante, voire même carrément flippante de nuit. En plus, les commodos ne sont pas rétro-éclairés, donc difficile de les utiliser.
Electronique, quand tu nous tiens…
Quelques jours plus tard, deuxième surprise. Lors d’un trajet sur l’autoroute, un témoin moteur s’allume. N’ayant pas ressenti la moindre différence de comportement moteur et persuadé qu’il s’agit d’un défaut de lecture d’un des nombreux capteurs présents sur la moto, c’est sans inquiétude que je me rends l’après-midi même chez le concessionnaire pour un diagnostic. Verdict : défaut d’allumage sur le cylindre numéro 1. Ni une ni deux, le garage aubonnois me remplace, par précaution, la bobine et la bougie du cylindre concerné. Au passage, merci à eux d’avoir tout de suite pris en charge la moto ! Et voilà, je peux repartir le soir même avec la moto.
Consommation :
La consommation moyenne de mon essai est de 7,7 litres/100km.
Tarif :
Aprilia propose 2 versions de sa nouvelle RSV4. La RSV4 Factory, celle de mon essai, est vendue au prix de CHF 26’995.-. La version de base, sans les suspensions électroniques, est proposée au tarif de CHF 20’795.-.
Bilan :
Pour conclure, je suis conquis par cette RSV4 qui offre un plaisir de conduite inégalable. Il serait néanmoins dommage de cantonner cette machine à une utilisation sur route tant ses qualités dynamiques et techniques sont adaptées à la piste. De mon côté j’ai déjà commencé à mettre de côté pour m’en offrir une pour mes sorties circuits.
GALERIE
BILAN
ON A AIMÉ :
La précision de son châssis
Le ride by wire, un exemple du genre
Le moteur, Sensationnel !
Les suspensions et le freinage de très haut niveau
ON A MOINS AIMÉ :
Les feux de route, insuffisants
Le tableau de bord, peu intuitif
Pousse au crime
Les commodos, peu pratiques